« Plus on se hâte, moins on avance. »

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Et oui, ça y est, il était temps de nous retrouver après une bien longue pause, il faut l’admettre. Une fois n’est pas coutume et parce qu’il faut bien poser les choses, aujourd’hui c’est plus une lettre de rentrée  que vous propose la rédac’.

Avant tout: merci aux abonnés et aux artistes d’être toujours là, malgré les péripéties de l’année 2016, et bienvenue aux nouveaux, toujours plus nombreux.

Pour ceux qui se demandent toujours ce qu’est Ginette: RDV ICI, dans l’article « Ginette se présente » ! On peut quand même résumer ainsi:

 » Ni Dieu / Ni Maître / Ni Christina Cordula ! « 

Pour ceux qui se demandent pourquoi une rentrée en octobre: on n’en sait rien et on s’en fiche à vrai dire… On fait les choses quand on les sent, ou alors on ne les fait pas. C’est ça l’esprit GINETTE !!

 

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Cette nouvelle « saison » Ginette Le Mag va être une saison de changements. En effet, la rédac a décidé de vous proposer un RDV hebdomadaire. Tous les mercredis à 10H seront mis en ligne un ou plusieurs articles selon l’actualité – et promis on tentera d’être à l’heure -. De plus, les thématiques seront élargies: aux pures interviews fleuves auxquelles on vous a habitué, s’ajouteront des reportages/portraits/articles dits de société.

A partir de janvier 2017, la vidéo sera bien plus présente qu’elle ne l’est pour le moment. Si nous sommes fiers de vous avoir présenté deux webdocs, sachez que nous avons décidé de mettre les bouchées doubles de ce côté-là.

 

 

Nous avons également décidé de mettre l’accent sur les reportages photos.

En attendant 2017, on fera ce que l’on sait faire: raconter et partager.

Comme chaque année, la campagne de rentrée est signée Cacodesign ! Merci à elle et à notre sublime modèle Carine, membre du groupe EVASONE, qui a accepté d’être notre icône pour une saison !

 

 

Avant Noël on vous présentera tous ceux qui contribuent à leur manière à faire vivre ce blog (Cacodesign bien sûr mais aussi Thierry Marcos et Petite Bohème).

N’oubliez pas:

RDV TOUS LES MERCREDIS à 10H00

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– LA MINE- #1

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Samedi 25 juin, 23h.

Alors que la stagiaire glandait chez elle en attendant la dernière émission de Ruquier de l’année et ce, juste pour avoir le plaisir de voir Léa Salamé chialer, et alors qu’elle faisait croire sur les réseaux sociaux qu’elle s’envoyait des shooters avec une bande de gigolos à son service, elle reçoit un coup de fil de l’artiste 3E (—> Tumblr 3E). Ce dernier souhaitait l’amener à l’expo d’un jeune collectif d’artistes à Reims – LA MINE –, mais pour appâter la belle, il lui a parlé de caisses de Champagne et de scènes underground. Bien entendu, la stagiaire a accepté d’aller passer ce dimanche-là   dans le département de la Marne. Ouais…

Dimanche 26 juin, 10H, place de la Nation. 

L’artiste 3E débarque avec son carrosse et comme on n’y connait rien en bagnole alors on dira qu’il s’agissait d’une Fuego ! 

Embarquons pour Reims, enfin, Auménancourt, au centre d’Art et de Culture La Pierre Longe

 

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Photo © 3E

 

Ce jour-là, 3 des artistes du collectif étaient présents:

 

Photos © 3E

 

La stagiaire les a interrogés tous les trois (à suivre dans la partie 2).

Les autres membres du collectifs sont: RAYNALD NAJOSKY/ RSKY, ZYPLOX, ALG, BABYLONE PROD.

RENCONTRE avec le fondateur de – LA MINE –

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(G) Alors, Reims, nouvelle Terre Promise pour les artistes ?

(A RSM) Tu sais on est à Reims, c’est assez frileux. Quand je parle à d’autres artistes d’ailleurs ils me disent « Ah ouais vous avez de la chance. Y’a les caves de Champagne, vous avez de beaux lieux ! ». Certes, mais dans les faits non. Par exemple tu as des caves comme Pommery, où il y a des expos, c’est super mais on n’y voit que des artistes super connus comme Buren. C’est cool oui de voir ces artistes là, mais pensez aussi aux artistes locaux. A Reims on a la chance d’avoir de sacrés artistes, ils font quoi ? Ils se barrent …

(G) Où ils créent un collectif ?

(A RSM) Ouais, ou ils créent un collectif, mais c’est super différent. C’est une tout autre démarche que la démarche qui fait qu’on crée LA MINE. A la base LA MINE c’est mon idée, mon bébé. Comme je n’avais pas forcément accès à un atelier bien qu’il y ait quelques initiatives en ville, il a fallu que je me débrouille. Je connaissais d’autres gens ayant les mêmes soucis que moi alors l’idée de l’association est venue. Là on est un petit groupe, on s’entend bien, on est bien. Je suis le seul dénominateur commun. J’avais déjà repéré des gens, fait une petite sélection. J’aime les gens de qualité, les gens sympas, qui aiment partager. On fera un tas de collaborations artistiques. Il faut que ce soit fait dans la bonne humeur. On ne doit pas se faire prendre ou piéger par des entreprises ou autres.

(G) L’avantage du collectif c’est de créer de l’émulation.

(A RSM) Ecoute : oui ! D’autant plus qu’on a probablement trouvé notre atelier (ndlr : c’est en effet le cas ! la nouvelle est tombée !). C’est compliqué d’avoir un lieu. Le Rémois se prend pour ce qu’il n’est pas : un Parisien.

(G) Sachant que les Parisiens se surestiment déjà…

(A RSM) Je dirai que le Rémois se classe au dessus du Parisien, mais ça, c’est le Champagne : les bulles ! On rit des préjugés mais justement, si on a du mal à trouver des lieux c’est aussi à cause de ça. Quand tu trouves un endroit, et que tu évoques un collectif artistique, les gens flippent qu’on leur bousille leur baraque… L’avantage de l’atelier c’est de se rencontrer. On échange. Une sorte de compétitivité saine se crée aussi.

(G) Oui, des énergies qui se rencontrent, s’alimentent, s’échangent…

(A RSM) C’est ça. Si quelqu’un perce, il emmènera les autres avec lui. Si un autre bloque dans sa création, d’échanger avec d’autres, ça va peut-être lui permettre d’envisager des perspectives auxquelles il ne pensait pas. J’ai fait beaucoup de basket-ball dans ma vie. C’est un sport d’équipe. Avec mes coéquipiers on se connaissait par cœur sur le terrain. J’ai aussi fait beaucoup de musique, j’ai chanté dans un groupe de Metal. Avec ces mecs-là on était comme des frères. Il faut jouer collectif parce qu’à plusieurs on est plus fort. Quand je me suis mis un peu à exploser, je me suis retrouvé seul. Et ça, c’était pas kiffant. Je n’aime pas être seul. C’est ma phobie la solitude. Le plus grand malheur pour quelqu’un c’est de finir seul sa vie. J’aime partager avec des gens bien, et là je suis avec des gens bien. Artistiquement, je me sens très bien.

(G) Les projets à venir de LA MINE ? C’est votre première expo ?

(A RSM) On dit que c’est la première même si dans les faits on a fait une expo à Reims – ATELIERS D’ARTISTES -. En gros les artistes ouvrent leurs ateliers, on peut aller les voir atelier par atelier. Alors, on a mis des œuvres qu’on avait déjà créées pour d’autres projets, mais ici, c’est la première expo – LA MINE –. Toutes les œuvres ont été créées pour cette expo là. Et c’est ça notre but. Y’a des gens qui font tourner les mêmes toiles pendant trois ans. Tu peux le faire si tu tournes dans le pays, mais dans une même ville bof. C’est le problème de Reims, ça tourne en rond.

(G) Oui mais avec – LA MINE – Reims ne tournera plus en rond…

 

 

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Occupy Elysee ! #Porntoshop

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PORNTOSHOP: Un nom aussi mystérieux qu’évocateur.

La stagiaire nous avait dit que le premier numéro avait été lancé lors de l’anti-marché de Noël à la Recyclerie en janvier dernier. Le thème était la #COP21.

Pour la sortie du numéro 2, #Présidentes, on a tenu à rencontrer la mystérieuse créatrice et éditrice de la revue. On a discuté, débattu, quelque part dans le 19ème autour d’un verre de porno, de féminisme, de politique et de ce qui lie tous ces éléments.

Le principe: faire entrer le corps de la Femme à l’Elysée. Pouvoir et féminin ne sont pas antinomiques.

La surprise: aucun sans faute pour ces messieurs…

Que dire? #OccupyElysee !

Rencontre

Ginette : Salut ! On se rencontre enfin ! Il y a 4 mois environ tu as sorti un premier numéro de Porntoshop autour de la COP21. Il y a trois semaines tu as lancé le 2ème numéro de la revue. Il s’appelle « Présidentes » et pour résumer tu utilises des citations hyper machistes de présidents de la Vème République que tu mets en images en posant leurs têtes sur des corps de femmes afin de faire entrer la Femme à l’Elysée.

Porntoshop : Pour la COP21 j’étais dans l’actu mais en réalité j’avais besoin d’une échéance pour me lancer. Je me suis dit qu’on en parlerait beaucoup, que ce serait dans els débats du moment donc j’ai sauté dessus. Il y avait aussi le côté hyper décalé de coller des têtes d’hommes politiques sur des corps d’actrices porno le tout en parlant de la COP21. C’est même un peu tordu mais j’étais motivée alors j’y suis allée.

Ginette : Pour un objet livre et pas un blog, un Tumblr ?

 Porntoshop : A la base c’était le cas mais on m’a suggéré d’en faire un magazine papier ce qui était une bonne idée. Je bosse sur Internet, je connais très bien Internet donc j’aurais pu continuer ainsi mais l’avantage du livre, c’est l’objet en lui-même justement. Tu as un objet fini entre tes mains. C’est très satisfaisant, c’est agréable. Tu as l’impression de donner naissance à quelque chose à chaque fois. Tu peux faire une soirée de lancement, voir les personnes qui vont l’acheter, l’avoir. Avec un site cette dimension là n’existe peu peu ou pas.

Ginette : PRÉSIDENTES ?  Comment ? Pourquoi ?

Porntoshop : Je crois que le déclic a été de voir les masques de Hollande et Sarkosy dans les magasines de farces et attrapes !

Ginette : Tu sais qu’il y en a avec DSK dans des sex-shops à Pigalle ?

Porntoshop : Effectivement, mais comme il n’a pas été président… Mais dans des sex-shops directement ?

Ginette : A y être ! Dans le numéro 1, il ne s’agit pas de masques.

Porntoshop : En effet, c’était du photomontage mais ces fameux masques justement m’ont fait changer le concept : créer mes propres photos avec mes propres mises en scène donc faire poser des filles que je connais avec des masques de présidents de la Vème République. Je voulais que les filles posent vraiment, que les photos soient érotiques, un peu dénudées, très féminines dans le cliché du féminin et y associer des têtes de présidents. L’idée c’est de faire correspondre au pouvoir très masculin des corps très féminins qui sont deux choses jamais associées. Généralement, quand une femme « prend le pouvoir » au sein d’une entreprise ou de en politique, elle a tendance à de séparer de ses attributs féminins, à se viriliser, à se masculiniser afin de se crédibiliser. C’est dommage. La Femme doit pouvoir être féminine si elle en a envie, ou virile, ou masculine, mais ça doit émaner d’une envie. Porter du vernis à ongles ne fait pas de quelqu’un une personne qui ne serait ni intelligente ni apte à diriger des équipes, des entreprises ou tout simplement avoir de bonnes idées. Je veux créer ce décalage homme/femme/pouvoir/féminité mais en y agrégeant des citations de ces messieurs sur le pouvoir au féminin. Je ne pensais pas que je tomberai sur une mine d’or des citations misogynes.

Ginette : Premier constat : aucun président n’est exemplaire sur ce sujet…

Porntoshop : Non… Par contre y’a une évolution avec les deux derniers présidents, Sarkozy et Hollande. Le ton est différent. On sent une évolution, déjà dans les faits ils ont fait rentrer plus de femmes dans leurs gouvernements. Y’a peut-être plus de « subtilités ». La citation de Nicolas Sarkosy sur la parité bruyante (ndlr : « C’est bien la parité en politique, mais c’est bruyant ! »). Ce n’est pas « subtil » mais on n’est pas dans le gros bourrin macho dragueur comme le sont VGE et Chirac ! Hollande c’est encore un cas à part. Il dit « Etre un socialiste, c’est être un féministe. Nous en avions débattu car, pour certains, la proposition n’allait pas de soi. Mais elle l’avait emporté car comment prétendre vouloir l’égalité sans, au préalable, affirmer celle entre les femmes et les hommes ? Je suis donc féministe ! Et toujours socialiste. » mais en même temps quand on voit dans quelles mesures il est aujourd’hui socialiste, on peut douter de son féminisme aussi… Je maintiens que ça reste différent des phrases de Giscard ou Chirac ! Cette phrase est contemporaine de la création de ce fameux ministère des Familles, de l’Enfance et des Droits des Femmes ! Il associe le droit des Femmes à la famille et à la petite enfance, bienvenue 40 ans en arrière ! Après, c’était « pain béni » pour moi, j’ai eu le temps de l’intégrer à mon magazine. Il aurait presque pu faire un sans faute. Presque !

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Ginette : Sur le nombre de femmes dans les derniers gouvernements, il est en augmentation certes (quid de la parité ?) mais pas aux ministères régaliens… Ministère de l’Intérieur ? On n’a connu qu’une seule femme Premier Ministre, Edith Cresson, et ce fut fulgurant…

Porntoshop : Hollande le dit très maladroitement en 2012, en disant « Ce sera un bon principe que d’avoir autant d’hommes que de femmes dans un gouvernement, cela ne veut pas dire que les responsabilités seraient les mêmes. ». C’est une grosse bourde… Que ce soit un lapsus ou non, ça parle !

Ginette : Le clip est très beau, très classieux je trouve.

Porntoshop : Je sais qu’on pourrait me reprocher de parler féminisme en faisant poser des femmes en tenues sexys, dans une sorte de posture clichée du féminin, mais déjà moi mon point de départ c’est l’image : je veux un visuel accrocheur. Je les trouve belles. J’ai grandi en regardant beaucoup de magazines comme Vogue par exemple. Je voulais que ce soit beau ! Quitter le porno du premier numéro c’était quand même un soulagement. Le premier c’était du porno, et du porno même en noir et blanc c’est violent, hyper agressif, ça me gênait un peu dans le premier numéro. Je voulais quelque chose de plus doux. Cela dit, il y a des réactions quand même dures sur les réseaux sociaux : « c’est pas bandant », « c’est un somnifère du sexe ». Réactions que je ne partage pas du tout en voyant ces images.

Ginette : Les gens parlent du côté Aphex Twin ?

Porntoshop : (Rires) Effectivement c’est un peu tordu… C’est en noir et blanc, elles bougent lentement, c’est sensuel !

Ginette : Je ne suis absolument pas outrée par le côté féministe/meufs en culottes ! Le féminisme est protéiforme. Les discours féministes ne sont pas tous compatibles. Il y a des féministes anti-porno, et il y a des féministes qui revendiquent le porno ! Idem avec les travailleurs du sexe !

Porntoshop : Pour moi, le message important c’est qu’une femme ne doit pas abandonner sa féminité ou ce qu’elle suppose l’être autrement que par choix ! Le caractère féminin est associé à de la faiblesse, à quelque chose de négatif ! Moi j’ai voulu dire : « vous, présidents, vos têtes ont atterri sur des corps de femmes et vous n’en devenez pas moins forts ! ». Ces femmes sont puissantes ! Tu veux être soutien-gorge et ne pas être faible ou victime. Ce n’est pas anecdotique ! Quand t’es une femme au quotidien, tu as l’impression de porter une faiblesse en soit juste parce que tu es en jupe, que tes ongles sont vernis, que tu es coquette alors que non ! Je revendique totalement ce pouvoir là ! Quelque chose de très révélateur : je fais beaucoup de montages, j’aime coller des têtes sur des corps… Bref !  Et quand je colle la tête d’un copain sur le corps d’une femme il y a vexation alors que ça n’arrive jamais dans le cas inverse, comme si quelque chose d’infamant venait de se produire.

Ginette : Tu passes pour la briseuse de virilité ?

Porntoshop : Oui alors que je ne brise rien du tout ! J’attribue simplement d’autres caractères ! Jamais, je me répète, je n’ai eu de réactions négatives de la part de femmes. On peut trouver ça anecdotique, moi pas. Les réactions sont folles. Je veux redonner du pouvoir au corps de la Femme !

Ginette : Je parle souvent d’Ovidie. Je trouve qu’il y a dans son discours quelque chose de terriblement fort en disant stop à l’infantilisation ! Elle parle du porno mais pas que, des travailleurs du sexe en général. Ce qu’elle dit c’est que si tu ne subis pas, quel est le problème ? Pour moi il n’y a pas antinomie dans « porno féminisme ».

Porntoshop : Je me doute que des gens vont avoir dans la tête en voyant le clip « ah femmes objets » etc. mais ça ne me gêne pas si après ils viennent lire le magazine, ils viennent lire les citations et finissent par comprendre que je dénonce quelque chose ! Ces images ne sont pas innocentes et il faut les prendre avec les citations qui les accompagnent ! Après, si les gens s’arrêtent à ça : tant pis ou tant mieux, ça m’est égal. Je veux aussi accrocher le regard, je ne veux pas m’en cacher. Si des gens veulent aller plus loin tant mieux ! Sinon…

Ginette : Oui, après tout si les gens ne savent pas lire une image. Parce que concrètement, c’est de ne niveau-là ! Je repense à la polémique il y a quelques années à propos de l’affiche de l’album de Damien Saez, J’accuse ! T’as une superbe photo de Mondino qui montre une meuf dans un caddie : CENSURE dans le métro, ça hurle au loup et j’en passe. Ces gens-là n’ont même pas pris en note le titre explicite : J’ACCUSE ! Un « J’accuse » au dessus d’une nana dans un caddie, et non, on ne comprend pas, on crie à la misogynie… Y’a un moment où quand on a à faire à des ânes…

Porntoshop : J’ai lu Beauté Fatale de Mona Chollet il y a plus d’un an et elle évoque toutes les pressions subies par le corps féminins. Je ne comprends pas qu’on puisse être choqué par cette femme dans le caddie alors que pour moi, et j’en ai pris conscience il n’y a pas si longtemps que ça finalement qu’on nous badigeonne la tête avec des corps de femmes irréelles, parfaites soit disant. La violence elle est là parce que là, nulle part est écrit « J’accuse » ! C’est considéré comme normal. Tu t’étonnes après que toutes les filles soient hyper complexées ! Autour de moi c’est comme ça aussi. Mes amies qui ont posées dans le clip et pour les photos étaient complexées pour certaines, pas à l’aise pour d’autres. C’était loin d’être évident finalement. J’ai moi-même posé et j’ai compris que ce n’était pas facile. Quand tu te rends compte que tu as intégré des codes malgré toi, c’est très dur de se trouver à la hauteur. Je sais que je veux faire poser des hommes dans les prochains numéros : des hommes avec des masques de femmes et je veux voir comment eux réagissent à ça ; au fait d’être exposés dans ce contexte-là, dans un magazine féministe. Toutes les filles qui posent dans ce magazine se disent féministes et le sont ; néanmoins, s’exposer n’a pas été facile. Tu as beau te dire « mon corps je l’aime je le revendique et j’en suis fière ».

Ginette : C’est « marrant » ce que tu dis parce que quand je vois le clip, j’vois juste des nanas canons, c’est pas un freaky show. J’ai montré ce clip à des copines, et elles, elles étaient dans « elles sont trop parfaites, encore de la blanche bien foutue etc. ».

Porntoshop : Et elles sont toutes complexées. C’est très intéressant en fait de voir comme on perçoit les choses.

Ginette : Mon père dit que le seul ennemi de la Femme c’est la Femme…

Porntoshop : C’est nous qui portons les regards les plus intolérants envers nous-mêmes, et par extension avec les autres… Il suffit de penser à notre propre regard sur une fille qu’on croisera et qui sera un peu trop racoleuse ! Rien que dire ça déjà ça en dit long… C’est quelque chose sur lequel il faut travailler en permanence, dans notre quotidien.

Ginette : Tout ça me fait penser à l’affaire Lena Dunham (série GIRLS). Il y a quelques temps, elle a poussé un cri de colère contre un magazine espagnol qu’elle accusait de l’avoir photoshopée. Le net s’empare de l’histoire bien entendu. Le zine espagnol lui explique qu’il n’y a pas eu retouche, elle dit que c’est impossible. Finalement, on lui montre les photos et en effet : on ne l’a pas trafiquée. Lena Dunham c’est la nana qui par excellence revendique son corps imparfait. Elle dit, et je le lui souhaite, avoir intégré ça et le vivre normalement. Or, cette nana, qui est donc supposée ne pas avoir de regard biaisé sur elle-même, ne se reconnaît pas sur une photo. Et très honnêtement, j’ai trouvé ça tellement violent pour elle. Quid de la dysmorphophobie ?

Porntoshop : Mona Chollet en parle dans Beauté Fatale de ce sujet. Elle évoque un top model que son mec filme. La nana qui fait rêver par définition, en réalité vit un véritable calvaire. Le féminin c’est ça : te montrer l’inaccessible. Si ton premier problème était de perdre trois kilos, une fois ces kilos envolés tu verras qu’il y a autre chose. Tu ne seras jamais à la hauteur, tu te sentiras à côté de la plaque.

Ginette : C’est de l’ultra-violence…

Porntoshop : Je suis loin d’avoir fini de travailler là-dessus. Voir comment tes potes réagissent quand tu les prends en photo, voir comment elles s’aiment ou pas… Et je suis la première concernée.

Ginette : Moi je ne me reconnais même pas sur les photos, je vis ça difficilement une photo. Quand on en prend de moi et qu’on me tague sur les réseaux sociaux, c’est une petite mort. Je ne parviens pas à me dire que celle que je vois, qui est moi, c’est réellement moi. Je m’imagine tellement différente que je ne peux que comprendre tout ça. Et là on parle de la société en général. En politique c’est carrément une autre dimension.

Porntoshop : Pour les femmes en politique, le corps est souvent un objet problématique. Une femme qui met une robe ça pose problème par exemple (ex : Duflot). Rama Yade raconte qu’un jour à l’Assemblée Nationale un député lui a dit « Personne ne te le dira mais ta jupe est trop courte. ». Quand t’es une femme et que tu assumes d’avoir aussi un corps, c’est compliqué donc en politique ça reste problématique aussi, par extension. Assumer d’être une femme avec un corps de femme, c’est utilisé comme instrument servant à décrédibiliser. Tu ne peux pas avoir une robe et être sérieuse. Ne parlons pas des jupes courtes. C’est pour ça que dans #PRESIDENTES Nicolas Sarkosy tire sur sa jupe, un peu gêné. Cela dit, il y a une évolution: regarde comment on parle de Hollande! Flamby… Il y a quelque chose qui dit que finalement, il « dévirilise » le pouvoir avec un surnom pareil…

Pour trouver PORNTOSHOP: https://www.facebook.com/porntoshop/timeline

 

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Il était une fois… #PrieurDeLaMarne

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PRIEUR DE LA MARNE… La première fois qu’on a aperçu son nom à la rédac c’était sur le fil instagram du duo électro rémois THE SHOES qui avait signé Time to Dance et qui depuis est devenu une référence ! Reims a vu émerger une impressionnante scène musicale ces dernières années, Yuksek / Brodinski / The Shoes et j’en oublie sûrement… A la ville, « Prieur de la Marne » est Guilhem Simbille, un des programmateur du festival ELEKTRICITY de Reims justement, et on croit savoir qu’il bosse à la Cartonnerie.

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On a pris rendez-vous pour une interview, c’était samedi dernier, et comme il pleuvait ce jour-à, on a envoyé la stagiaire. Elle a rejoint Prieur de la Marne devant un café, près du cimetière du Père Lachaise à Paris et fait notable, l’interview a eu lieu alors qu’il bossait sur une compo spéciale « Valentine Day »!

Rencontre

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Ginette : On est où en ce samedi pluvieux ?

Prieur de la Marne : Entrons au Zhorba. J’avais besoin d’un café et je me suis abrité en sortant du Père Lachaise.

Ginette : Et bien entrons au Zhorba. Tu faisais quoi au Père Lachaise ? Un samedi après-midi où il pleut, tu vas « saluer » qui au Père Lachaise ? Jim Morrison ? Allan Kardec ?

Prieur de la Marne :  Je suis un grand marcheur. Et aussi souvent que possible j’aime bien déambuler dans des cimetières. Pas spécialement pour saluer quelqu’un en particulier mais plutôt pour y chercher du calme. La je suis allé voir Marie Trintignant.

Ginette :  Je faisais ça quand j’étais petite, mon père fabriquait des tombes en marbre, et j’aimais déambuler dans les cimetières où il bossait. D’ailleurs, je piquais des fleurs à ceux qui en avaient trop pour les donner à ceux qui n’en avaient pas. Marie Trintignant elle t’évoque quoi ?

Prieur de la Marne : Marie Trintignant c’est cette petite sauvage dans « Série Noire » d’Alain Corneau aux côtés de Patrick Dewaere… C’est aussi la fille de mon acteur préféré. Et puis c’est cette tragédie de Vilnius. Je n’ai pas super envie de m’étaler Bertrand Cantat. Il était une icône de mon adolescence… Je le considère aujourd’hui comme un animal…

Ginette : Est-ce que cela signifie qu’on n’entendra ni Noir Désir ni Détroit dans tes reworks?

Prieur de la Marne : [il lève les yeux au ciel  ndlr]

Ginette : Tu parlais de Jean-Louis Trintignant, donc je rebondis sur lui, et sur le cinéma. Il est très présent dans ton travail le 7ème art.

Prieur de la Marne :  Enfant j’étais souvent congédié dans ma chambre. J’étais turbulent et pour tuer le temps je dessinais des heures durant en écoutant les disques de ma mère. Je pense que c’est la que j’ai commencé à associer malgré moi des images à des mélodies. Et puis le cinéma est entre dans ma vie. Mon père m’a emmené voir Oradour-sur-Glane et la semaine suivante il m’a montré « le vieux fusil » de Robert Enrico… Le choc des images de Romy Schneider brûlée vive, de Noiret pleurant toutes les larmes de son corps et cette bande son de François de Roubaix… C’est un trauma mais c’est aussi un repère dans mon travail d’artiste aujourd’hui.

Ginette : Ça explique donc pourquoi tu as fait tout un travail autour de Romy Schneider. C’est de l’hommage ? Une purgation des passions ?

Prieur de la Marne :  Mon père était amoureux d’elle. C’est ce qu’il disait à table devant ma mère… Moi je me suis intéressé à la vie de l’actrice assez récemment. Je pense que c’était certainement pour régler un truc inconsciemment mais surtout parce que j’ai pour elle une grande admiration… Pour son parcours, ses choix (y compris celui de sa disparition) et pour sa beauté intemporelle… Mais je pense en avoir fini avec elle. Je cherche désormais une muse qui fait partie de ma réalité (rires)

Ginette :  Comment est né « Prieur de la Marne »?  Je ne sais pas ce qu’il en est réellement, pour moi ce n’est pas qu’un nom d’artiste, c’est plus une sorte de projet/concept!

Prieur de la Marne : Les contingences de ma petite vie m’ont conduit à traverser des Périodes de douleur et d’ennui profond. Lors de mon dernier épisode dépressif j’ai tué le temps en m’intéressant à Romain Gary… Le plus grand créateur de personnages à mon sens et un artiste total qui souffrait en écrivant.

En relisant « la vie devant soi » et en creusant l’épisode Émile Ajar j’ai eu l’idée de créer le personnage Prieur de la Marne… Comme une projection d’un homme que je ne suis pas dans la vraie vie mais qui est tout de même une sorte d’alter égo… Le diablotin posé sur mon épaule qui surgit en même temps que l’inspiration.

Ginette : Ce que tu dis m’inspire un vers de Verlaine, dans Mon rêve familier:

 » Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même Ni tout à fait une autre »

Bien entendu la thématique n’est pas la même, mais c’est ça qui me vient en tête instinctivement. Cet alter ego, c’est une version décomplexée ? Améliorée ? Sublimée ? Ou possède-t-il également des défauts que tu n’aurais pas ?

Prieur de la Marne : Les défauts et les qualités sont volontairement très exagérés… C’est évidemment une projection sublimée et décomplexée. Le chevalier sans peur et sans reproches que j’aimerais être au quotidien.

Ginette : « Prieur de le Marne » est-il narcissique ? Il se met en scène dans les reworks, il rend hommage à ses potes aussi mais les reworks ressemblent parfois à une sorte d’ego-trip .

Prieur de la Marne : Oui, Prieur de la Marne est un vaste ego-trip. Il s’autorise effectivement des mises en scènes souvent too much mais c’est la différence qu’il a décidé de cultiver. Rien ne lui paraît plus triste que le consensus mou et la tiédeur. Alors pour tromper son ennui et amuser ses potes il se met en scène avec en point de mire le fantasme de mourir un jour sur scène… Que ce soit à la mi-temps du superbowl ou en faisant le DJ pour un bal populaire ou un mariage.

Ginette :« Viens mais ne viens pas quand je serais seule / Quand le rideau un jour tombera /Je veux qu’il tombe derrière moi. « 

J’ai lu quelque part que « Prieur de la Marne » est un dandy. Alors, c’est quoi un dandy en 2016 ? C’est ce dandy qui décide de quitter sa table de mix pour aller taquiner le dancefloor?

Prieur Ceinture

Prieur de la Marne : Un dandy je ne sais pas ce que c’est… Dans l’inconscient collectif de 2016 et sur ces blogs de style tous plus creux les uns que les autres j’imagine que c’est quelqu’un qui préfère les bottines aux Air Max… D’où ces allusions au dandysme… Le Prieur de la Marne qui décide d’abandonner ses platines pour aller danser c’est celui qui est ha-beat-é, qui a le diable au corps et qui ne résiste pas à esquisser deux pas de danses quand il envoie « l’amour à la plage » de Niagara ou « lovefool » des Cardigans.

Ginette : Je suis d’accord, en fait « dandy » c’est tellement sur-utilisé et galvaudé que je m’interroge toujours… Comment Guilhem voit-il Prieur? Est-ce qu’il l’envie?

Prieur de la Marne :  Je le vois parfois comme un guignol inutile, drôle mais inutile. Donc ces temps-ci j’essaye de mettre du sens dans le travail de Prieur de la Marne. Lui donner un côté utile. Je travaille notamment sur des objets de merchandising entièrement faits main dont les recettes serviront des projets très nobles. Je pense au Colibri mais pas seulement… Je travaille aussi sur un projet qui s’intitulera « exodes » et qui illustrera, à ma manière, toutes ces tragédies quotidiennes que vivent ce qu’on appelle en ce moment les migrants…

Ginette : Dans tes reworks, il y a des discours politiques, des déclamations de poèmes, des messages. Je n’imagine pas que c’est fait innocemment, c’est tellement travaillé, pointu!

Prieur de la Marne :  Ce n’est jamais innocent. La collection sortie chez Alpage s’intitule « Messages Personnels ». Dans chacun de ces objets sonores, il y a un message que j’adresse à une personne qui parfois se reconnaît parfois non. C’est effectivement un travail de précision. L’idée est toujours de raconter une histoire. L’auditeur est libre d’en faire sa propre lecture.

Ginette : Bien sûr ! Sinon c’est plus de l’art et juste du placement de « produit ». Le travail sur François Mitterrand m’a bouleversée. Dans quel contexte ce travail est-il né ?

Prieur de la Marne :  On m’avait proposé de faire un Mix pour l’anniversaire des attentats de Charlie. Je ne voulais pas le faire. En revanche illustrer les deux mandats Mitterrand à l’occasion des 20 ans de sa mort me paraissait intéressant. Raconter la complexité du personnage, son cynisme, sa cruauté et sa mégalo… Le montrer comme le dernier Roi de France, par son côté bâtisseur (il a quand même construit la pyramide du Louvre par amour pour Anne Pingeot). Remettre en perspective les réformes qu’il a initiées et toutes les désillusions de la gauche qu’il a également provoquées, le tango malsain qu’il a dansé avec Le Pen… C’était un travail pour moi. Je ne l’aurais fait pour aucun autre homme politique…

Ginette : Pourquoi pour aucun autre homme politique?

Prieur de la Marne : Exception faite de Christiane Taubira pour son courage et sa droiture, je peux dire sans rougir que je déteste cordialement la classe politique actuelle. En revanche j’ai un attachement sincère et un immense respect pour les élus locaux (je ne parle pas de la ville que j’habite) mais de tous ces humbles militants qui se battent tous les jours dans nos quartiers et nos villages, qui sont à l’écoute.

Ginette : « Prieur (Crieur) de la Marne » c’est le nom d’une figure marquante de la Révolution. Ta révolution à toi, c’est quoi ? C’est ce que tu évoques quand tu parles de projets utiles et engagés ?

Prieur de la Marne : Ma révolution personnelle, c’est déjà de sauver ma peau et ne pas sombrer dans le désespoir. En ce sens Prieur de la Marne m’aide beaucoup. L’autre révolution est en marche. Mais c’est une évolution, un changement sociétal profond qui est en route. Je fais le distinguo entre révolution et évolution parce qu’une révolution, en astronomie n’est jamais qu’un tour sur soi-même… Ce qui revient à dire un retour à la case départ…

Ginette : Justement, je voulais qu’on aborde la thématique de la mélancolie et du désespoir. Encore une fois, je te parle d’impressions que j’ai, je ne te connais pas.

A chacune ou presque de tes compositions, je suis à la fois: émue (il y a des souvenirs de ma petite enfance qui refont surface, selon les chansons, parfois bons parfois pas) ; troublée ; mélancolique ET enjouée (y’a un côté loufoque, surréaliste, un effet que me fait uniquement Philippe Katerine en général et ça, ça crée un appel d’air, y’a une bouffée d’air frais, et ça me donne envie de me dandiner alors que je ne danse jamais). Bref, la mélancolie transparaît. Y compris physiquement, on (je) te sent à fleur de peau. Est-ce le cas ?

Prieur de la Marne :  Oui je suis à fleur de peau (de cochon cf, Katerine). C’est toute la colère que j’ai au fond de ma petite personne qui me nourrit. Je m’efforce de faire des faiblesses de mon adversaire (le clown triste qui sommeille en moi) des atouts pour l’animateur de bal que je suis le samedi soir. Et puis c’est un jeu que j’affectionne particulièrement que de faire passer l’auditeur du rire aux larmes dans la même minute. Mais ça n’est qu’un jeu pour l’instant. Mon prochain projet scénique sera quelque chose d’à la fois très cérébral et festif. J’aime croire qu’amusement et questionnement peuvent coexister dans la musique…

Ginette : C’est déroutant le nombre de fois où tu parles de toi en parlant de « petite personne » et l’égo-trip du Prieur… Es-tu un romantique ? (au sens Hugo, Musset)

Prieur de la Marne : De par mon expérience professionnelle j’ai côtoyé pendant de longues années de nombreux artistes, tous plus mégalo les uns que les autres, et dans tous les styles exception faite du metal. J’en compte encore beaucoup parmi mes amis proches mais j’ai pris le soin de faire le tri entre ceux qui ont ces ego démesurés, parfaitement insupportables et qui leur font dire et faire des horreurs. L’ego-trip de Prieur de la Marne n’est qu’un vecteur pour faire exister le personnage… Prieur de la Marne est mégalo, pas moi. Je demeure une petite personne, habitée par une autre qui rêve d’un destin de chevalier héroïque. (rires)

Oui je pense être un romantique au sens littéraire… Mais je me questionne sur la place du Romantique aujourd’hui. Pour moi ce n’est pas seulement chanter « l’amour et la violence » (c’est une des plus belles chansons qui aient jamais été écrites en France à ce jour ceci dit). Être romantique dans mon cas C’est aussi laisser flotter de la tendresse dans un monde chaque jour plus injuste et cruel. Pour ça les réseaux sociaux sont bien pratiques. Être romantique c’est vouloir poudrer le ciel d’attentions pour l’être aimé. Lui montrer qu’elle compte et qu’elle est belle même quand elle n’est pas maquillée, même quand elle est triste et fatiguée, même quand elle pleure toutes ces larmes de désespoir. Lui dire que même de l’autre côté du globe elle est dans mes pensées, que celles-ci soient morbides ou enjouées.

Ginette : Alors, dans une interview de Oizo, je me souviens avoir lu qu’il mixait pour voir des culs (de filles) bouger ! « Prieur » c’est pas juste un ambianceur ou un MC, c’est aussi un serial fucker ? Parce que bon, il paraît qu’au final on est tous les mêmes…

Prieur de la Marne : Eh bien au risque de briser un mythe, Prieur de la Marne n’est pas un serial fuckeur… Il ne mixe que pour voir des hanches chavirer, des sourires illuminer des visages toutes générations confondues et laisser flotter un parfum d’insouciance au-dessus de son auditoire. Il aime la fête, les vapeurs de l’alcool et les drogues certes mais son cœur ne sait battre en général que pour une personne à la fois. Et c’est à moi de poser une question à Ginette : est-il quelque chose de plus pathétique qu’un DJ qui pointe du doigt la petite starfuckeuse, likeuse compulsive et followeuse à outrance pour la niquer en deux temps trois mouvements dans les chiottes sales d’un club sale ?

Ginette : Ca dépend, est-ce que la starfuckeuse a des yeux orange ? Parce que bon, c’est bien beau tout ce que l’on raconte mais tu m’as mis cette chanson dans la tête et c’est atroce…

Prieur de la Marne : Tout d’abord cette chanson n’a rien d’horrible. Elle traite de l’obsession d’un homme ordinaire pour une femme extraordinaire. C’est pour ça que je me suis reconnu immédiatement dans « le troublant témoignage de Paul Martin ». Ensuite je trouve vulgaire et sale ces termes de starfuckeuse… Tu les vois arriver à des kilomètres prêtes à sacrifier leur dignité sur l’autel d’un selfie. D’ailleurs « selfie » est en soi la queue de la comète de tout ce que la toile a généré comme sottises éhontées ces dernières années : le culte de sa propre image faite par soi-même, devant son propre miroir… Et selfish veut d’abord dire égoïste… Ce terme de follower est aussi une illustration de ce que l’époque a créé de plus absurde. Les followers sont par définition des moutons, qui suivent un berger… Aussi con soit-il!

Ginette : Ce que tu dis sur le selfie et ce qui va autour me parle carrément. Déjà, je trouve le terme EGOPORTRAIT utilisé par les copains québécois PARFAIT. Ca ne peut pas être plus parlant. D’ailleurs, j’ai lu quelque part que l’abus de selfies pouvait être apparenté à un trouble mental. Et c’est d’ailleurs à se demander si tous ces gens savent que Narcisse a bu la tasse…

Dans tes compos, il y l’homme à l’oreillette… On connait tous je crois cet épisode où il se fait arrêter parce que trop de C en sa possession. Dans l’univers dans lequel tu évolues, la C et l’alcool sont omniprésents. La drogue elle aide Guilhem à supporter Prieur ou bien est-ce l’inverse ?

Prieur de la Marne : Non pas spécialement. J’évolue dans une ville de province somme toute assez triste et désuète avec des horaires de bureaux très conventionnels. L’alcool accompagne surtout mes soirées de gala et les moments de plaisir avec mes amis chers. Je ne bois jamais seul par exemple. C’est un usage purement récréatif. Le Champagne a été inventé pour ça… Mais en ce moment ce que j’aime c’est le Cognac Schweppes. La C, c’est différent. C’est devenu un fléau assez désespérant dans le milieu de la musique et de la nuit. Une drogue chaque année plus coupée et dégueulasse qui amène des comportements et des propos douteux. À tort on a souvent le sentiment que tout devient possible en termes de séduction avec un gramme en poche… Mais ce n’est jamais le cas. C’est de cette bizarrerie dont je parle dans « l’homme à l’oreillette », de ce produit qui rend fou.

Ginette : Projetons-nous ! Sur quoi bosses-tu en ce moment ?

Prieur de la Marne : En ce moment je travaille sur un projet de Mix sur le thème de mon cinéma. Ca sortira a l’occasion des Césars et ce sera plein de petites feintes, de moment tendres et d’autres assez absurdes. Je travaille aussi sur plusieurs remixes et je commence à bosser sur un projet live qui associera son et image dans lequel j’essayerai de raconter une romance a la fois torturée et belle. Une histoire qui traitera du manque de l’être aimé, de la joie des retrouvailles. Une sorte de comédie romantique qui donne envie de danser

copyright Petite Boheme

Prieur de la Marne par Petite Bohème

 

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Un gros merci à Petite Bohème qui illustre certaines de nos interviews.

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Raconte-moi Beyrouth #AsmaAbdelkarim

Mis en avant

9782915002676

 

C’était un lundi soir, un lundi soir au Pitch Me, lors de la session #WIP61 que j’ai découvert Asma Abdelkarim. Elle était venue lire des passages de son premier ouvrage: Raconte-Moi Beyrouth. Ce soir-là il faisait une chaleur à mourir, le bourreau d’auteur s’appelait Johann Zarca (a.k.a Le Mec de l’Underground), lui-même écrivain. 

asma et Johan wip61

 

Asma est traductrice, journaliste, spécialiste des médias alternatifs de la région du Moyen-Orient. Elle termine une thèse à Paris. 

Asma a grandi en Tunisie, c’est une femme libre, exigeante, et entière. Elle se raconte, sans filtre, sans langue de bois dans ce témoignage qu’est Raconte-Moi Beyrouth

Rencontre

Ginette : Il s’agit là d’un témoignage, de ton témoignage sur un pan de ta vie. Pourquoi ce choix de forme narrative ? Pourquoi un témoignage plus qu’un roman ? Apprentissage et/ou émancipation ?

Asma Abdelkarim : Les deux. Apprentissage et émancipation. L’enseignement d’un parcours initiatique hors du commun. Je ne dis pas forcément que c’est un exemple à suivre, mais c’est certainement un récit qui peut inspirer certains. Je voulais donc le partager. C’est une démarche altruiste. Pourquoi pas un roman ? Parce qu’un témoignage est plus sincère. Ça sort du cœur et ça va droit au cœur. Et je pense qu’il a atteint l’effet escompté au vu des retours positifs de lecteurs.

Ginette : Ton titre  Raconte-moi Beyrouth – La vigne et le lierre. Vigne vierge et lierre se confondent, y’a-t-il un lien ? Explique-nous le choix du titre.

Asma Abdelkarim : Mmmm il faut lire le livre pour le comprendre ! (rires) Il y a deux sens à cela. Je vais en expliquer un et laisser découvrir le second. Il s’agit de ma relation avec Beyrouth et le Liban en général. En débarquant à Beyrouth j’étais une vigne vierge et le Liban m’a ouvert les bras et m’a serrée fort comme le lierre, sans jamais me lâcher. C’est un lien indéfectible qui s’est créé entre nous.

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Ginette : Tu es l’unique fille d’une fratrie de trois enfants. Ta mère, dont tu es très proche, est enseignante et le savoir, la culture, sont très importants au sein de ta famille. On peut dire que tu fais partie d’une classe sociale « aisée » ou « favorisée », tu sembles vivre dans une sorte de bulle, à l’abri. Le jour où tu pars à l’université, c’est un vrai choc des « cultures » ! Peux-tu en parler ?

Asma Abdelkarim : Je vivais dans un cocon à la maison. Notre mode de vie, j’insiste tout particulièrement sur l’hygiène qui était très différente chez moi, était très « européanisé » : on n’a pas de voisins ou de la famille qui débarquent sans prévenir au préalable, sans frapper à la porte, on ne sort pas de la maison avec un pyjama ou des pantoufles et encore moins avec des robes de chambre, on ne boit pas dans les verres des autres ce qui était la norme en Tunisie… Tout cela ce sont des petits détails, mais qui font toute la différence. A la fac, pour résumer, mon souci était de n’avoir pas pu effectuer mon voyage en Italie l’été de mon bac. Le souci de ma camarade de classe était de voir son fiancé en cachette en disant à ses parents qu’elle a raté le bus pour voler quelques minutes et le voir. C’était son fiancé qui a déjà demandé sa main à ses parents et qui va l’épouser. A l’école primaire où j’étais y avait des couples qui s’embrassaient alors qu’on avait 9/10 ans. J’en parle même pas du lycée. Voilà il est là le choc culturel.

J’ajouterai qu’au lycée, les filles passent toutes pour des Saintes nitouches. Elles flirtent, elles sucent, elles se font sodomiser (pour garder leur virginité) mais tu les entends parler comme des vierges effarouchées : « Mes parents sont strictes, je ne peux pas aller à tel endroit, ou je ne peux pas rentrer à telle heure. » Ça parait très contradictoire avec leurs mœurs. J’observais et cela me débectait car pour ma part, j’avais une éducation basée sur la responsabilisation et la confiance qui ne me permettait pas d’être excessivement dévergondée à 15 ans. Je me posais des limites, pas elles. Mais leur discours allait à l’encontre de leur comportement. Cette ambivalence et cette hypocrisie me révoltaient. Aujourd’hui, je comprends leur comportement, elle ne faisait que reproduire les principes d’une société pervertie et glauque qui ne s’assume pas.

Ginette : Ton papa est libanais, ta maman tunisienne. Ton père en Tunisie a toujours été « l’autre », « l’étranger ». Toi, tu pourrais être « juste tunisienne » mais le Liban t’appelle… Peut-on en parler ? Comment vis-tu ça ? Que ressens-tu ?

Asma Abdelkarim : Il y a 2 facteurs. Je voulais quitter la Tunisie un pays avec lequel je n’ai aucune affinité.  Et le Liban m’appelait pour les raisons que je détaille dans le bouquin. L’étrangeté en Tunisie couplée à l’appel du Liban m’ont fait prendre ma décision. Je me sentais mal en Tunisie.

Ginette : Dans ton parcours, tu étudies les langues, l’italien, l’anglais. Tu as toujours parlé français à la maison. Te sens-tu « étrangère » en Tunisie ?

Asma Abdelkarim : Oh que si ! Mais ce n’est pas seulement une question de langues. Je parle l’arabe classique et le dialecte libanais et j’en suis fière. Le problème est à chercher ailleurs. L’attitude agressive et misogyne ambiante me rebute. Le manque de politesse normalisé me débecte : on te colle au cul, quand ô miracle il y a une queue au supermarché, et si tu demandes gentiment à préserver ton espace vital on te regarde étonné. C’est là que tu te rends compte que c’est toi l’intruse et que l’impolitesse est de mise. Les mots « bonjour », « pardon », « merci » sont inexistants. Les commerçants, serveurs, fonctionnaires sont toujours de mauvaise humeur. L’ambiance générale est d’une lourdeur consternante. Je suis partie très jeune. Je n’ai plus rien en commun avec ce pays et à vrai dire, j’en ai jamais eu.

Ginette : Tu pars au Liban, terre d’une partie de tes ancêtres. Tu sembles t’y sentir chez toi, comme si le Liban était une évidence. Là-bas, t’y sens-tu étrangère ? Pourquoi ?

Asma Abdelkarim : Je me sens bien tout de suite au Liban car on ne me poursuit pas dans la rue pour me traiter de pute quand je ne réponds pas. On ne m’agresse pas gratuitement. On ne m’insulte pas parce que je mange pendant le ramadan. Oui, je me sens mieux et apaisée au Liban. Jamais je ne m’y suis sentie étrangère. Parce que les gens sont propres en général. Ne boivent pas dans le même verre. Parce que je raffolais comme tous les jeunes des enseignes internationales de fastfood et autres qui sont à l’heure où je te parle encore inexistante en Tunisie. Voilà la différence entre les deux pays et voilà pourquoi je me sens bien et en sécurité au Liban. Je me retrouve dans les mœurs des gens. Et je vis ma vie pleinement. En fait, au Liban, je vis tout court.

Ginette : En vivant en France, tu es encore l’étrangère ! Certains parleraient de karma.

Asma Abdelkarim : Je ne me sens pas du tout étrangère en France, loin s’en faut. Je ne m’y suis jamais sentie étrangère depuis mes premières visites alors que j’avais 7 ans. J’ai grandi dans un environnement très francophone et très francophile donc le lien avec la France existait depuis ma tendre enfance voilà pourquoi je suis très touchée par ce que subit la France aujourd’hui. 

Ginette : Dans quel contexte historico/politique arrives-tu au Liban ? Tu quittes une dictature pour un pays pas très en forme… Cependant, j’ai eu l’impression que le choc était moins grand quand tu es arrivée à Beyrouth que lorsque tu prenais le bus pour aller à la fac. Oui ? Le vrai fossé au final est un fossé non pas de classe mais d’accès à la culture ou non (ce qui hélas parfois se confond) ?

Asma Abdelkarim : Je suis arrivée au Liban juste après la libération de la bande frontalière du sud. C’était une période relativement calme. C’était un moment de béatitude cette arrivée au Liban, cela me faisait voir tout sous un angle positif.

Ginette : A Beyrouth, tu côtoies l’élite.  Comment cette jeune femme que tu es vit-elle ça ? S’en rend-t-elle compte ?

Asma Abdelkarim : Ça allait de soi… Je savais que j’avais beaucoup de chance d’être à la meilleure et la plus ancienne université francophone du Moyen-Orient. J’en étais consciente et j’ai essayé d’en profiter au maximum.

Ginette : Tu parles du sunnisme et du chiisme, tu dis qu’avant le Liban pour toi il y avait l’Islam, qu’une fois là-bas la distinction se fait et de manière évidente. Si l’on connait les différences théologiques (enfin grosso modo), comment cela se différencie-t-il concrètement ?

Asma Abdelkarim : C’est vrai. Plus jeune, il n’y avait pas ces clivages auxquels on fait face aujourd’hui, du coup le sujet n’a jamais été abordé. Pour ma part, je l’ai appris un peu avant d’atterrir au Liban suite à une rencontre que j’ai faite et qui a bouleversée ma vie. Pour ce qui est des différences concrètes, elles vont du mode vestimentaire jusqu’à la perception même de la vie et de la pratique de la religion. J’explique cela d’une manière très simplifiée dans le livre où un chapitre entier est consacré à la vie de la communauté chiite.

Ginette : Sur le thème de la religion dans notre contemporanéité, Delphine Horvilleur, femme rabin officiant dans le 15ème arrondissement de Paris explique « qu’il est nécessaire de questionner les textes fondamentaux sans relâche, à la lumière des valeurs de la société d’aujourd’hui. Les rites et les textes doivent être revisités par chaque génération, sinon ils sont morts. » (ndlr : propos tenus dans une interview de Elle). Dans une émission sur l’Iran, Azadeh Kian (politologue et sociologue, spécialiste de l’Iran) dit du chiisme qu’il est plus pragmatique et qu’il sait s’adapter aux sociétés modernes. Tu vois le chiisme comme cela ?

Asma Abdelkarim : Oui. C’est une branche de l’islam qui a prouvé sa capacité à s’adapter à la vie moderne. J’expose le mode de vie chiite longuement dans le livre. Cette flexibilité agréable à vivre et à côtoyer, qui accepte l’autre sans le juger et qui facilite la vie de ses adeptes, m’avait fascinée et me fascine toujours. Bien évidemment, le chiisme dont je parle est celui du Liban, hormis une partie qui prête allégeance à l’Ayatollah Ali Khamenei et qui adopte un mode de vie qui implique une pratique rigoureuse de l’islam mais qui reste tout de même plus « détendu » que ses homologues sunnites, la majeure partie des chiites vous séduisent avec leur douceur de vivre.

Ginette : Il y a un passage dans le livre où tu parles d’une soirée au Liban où tu dois porter une tenue traditionnelle, et tu décris à quel point les femmes orientales sont coquettes, attentives aux moindres détails, aux barrettes, aux coutures : leur beauté et leur sensualité passent par là. C’est loin de l’image qu’a le Français/Européen/occidental lambda pour qui la femme arabe sensuelle n’existe plus après Shéhérazade ! Toi-même tu parles de tes histoires d’amour. Tu ne sembles rien subir, tu es citoyenne du monde. Tu sembles casser les clichés, t’en rends-tu compte ?

Asma Abdelkarim : Oui. J’ai mis un voile et non pas une tenue traditionnelle. Je souligne ce fait parce que le voile dans nos contrées méditerranéennes n’a rien de traditionnel. C’est un intrus.

Au Liban les femmes sont très coquettes, libérées et respectées. Je me rends compte de cette idée reçue sur les femmes arabes depuis mon arrivée en France. J’étais sidérée de voir le nombre de voilées et de barbus à Paris. Pour la plupart, ce sont des gens de milieux modestes qui n’ont pas évolué avec leur temps et qui s’accrochent comme ils peuvent aux signes religieux archaïques et révolus, et surtout contestés, tout en se basant sur un discours victimaire. C’est triste mais cela a marché pour eux, pourquoi ils changeraient ? Pis encore, ont-ils les capacités intellectuelles et le recul nécessaire pour évoluer et s’adapter à leur société d’accueil ? C’est une question épineuse, mais ce qui est certain c’est que l’attitude de ces hommes et femmes d’origine arabe ou musulmane biaise notre évolution, nous les femmes arabes libres, et ça ne fait que des bulletins de vote en plus pour les élus condescendants en France. C’est un cercle vicieux.

Ginette : Aujourd’hui, on est dans une période « post » printemps arabe. On dit de la Tunisie que c’est la seule à avoir réussi son printemps. Qu’en dis-tu ?

Asma Abdelkarim : C’est loin d’être le cas. Il y a eu plusieurs attentats contre des Européens et contre les forces de l’ordre locales. Un couvre-feu a été décrété récemment suite à des manifestations violentes. Comment parler de printemps pour un pays à l’économie agonisante, aux mentalités qui se renferment de plus en plus et où le pouvoir est entre les mains d’islamistes ?

Ginette : Parviens-tu à imaginer comment serait la jeune Asma si elle avait 8 ans aujourd’hui ? Si elle en avait 18 ? Serait-elle plus ou moins libre ? Aurait-elle pu partir vivre au Liban, s’y voir s’épanouir ?

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Asma Abdelkarim : Le Liban reste toujours ce petit miracle, ce havre de paix dans un Moyen-Orient fou, nonobstant des voisins pas des plus commodes. Je pense qu’il m’ouvrira toujours les bras, à n’importe quel âge. Je l’aime et il me le rend bien.

Ginette : Vis-tu dans la France que tu avais imaginé ? Pourquoi ?

Asma Abdelkarim : Pas vraiment. Oula ! Vaste sujet. Je dirai que J’imaginais une France utopique et que la réelle me plait bien même si j’émets quelques réserves.

Ginette : Comment expliques-tu le fait que le fait religieux ait pris tant d’importance ici ? Que penses-tu de cela ?

Asma Abdelkarim : Bah justement, c’est cela qui m’importune. On a trop laissé faire par naïveté, par condescendance, ou pour des calculs électoraux vils. Maintenant, la France récolte hélas les fruits de son laxisme.

Ginette : Je pense qu’il y a autant de formes de féminismes que de sortes de fromages en France, et je voudrais évoquer deux postures bien différentes. Elisabeth Badinter, qui au nom du féminisme appelle les femmes à ne plus se voiler, appelle la République à ne pas accepter (ce qui la fait passer pour une néo-réac). Il y a également la position d’Ovidie qui se revendique de la mouvance « porno féministe » et qui est très engagée dans la défense des travailleurs du sexe notamment. Elle dit qu’en fait demander de lever son voile à une femme au nom du féminisme c’est de l’infantilisation, que si la femme dispose de son corps librement, il faut qu’elle puisse être considérée intellectuellement et socialement de la même manière qu’elle porte un voile ou une combinaison en latex. Quelle réaction ?

Asma Abdelkarim : Je me positionne entre Badinter et Ovidie. Je suis clairement contre le port du voile en France. Nous sommes dans un pays laïc de culture judéo-chrétienne. C’est un fait. Le voile n’a pas sa place ici et le débat sur le port du voile n’a tout simplement pas lieu d’être dans l’espace public français. Si on parle des femmes en général, ce qui inclut tous les pays du monde, je suis du même avis qu’Ovidie, il faut les laisser en décider par elles-mêmes car souvent c’est un choix délibéré des femmes ou une tradition. Moi-même, si je pars dans un pays où le voile est la norme, je le porterai par respect. Je voudrais donc que les gens qui sont là respectent la France.

Ginette : Chez Dolce & Gabbana est sortie une collection voiles et hidjabs : ouverture ? Opportunisme ? Coup de comm ? Pourquoi pas ?

Asma Abdelkarim : H&M aussi a fait défiler un mannequin voilé, avec un petit piercing au nez. Laisse-moi rire ! Les femmes voilées sont censées être discrètes. C’est l’essence même du concept de voile. Alors le over make-up et les piercings avec le regard aguicheur ce n’est pas très islamique. C’est très intelligent de la part de ces enseignes. Ils misent sur les clientes fortunées du Golfe, mais encore une fois, ils contribuent à faire régner une idée reçue sur les femmes arabes, normalisent le port du voile en Europe, avec les conséquences liées à la radicalisation qu’on ne connait que trop bien en France. C’est irresponsable et bas.

Ginette : J’ai trouvé un poème de Jussieu, « Le lierre et la vigne », le connais-tu ?

Sur le mur d’un vieil ermitage,
Un lierre avec orgueil étalait son feuillage.
Une vigne, tout près de lui,
Grimpait modestement le long du même appui.
De son inutile verdure
Fier et vain comme un sot, le lierre, sans égard,
Repoussait sa voisine et couvrait la masure.
La pauvre vigne, sans murmure,
Se retirait toujours, cherchant place à l’écart.
Mais chacun eut son tour, et justice fut faite.
Un jardinier s’avance, armé de sa serpette ;
Il vient pour réparer le manoir délaissé.
Sans peine on devine le reste.
L’orgueilleux inutile, arraché, dispersé,
Laisse le mur débarrassé
A la vigne utile et modeste.

Asma Abdelkarim : Non je ne le connaissais pas. Le jardinier est peut-être la guerre mais même la guerre et la séparation n’ont pas eu raison de notre lien. C’est vraiment indéfectible !

Ginette : La réception de ton bouquin ? Quels retours ? Ta famille l’a lu ? Qu’en pense-t-elle ?

Asma Abdelkarim : J’ai eu de très bons retours et j’en suis ravie. Beaucoup de Français d’origine libanaise se sont retrouvés dans mon profil. Je ne les connaissais pas, ils ont cherché mes coordonnées pour m’écrire et me dire à quel point cela les avait touchés. C’est émouvant de recevoir et lire de longs mails d’inconnus qui vous connaissent, se livrent, vous félicitent, puis ils ne sont plus des inconnus. C’est très touchant. Ma famille est très fière de moi, j’ai leur total soutien.

Ginette : Ton livre est traduit en roumain, chapeau ! D’autres traductions prévues ? En italien ? En anglais ? En arabe ?

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Asma Abdelkarim : Merci. J’ai beaucoup d’affection pour la langue de Dante, j’espère qu’une occasion se présentera surtout que j’ai des copines italiennes qui sont monolingues et qui attendent de me lire. Pour ce qui est de l’anglais et de l’arabe c’est en cours d’étude.

Ginette : Tu vis en France, tu prépares une thèse. Quel est ton sujet ?

Asma Abdelkarim : Je travaille sur les changements du paysage médiatique dans certains pays arabes après le fameux printemps car même si ses tenants et ses aboutissants se discutent on ne peut pas nier que c’était un séisme qui a entrainé des transformations d’envergure sur tous les plans.

Ginette : tes projets ? Tes actualités ? Tes envies ?

Asma Abdelkarim : Je me consacre à ma thèse pour l’instant et à mes articles. Je reste tout de même à l’écoute de nouvelles opportunités qui peuvent se présenter .

 

 

 

Et le fanzine fut… #LeMecDeLUnderground

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Chez Ginette, on suit Le Mec de L’Underground depuis si longtemps qu’on n’ose plus se demander si tu sais de qui ou quoi on parle quand on l’évoque alors dans le doute on va te faire un petit topo mais tu peux aussi mater notre interview filmée de Johann Zarca, l’auteur vandale qui a donné naissance à cette bande de cas à la fois désespérés et désespérants.

Le Mec de l’Underground c’est à la fois le nom de de plume et le nom du blog de Johann Zarca qui à côté de ça a écrit trois romans: Le Boss de Boulogne et Phi Prob chez Don Quichotte, et Braquo dans l’Underground, bouquin vendu à la sauvette, en mode vandale durant l’été 2014.

Les protagonistes s’appellent Tonton Pérave, Lakdhar, Constantin (le martyr) ou encore La Frelonne (sa frangine dégénérée à qui il aimerait bien mettre des doigts) et on peut suivre sur le blog leurs aventures aussi dingos que loufoques.

A côté de ça, Le Mec de l’Underground chronique aussi chez StreetPress,et  Marty s’occupe d’illustrer ses propos. Marty et Le Mec de l’Underground sont sur un projet B.D mais en attendant, c’est un fanzine version papier que le binôme vient de nous lâcher. D’ailleurs, tu peux trouver son message appelant à l’édition vandale sur sa page facebook.

Capture d’écran (262)

Ginette: 1/ Pourquoi un Fanzine papier ? 2/ Où en sont les projets B.D ? 3/ T’as quoi d’autre sur le feu?

Le Mec de l’Underground: 1/ Un Fanzine pour rester dans le vandale, parce que l’idée est de détourner des imprimantes. Je suis resté dans l’esprit Do It Yourself, parce que je suis un peu nostalgique de cette époque. 2/ La BD, on continue. 3/ Sinon, peut-être sortir en mode vandale (comme Braquo, sous forme de livre) une compile de mes meilleurs posts, plus une ou deux nouvelles inédites.

Chez Ginette, on ne peut que t’encourager à pratiquer littérature et édition vandales !

Pour ça, contacte Le Mec de L’Underground.

 

Couv' mag finale

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POUR INFO:

Marty fera bientôt l’objet d’un portrait, en attendant, suis-le !

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Projet « ADELLA »

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Récemment on nous a contacté à la rédac pour nous présenter Adella. Adella a la musique dans la peau. De formation classique, elle commence la musique à l’école maternelle, le violon! Elle en joue toujours d’ailleurs, elle fait partie d’un orchestre. A côté de ça, elle a un parcours un peu punk, un peu rock, un peu pop, un peu électro. 

Adella est ce qu’on aime ici chez Ginette, pas enfermée dans un parcours, dans une stéréotypie.

On a envoyé la stagiaire pour un entretien, boulevard Montmartre, à la terrasse d’un café, avant qu’Adella ne rejoigne sa régie au théâtre. 

 

RENCONTRE

Adella Press 2015

Ginette : Salut Adella ! Et bien justement, commençons par ton nom ! Sur les réseaux sociaux on te trouve sous le nom « Adella Rock Star » et sur les trois titres que j’ai trouvé, ça ne m’a pas semblé très évident. Est-ce que c’est « rock » ce que tu proposes ?

Adella : Le souci avec les réseaux sociaux c’est qu’avec mon nom seul, je suis introuvable. Il fallait faire efficace. « Adella » n’est pas un projet rock. D’ailleurs, ça fait parfois marrer les gens, on m’a déjà dit « ça fait un peu tu te la pètes ‘Rock Star’ » mais non, c’est que tout était pris, et qu’il fallait quelque chose qui se retienne facilement aussi. Après, ce n’est pas éloigné de moi, on m’a souvent appelé ainsi parce que dans la vie je suis comme ça, « rock n’roll ». Le projet n’est pas vraiment rock, un peu peut-être dans les textes mais pas plus.

Ginette : Après je te dis ça, mais sur les trois morceaux, C’était l’Heure est super punchy.

Adella : C’est le premier titre en effet. C’était électrique. Plus j’ai avancé dans le projet, plus j’ai trouvé que la guitare électrique avait un côté un peu passé. J’avais envie d’une couleur sonore moderne et très identitaire. Je me suis plus orientée vers un côté POP, un peu d’électro aussi mais également du classique car à la base je suis violoniste. Je suis allée vers quelque chose donc de pop, classique, avec des cordes, des arrangements et plus du tout de guitare.

Ginette : Violon/Pop/Electro, à la Vanessa Mae ?

ADELLA ©P. Girod QU6B9179NB

Adella : Je n’en suis pas là. Le violon, j’aime ses sonorités telles qu’elles sont. J’aurais pu le tenter. On m’a prêté un violon électrique avec des pédales, pour moi ce n’est pas utile. Je préfère mettre un effet sur ma guitare folk ou électrique plutôt que sur le violon car, justement, pour moi le violon est là pour apporter cet effet classique.

Ginette : Puisque l’on parle violon, à quel âge as-tu commencé la musique.

Adella : Le violon, vers 4 ans.

Ginette : Ah oui !?

Adella : Oui oui. En revanche, le côté solitaire, je n’aimais pas trop. J’ai très vite intégré un orchestre et en classique j’ai fait surtout de l’orchestre. Je suis toujours dans un orchestre au demeurant. Il s’appelle L’Académie de Musique de Paris et j’y joue toujours.

Ginette : Je crois savoir que tu es passée par le Punk également.

Adella : A l’adolescence. Même au sortir de l’adolescence, j’étais en BTS. J’en ai eu marre du classique, je me suis mise à la basse. Avec des potes on a monté un groupe garage, on répétait dans une cave, pendant environ deux ans. On jouait un peu dans les cafés, pour les potes. C’était vraiment pour s’amuser, ce n’était pas dans le but de se professionnaliser.

Ginette : Le projet « Adella » date de quand ?

Adella : Deux ans. Avant « Adella » je faisais parti d’un duo « Peace of Junk ». On a bossé trois ans sur ce duo, on a sorti un album en digital que j’ai produit et réalisé à la maison (ndlr : Adella est ingénieur du son), on a fait beaucoup de dates à Paris, un peu en Province également. Au bout d’un moment l’entente n’était plus là, les relations étaient compliquées. J’ai mis fin au duo. Pendant un an j’ai complètement arrêté de chanter. J’ai commencé à travailler dans les régies en théâtre et un jour j’ai sympathisé avec une comédienne qui s’appelle Katia Doris, je faisais ses régies. Et un jour je lui ai fait écouter mes chansons, une reprise des Doors également, ce que j’ai fait avec Peace Of Junk… Elle m’a dit que j’avais une voix magnifique et qu’il fallait que je m’y remette. Elle m’a présenté une auteure pour qu’elle m’écrive des textes. Elle m’a poussé. Au passage c’est elle qui a réalisé le clip « C’était l’Heure ». Le texte est de Cathy Steinberg, cette fameuse auteure qu’elle m’a présentée. C’est comme ça que le projet est né. C’est vraiment grâce à elle qui m’a poussé. J’ai fait ce titre, je l’ai envoyé à la radio Le Mouv, pendant trois mois ils l’ont passé. Forcément, quand ils m’ont dit oui tout de suite, je me suis dit qu’il fallait me lancer, qu’il y avait un « truc » à exploiter, que je devais continuer.

Ginette : Tu as réalisé un EP ?

Adella : J’ai 20 titres de réalisés.

Ginette : C’est plus un EP c’est un double album…

Adella : Oui ! Comme on produit nous-mêmes, on a décidé d’un EP concept : 1 titre/1 clip par mois et quand on en a 6, on regroupe sur un EP (ça tombera en mars). On va sortir « Vent d’Autan » le 11/12. J’aime bien l’idée, ça permet d’avoir de l’actualité, on crée un RDV. Sortir directement l’album sous prétexte qu’il est créé, c’est dommage.

Ginette : Tu veux de la vie autour. C’est tout à fait compréhensible. Tu es musicienne, tu composes, tu es ingénieure du son. J’imagine que tu fais tous tes arrangements. Côté visuel, les clips, t’es dessus aussi ?

Adella : C’est plus compliqué. Comme je te disais, « Dis, tu voudrais pas qu’on s’aime » c’est Katia Doris, puis une autre amie Claire-Marie Bronx J’en ai réalisé un moi-même avec un iphone. Et pour le reste on cherche des réalisateurs.

Ginette : Je fais passer le message ! Donc : 6 titres/6 clips !

Adella : Oui ! après on a une autre idée d’EP mais je ne peux pas en parler pour le moment. C’est un autre concept.

Ginette : Il émane de tes morceaux une certaine mélancolie.

Adella : Je dirai plutôt nostalgie. Je suis très rêveuse, très sensible aux histoires des personnes, que ce soit d’un point de vue intime ou amical et il est vrai que chaque chanson parle d’une histoire réellement vécue, je pense que ce que tu ressens vient de là. Je ne romance pas forcément mais j’essaie d’apporter une ouverture pour ne pas que ce soit une mélancolie qui s’enferme.

Ginette : Je parle de mélancolie mais il ne faut pas le comprendre dans le sens « ça sent la dépression, elle en fait des caisses ! ». Surtout pas ! C’est touchant. Ta voix englobe tout ça. Je me suis demandé à un moment si tu étais introvertie ou hyper pudique ou juste ta façon de chanter ?

Adella : C’est ma façon de chanter. Introvertie ? Non. Par contre je suis très pudique, et comme en plus je ne suis pas une chanteuse à voix, ça amplifie ce que tu perçois je pense.  

Ginette : Donc pudique ! Être pudique et chanter en français – sous-entendu sans possibilité de se cacher derrière la langue – c’est un challenge non ? Je ne dis pas qu’en anglais on se planque, mais en français y’a pas de filtre…

Adella : De ça je m’en suis rendu compte en live. Quand tu t’aperçois que tu es face à des gens et que tu racontes des choses très intimes, personnelles, tu te demandes « est-ce que j’assume réellement tout ça ? ». La réponse est OUI mais le live m’a fait me rendre compte que je parlais de choses vraiment très personnelles ; mais en effet je me suis fait la réflexion en live. Quand tu es en famille, à un dîner et qu’on te demande de chanter, et bien dans ta tête tu te dis « Merde, je vais éviter ce titre car tout le monde va savoir que je suis sortie avec ce mec ou je ne sais quoi ! ».

Ginette : Tu participes aussi à l’écriture des textes.

Adella : Et oui !

Ginette : Adella c’est un projet solo ?

Adella : Oui.

Ginette : Tu fais le grand écart entre l’orchestre où vous êtes 60/70 et le projet « Adella ».

Adella : Passer de l’un à l’autre me fait beaucoup de bien. Être seule à la base ce n’est pas évident. Je ne voulais absolument pas faire un projet seule, je trouvais ça fou, effrayant. Quand je vois les humoristes en One Man Show sur scène pendant deux heures, je me dis qu’ils sont fous ! Déjà il m’avait fallu du temps à monter le projet, à vouloir refaire de la musique et au début je ne voulais même pas faire de concert. J’ai dû voir une coach pendant quelques séances qui a pu me débloquer parce que je trouvais ça vraiment compliqué. J’étais tétanisée.

Ginette : Tu es ingénieure du son, tu bosses donc au service des projets des autres. Quand travailles pour toi, parviens-tu à prendre la distance nécessaire ?

Adella : C’est difficile. On a fait des tests en studio, finalement on a préféré els versions travaillées chez moi car on n’a pas su recréer une ambiance, une magie. Il faut vraiment se faire violence, c’est dur, mais il faut se forcer à pousser la production de son. En ce moment je fais le son d’un gars de The Voice – Elliott et sur ses sons à lui je suis à fond et je me dis : « pourquoi sur les miens je ne travaille pas comme ça ? ». C’est violent.

Ginette : Je trouve ça normal. Dans ton projet, tu y mets de ta personne, tes envies, ton intimité, tu t’offres, tu te mets à nu. Pour lui tu fais ton job, ça implique tes qualités professionnelles mais pas ta chair et ton sang. La distance est naturelle. Toi avec toi, c’est forcément plus compliqué.

Adella : Oui et être deux c’est différent, on s’apporte, on suit des directions où bien on en propose. L’échange existe. Seule, j’ai pas de retour. C’est pour ça que la question de chercher un réalisateur se pose sauf que j’ai testé, ça n’a jamais vraiment été. Parfois je me demande si ça tient uniquement d’un manque de confiance en soi, si j’en ai vraiment besoin. Je m’interroge beaucoup sur le thème. Après mon exigence est très forte. Si je pouvais, j’irais voir les Anglais, le réalisateur de Lana del Rey, tout ce petit monde, mais je rêve un peu. 

Ginette: Lana del Rey c’est ce que tu écoutes? Quoi d’autre?

Adella: Pas grand chose. J’ai beaucoup écouté de choses, maintenant plus trop. Lana del Rey j’adore! Par contre je vais à des concerts, je vais voir beaucoup d’artistes. Découvrir des artistes, des talents, ça je le fais.

Ginette: Tu me permettras de conclure sur ça: allez aux concerts !

Adella en tournée!

09/12 – L’International – Paris
10, 11, 12/12 – Jack Daniel’s Honey Tour – (Toulouse)
17, 18/12 – Jack Daniel’s Honey Tour – (Metz)
14/01/16 – Le Café de la Presse – Paris

ADELLA ©P.Girod QU6B9154

 

Cover Girl, ou pas? #CélineTolosa

Mis en avant

Photo © Ella Hermë

Il y a quelques semaines de cela, on envoyait notre stagiaire dans le 19ème pour s’entretenir avec une jeune parisienne qui  écrit, compose et interprète ses textes. On était intrigué à la rédac par ses clips un peu loufoques, par son style « rétro-néo-quelque chose », et par cet évident amour qu’elle a pour le cinéma.

La stagiaire, en plus de se faire offrir deux cafés sous le soleil de Paname par Céline Tolosa,  nous a rapporté une petite interview dont elle a le secret.

RENCONTRE Ginette x Céline Tolosa

Ginette : J’ai très envie qu’on parle de ta pochette, elle est sublime !!! Qui est le responsable ?

EP Céline TOLOSA

Céline Tolosa : C’est un graphiste qui s’appelle Mathieu Persan que j’ai rencontré par le biais de mon manager. J’avais vu pas mal de ses illustrations dans un magazine qui s’appelle GONZAI. Oliver mon manager m’a dit de regarder de près ce qu’il faisait, il trouvait ça très très beau. Et en effet, ce mélange à la fois très rétro et très moderne avec un style que l’on reconnait tout de suite. Je me souviens d’un travail qu’il avait fait sur MAD MEN avec des teintes et un style très particulier. Un côté vintage assumé que l’on pouvait un peu assimiler aux publicitaires des 60’s, l’époque où les affiches étaient si travaillées qu’on se moquait presque du produit vendu, l’affiche en elle-même se suffisait presque. Je suis tombée amoureuse du travail de cet artiste. Il avait fait la pochette d’un artiste qui s’appelle REZA. On s’est contacté, je lui ai présenté mon projet, mes chansons. On a discuté une heure devant un café et le soir-même j’avais l’ébauche de ce que tu as devant les yeux.

Ginette : J’ai vu que tu étais passée par le crowfunding pour réaliser l’EP.

Céline Tolosa : Par Microcultures. C’est une petite structure indépendante, spécialisée dans la musique. Ils sont venus vers moi. Je les avais rencontrés par le biais d’une session acoustique où l’on avait fait une captation vidéo. On pensait à un EP mais la question du financement se pose forcément. On a lancé une campagne sur 6 semaines. C’était rapide, je n’avais pas envie de démarcher, passer du temps à chercher des labels, des maisons de disque qui ne font d’ailleurs pas de développement de projet. Et j’ai un petit public qui me suit, et j’aimais l’idée de faire participer les gens sans avoir l’impression de racketter mais plutôt dans l’idée « Devenez mon producteur ! ».

Ginette : T’as une solide formation artistique d’après ce que j’ai pu lire ici et là.

Céline Tolosa : J’étais au conservatoire quand j’étais enfant. J’ai fait beaucoup de musique. J’allais à l’école le matin et au conservatoire l’après-midi, c’était super. J’étais dans un chœur d’enfants un peu professionnel. On chantait au Châtelet, à l’Opéra Bastille. C’est quand même génial. Cependant, j’avais dans l’idée d’être comédienne. J’aime le théâtre, le cinéma, j’ai des parents dans le milieu artistique aussi. J’avais cette envie de jouer la comédie : j’ai pris des cours de comédie tout en continuant le chant jazz avec Christiane Legrand.

Ginette : Un lien avec Michel Legrand ?

Céline Tolosa : C’est sa sœur. Elle était membre des Swingle Sisters ou des Double Six. Elle a doublé beaucoup de films de Jacques Demy. Donc je disais, j’ai fait du chant, de la comédie, j’ai commencé à tourner mais je n’étais pas vraiment heureuse.

Ginette : Pourquoi ?

Céline Tolosa : Je ne sais pas. Attendre près du téléphone, courir les castings… Je n’avais pas envie de ça, ça ne correspondait pas à ce que je voulais. Trop d’attente. Puis tu te retrouves à jouer pour la énième fois la baby-sitter dans une série de merde pour TF1 : je n’avais pas choisi les cours de théâtre pour ça. Je tournais peu et j’avais du mal à me dire que j’étais comédienne en ayant trois jours de tournage par là, deux par ici. Des comédiennes de moins de 20 ans il n’y en a pas beaucoup mais quand tu passes la barre il y en a tout de suite plus. Et je ne trouvais pas ma place, mais ça te fait comprendre si oui ou non tu es fait pour ça. Au final, ce n’est pas parce qu’on est fan de théâtre et de cinéma qu’on est fait pour en vivre. Assez naturellement je me suis détournée de ça, je suis revenue aux premières amours, à savoir la musique. J’ai fait de très belles et bonnes rencontres, très très importantes. Les choses se sont passées bien mieux, comme si il y avait quelque chose de l’ordre de l’évidence. Moins de souffrance, les choses étaient bien plus simples, j’avais envie d’écrire j’écrivais, j’avais envie de composer je composais. J’avais besoin de personne. Il y avait de la joie, du bonheur dans cette liberté de pouvoir créer ses choses que je ne vivais pas comme comédienne. Par contre, je ne ferme pas la porte à ce monde-là.

Ginette : Sur ta chaîne Youtube on voit des extraits de courts-métrages.

Céline Tolosa : Ils ont été un plaisir à tourner, mais je n’ai pas cette énergie pour ça. Je n’irai pas lutter contrairement à la musique.

Ginette : On peut dire que tu es auteure/compositeur(e ?)/interprète ?

Céline Tolosa : Auteure/Compositeur(e ?)/Interprète. A haute-voix ça fait très classe (rires). Je travaille en binôme avec Dino Trifunović qui signe avec moi toutes les chansons. Un vrai travail d’équipe. C’est une rencontre vraiment importante. Il m’a aidé à prendre confiance, à me révéler. C’est une des première personne à avoir lue mes texte, écoutée mes ébauches de chansons. Il a son groupe qui s’appelle Van Gogh Superstar.

Ginette : Rien que le nom je le trouve terrible !

Céline Tolosa : Mais il l’est ! On a les mêmes influences musicales, ça aurait été bête de ne pas les mettre en commun.

Ginette : C’est une rencontre-tournant ?

Céline Tolosa : Totalement. Il est l’élément déclencheur. Il a réalisé le disque, c’est un formidable directeur artistique.  On s’apporte beaucoup, je peux écrire pour lui, il y a énormément d’échanges. Le projet s’appelle CELINE TOLOSA mais il est avec moi, m’accompagne sur scène, s’occupe des arrangements, a mis beaucoup d’ordre dans mes chansons qui étaient bien brouillonnes au début. C’est mon binôme.

Ginette : Tu es rapidement montée sur scène je crois.

Céline Tolosa : Oui, dès qu’on a eu quelques chansons. L’idée était de jouer tout de suite pour trouver un public, trouver des gens, se confronter à la réalité du terrain, tester les chansons sur scène, parce que c’est bien joli de sortir un disque mais encore faut-il montrer tout ça. N’oublions pas que de nos jours les disques ne se vendent pas très bien, on ne sait pas comment ça fonctionne, quoi faire : digital ? pas digital ? vinyle ? En revanche, les gens vont aux concerts, donc faut aller jouer.

Ginette : J’ai écouté très attentivement tes titres, et pour moi, l’évidence c’était : c’est le disque d’une nana qui aime le cinéma. C’est tellement évident, ça coule de source. J’avais l’impression d’être avec Tati/Demy/Legrand. J’étais avec Monsieur Hulot, avec Les Demoiselles de Rochefort. J’étais quelque part entre la nouvelle vague et malgré tout 2015, parce que bien qu’on soit dans de esthétique vintage, c’est pas de la musique des années 60 que tu fais. C’est du « néo » quelque chose. Il y a un esprit, une culture pop sixties mais à la sauce 2015, ça n’en fait pas un pastiche de nostalgique, c’est plus une culture qui a été assimilée, si bien assimilée qu’elle peut s’entendre, se deviner, sans être un élément central. C’est plus de l’emprunt, de l’allusion que de la citation.

Céline Tolosa : Si tu as ressenti et compris ça, je ne peux que m’en réjouir car c’est ça. Tout ce dont une parle fait partie de mes références, mes influences tout en ayant une production hyper moderne, dans l’air du temps. Je ne voulais surtout pas que ce soit du rétro sentant la naphtaline. Sur le cinéma dont tu parles, je suis une amoureuse des films. Je peux regarder des films au kilomètre. Il y a tout un cinéma qui est très important pour moi : ça s’entend, ça se voit. La Nouvelle Vague bien sûr, mais pas que, tout un cinéma d’avant guerre aussi. J’aime Arletty, ce cinéma français. Le cinéma m’inspire. Dans le fait d’écrire des chansons c’est bien sûr le fait de raconter des histoires que j’envisage presque comme des courts-métrages.

Ginette : Tu as une écriture très visuelle. J’avais l’impression d’écouter avec les yeux.

Céline Tolosa : Je suis très contente que tu l’aies ressenti comme cela. Par ailleurs, comme j’écris en français, il y a ce quelque chose d’immédiat.  Pour moi c’est important que les gens comprennent l’histoire que je raconte. En anglais, si tu n’es pas complètement bilingue tu reçois une énergie, une atmosphère. En français, tu entends le récit de l’histoire, et pour moi la voix doit être mise en avant, pas se noyer dans un flot de musique.

Ginette : J’ai aussi trouvé intéressant le décalage entre la musique et les paroles. Je m’explique : il y a des textes un peu triste, mais la musique donne quand même envie de se dandiner. Il y a une légèreté dans la musique qui pondère/équilibre le texte. Quand je dis légère je ne dis pas surfaite, superficielle. Je n’utilise pas « légèreté » au sens péjoratif. Et le texte lui, n’a rien de léger, tu racontes, y’a un propos. C’est très faussement ingénu.

Céline Tolosa : Parce que sous mes airs candides je ne suis pas ingénue ! Et ce que tu dis, c’est ce qui me ressemble. J’aime les choses douces-amères. Dans la vie y’a rarement du noir et blanc, il n’y a presque que des demi-teintes. Et tu peux dire des choses très graves sur un ton léger et inversement.

Ginette : Une chanson que j’ai trouvée sur Youtube : Bahia ! C’est celle que j’ai le plus écouté. Et elle a tout ce dont je te parle.

Céline Tolosa : C’est une petite bossa nova qui justement, est un style musical qui définit tout ce qu’on dit là. C’est triste mais également doux et lumineux. Elle sera sans doute sur un prochain disque, j’espère qu’elle sera gravée. Je l’aime beaucoup, je l’ai écrite en pensant à une copine à moi. C’est l’histoire d’une copine à moi en fait, je lui ai piqué son truc ! Et c’est devenu Bahia.

Ginette : Qui réalise tes clips ? Il y en a trois : Tu es Fantastique, Cover Girl et Rue Mansart.

Céline Tolosa : J’en voudrai un 4ème pour boucler la boucle. Mais j’fonctionne pas dans l’ordre : faudrait faire un clip pour annoncer un morceau, moi j’ai sorti l’EP y’a quelques mois et je voudrais encore sortir un clip… C’est bordélique !

Ginette : Mais non, le bordel n’existe pas. Il ne faut pas prendre les choses indépendamment les unes des autres, il faut prendre ça de loin, avec un spectre large, et tu verras on en dira que c’était hyper conceptuel ! Alors, qui réalise ?

Céline Tolosa : J’ai eu deux réalisateurs. Rue Mansart c’est un ami, Maxime Jouan. Il est réalisateur, a fait beaucoup de reportage, travaille avec TV5. Il fait peu de fictions mais a réalisé deux courts-métrages. Je lui ai demandé de me faire un clip, il a réalisé Rue Mansart. J’ai la chance d’avoir autour de moi des gens pourvus de talents différents et je peux les solliciter à l’envie. Mon cousin a réalisé Tu es Fantastique et Cover Girl. Il bosse dans la pub. Il a eu envie de réaliser, moi j’aime bien les clips « faits à la maison ».

Ginette :Tu es fantastique est formidable !

Céline Tolosa : Mais oui : fond vert, one shot, danse n’importe comment, on verra près ! Après, y’a plusieurs choix : relancer un crowfunding pour avoir un budget et un super clip bien léché. J’adorerais avoir 20 000 euros pour faire ça ! Mais faire les choses à sa manière, avec les moyens du bord, n’enlève en rien à la créativité. Je suis aussi très contente de Cover Girl. On a bien bossé, bien rigolé. C’est beau, honnête, appliqué, tendre. Et même sans moyens énormes, on montre nos talents, nos énergies, nos volontés. Il ne faut surtout pas avoir honte de ne pas avoir de moyens !

Ginette : Tu évoques Cover Girl, vas-y raconte l’histoire !

Céline Tolosa : Cover Girl ? L’idée m’est venue en feuilletant des magazines à la con que tu ne feuillettes que dans les salles d’attente ou dans le train. Puis je vois ces filles passer, et je me suis mise à rêver en me demandant qui elles étaient. J’avais envie de créer et raconter ce personnage plus compliqué qu’il n’y parait puisque oui on se dit qu’elle est sur papier glacé, ça vend du rêve sur l’instant mais qui est-elle ? Je trouvais qu’elle avait quelque chose d’attachant la Cover Girl, et d’un peu triste aussi, mais drôle. Dino a fait la musique, j’ai écrit les paroles. La chute est triste, à la fin y’en a une mieux, plus mince, plus jeune, plus jolie et BAM changement de cover girl.

Ginette : Parle-moi de « Fais-moi souffrir », parce que celle-ci n’a pas (encore) de clip, on peut l’acheter sur les plateformes mais de quoi parle-t-elle ?

Céline Tolosa : Elle est très sixties, un peu triste. C’est une chanson sur la passion amoureuse et le fait de s’aliéner à quelqu’un par amour et d’aimer ça.

Ginette : On parle beaucoup des 60’s non ?

Céline Tolosa : Oui parce que j’ai des influences, je pense à Françoise Hardy mais on est en 2015 et bien que j’aime ce parfum suranné, il faut vivre dans son époque avec les moyens d’aujourd’hui ! Des personnes m’ont dit que lorsque l’on voit la pochette on se dit que l’on ne s’attend qu’aux 60’s premier degré à fond les ballons mais non non, pas du tout. Il y a un parfum sixties, un parfum que j’aime, mais ce n’est pas un EP sixties. C’est hyper moderne comme production. C’est plus des sixties fantasmés, passés au mixer du monde moderne. C’est comme les revivals synthé des 80’s. J’ai même entendu du revival Gatsby Le Magnifique teinté d’électro ou de pop. En même temps on entend souvent qu’il faudrait inventer un nouveau style de musique, mais on a le droit de piocher dans ce qui existe, de l’assimiler, se l’approprier. Après tout, pour Les Fleurs du Mal, le dédicataire c’est pour Théophile Gautier. Baudelaire s’en remet à son maître. Il y a forcément eu un « père ».

Ginette : La génération spontanée n’existe pas.

Céline Tolosa : J’ai du mal à le croire en effet. C’est parfois important pour les gens de savoir d’où cela naît, d’où ton processus de création prend racine. En tout cas dans un premier temps.

Ginette : Merci beaucoup !

Céline Tolosa : Merci Ginette !

°° Le Monde de #Fafi °°

Mis en avant

Si cette semaine The Place To Be est à Toulouse au WOPS! Festival créé par la talentueuse Fafi, c’est en juin, alors qu’elle posait ses Fafinettes sur les murs du Quai 36 – Gare du Nord que la stagiaire est allée à sa rencontre.

fafinette

La graffiti-artist avait annoncé sa présence à l’événement sur les réseaux sociaux. La stagiaire avait alors pris l’initiative de se pointer au quai 36 assez tôt ce vendredi-là. Alors qu’elle ne pensait faire qu’un reportage photo, elle a engagé la conversation avec Fafi qui lui a filé rencart quelques heures plus tard. Ensemble, elles sont parties casser la croûte non pas au restaurant « Miss Banh-Mi » qu’elle a ouvert avec une de ses amies mais au McDo face à la gare parce que c’était moins loin, tout simplement.

On a discuté Quai 36, WOPS! Festival mais aussi marché de l’art !

RENCONTRE

Ginette : Ça me fait super plaisir que tu aies accepté une interview comme ça à l’improviste, après une journée à graffer Gare du Nord – Quai 36 -.

Fafi : Gros kiff Ginette, gros kiff !

Ginette : Peux-tu me dire ce que tu fais en ce moment Quai 36 ?

Fafi : C’est un projet d’embellissement de la gare initié par un collectif, une asso qui s’appelle QUAI 36. Ca fait un moment que l’équipe bosse dessus. Ils m’avaient contacté il y a un an et demi et ça y est on est passé à la pratique.

Ginette : Le laps de temps est énorme…

Fafi : Travailler avec des institutions prend toujours beaucoup de temps. Entre l’idée et la réalisation, il y a tout un process qui prend du temps. Quand on a conscience de ça, on ne s’étonne pas qu’il ait fallu 1 an et demi voire 2 ans pour que ça se réalise.

Ginette : Ils t’ont contacté comment ?

Fafi : Je connaissais Marianne, la DA (ndlr : directrice artistique), c’est ma cousine. Cela dit, sans ça j’aurai sûrement été contactée quand même.

Ginette : Tes Fafinettes sont à l’heure qu’il est toutes belles sur ce fameux Quai 36.

Fafi : Oui, ça c’est un premier boulot. Il y a aussi le projet d’un mur floral mais ce n’est pas encore accepté, donc à voir. Là aussi c’est souvent compliqué quand on travaille sur des lieux publics. Du tissu sera utilisé, c’est potentiellement inflammable donc on attend qu’on nous réponde. (ndlr : hélas, la création du mur n’a pas eu lieu comme espéré)

Ginette : Tu parles du même style d’installation qu’il y avait eu à l’expo ?

Fafi : Oui, comme à l’expo, comme à Hawaï aussi. Art Basel c’est mon nouveau délire, mon nouveau dada. C’est super cool mais très laborieux, il faut une équipe. Seule ce n’est pas possible, je n’ai pas de patience, ça me fait péter un plomb. Il faut qu’on soit plusieurs pour que ça aille vite mais aussi pour qu’il y ait une ambiance sympa. Si ça dure plus de deux jours tu perds les gens, c’est très répétitif comme exercice.

Ginette : Hawaï c’est une nouvelle destination.

Fafi : Ce serait pas mal n’est-ce pas ? Non c’était ponctuel. C’était pour POW ! WOW ! festival de street art organisé par Jasper Wong et son équipe. Ils vont ouvrir à Long Beach et à Taïwan. C’est une chouette équipe. On s’y retrouve entre graffeurs, ils font des ateliers musique pour les kids. Je ne connaissais pas Hawaï, j’y suis allée avec mon fils, il me regardait bosser.

Ginette : A Hawaï !

Fafi : Ça va, c’était pas trop dur.

Ginette : En même temps, le travail paye ! Ça fait un petit moment que tu fais ton bonhomme de chemin !

Fafi : Ouais, 20 ans !

Ginette : Ne dis pas ça je vais me sentir obligée de calculer mon âge… Si je soustrais 20 à… Ouais ça fait un moment que tu roules ta bosse !

Fafi : Je fais 40 ans cette année en même temps…

Ginette : Justement, il y a 20 ans le street art, c’était comment ?

Fafi : C’était pas à la mode comme aujourd’hui. Très peu en vivait. C’était encore un peu underground, moi j’aimais les trucs interdits. Un mélange d’art et d’interdit, pour moi c’était « the perfect match ».

Ginette : Rien que ces dernières semaines, les événements ou hommage street art tu en as eu à la Pinacothèque : y’a une expo sur le pressionnisme. A l’Institut du Monde Arabe il y a eu une expo qui s’appelait « Street Art : du Bronx aux rues arabes », à Montmartre un hommage à Dali, les cultures urbaines en général, le street art en particulier sont passés de l’état d’underground/ « sous-cultures » pour certains/ « contre-cultures » pour d’autres à de la « pop » culture, au sens « mainstream », non ?

Fafi : Oui, mais ce n’est ni étonnant ni anormal. A un moment donné tu as quelque chose de nouveau qui « provoque » la société, au fil du temps cette même société assimile cette culture. Regarde le tatouage. Il n’y a plus rien de provoquant ou de provocateur quand tu te tatoues aujourd’hui. C’est presque devenu original de ne pas en vouloir. Tout se digère. Les marques de luxe aussi ont fait appel aux graffeurs. C’est une mode.

Ginette : C’est donc une bonne nouvelle pour toi ?

Fafi : Pas forcément. Tu sens l’évolution quand tu entends des gamins dirent « je veux être street artiste pour gagner ma vie ! ». Quand j’ai commencé il y a 20 ans, ce n’était pas du tout l’idée, l’optique était différente : de l’art en bravant les interdits.

Ginette : De toute façon il y a 20 ans en vivre ce n’était pas possible.

Fafi : Clairement pas. Aujourd’hui oui. Là où ça devient ennuyeux, c’est quand en vivre devient une fin en soit. Communiquer, transmettre c’est important. N’espérer que de gros projets avec les marques non. Aujourd’hui, quand je m’associe à une marque c’est pour pouvoir continuer à faire de l’art qui ne me fait pas ou peu gagner ma vie, comme la bande-dessinée par exemple. Pour moi, travailler avec une marque ce n’est certainement pas une consécration, c’est vraiment parce que je veux voir vivre mes autres projets.

Ginette : Il y a une question qui se pose beaucoup dans le monde de l’art urbain. Cette question concerne les ventes aux enchères en particulier. Du Street Art en salle des ventes, cela a-t-il un sens ?

Fafi : Tout se vend. Tu auras toujours quelqu’un pour acheter.

Ginette : Il existe des cotations ?

Fafi : Bien sûr, depuis longtemps. JonOne par exemple et depuis longtemps. C’est pas le seul. Après, si on parle légitimité de vendre des œuvres street en salle des ventes sachant que ces œuvres n’ont appartenu à personne. Réellement ce sont de « fausses » œuvres. On demande à l’artiste des œuvres en faisant passer l’œuvre comme ayant appartenue à quelqu’un d’autre – c’est super relou comme affaire moi j’participe pas aux enchères, on m’a demandé, ça ne m’a pas intéressé -. Concrètement, je préfère vendre via ma galerie à un passionné ou quelqu’un qui a eu un coup de cœur qu’à quelqu’un qui n’a de but que la plus-value et qui va miser sur toi comme sur un poulain.

Ginette : On cause du festival ?

Fafi : 40 ans, marre de ne penser qu’à ma gueule et de ne faire des projets que pour moi, envie de faire quelque chose, de transmettre quelque chose, de laisser mon égoïsme de côté. Et l’idée de ce festival est apparue. J’ai participé à pas mal de festivals : Coachella, Art Basel etc. et je n’en ai pas trouvé qui mêlaient tout ce que j’aime : autant dans la musique, l’art, les rencontres avec les artistes, des chasses à l’œuvre dans la ville. J’ai donc créé le festival WOPS ! On est une petite équipe, on a attaqué les démarches il y a un an et demi, cherché des financements. On est ravi. C’est une très belle aventure humaine, vraiment c’est génial à faire, génial à vivre.

Ginette : Et puis Toulouse c’est la maison…

Fafi : C’est LA MAISON, chez mes parents, Michel et Anne-Marie!

Alors tu l’auras compris, si tu es à Toulouse, tu sais où aller !!

WOPS! Photo téléchargée sur la page facebook du WOPS! Walk On The Pink Side! Festival

* Abou de flish * #GillesBotineau

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Tu vas dire que j’évoque souvent ma pote Pam mais il se trouve que nos chemins se croisent souvent. Elle fait partie de ces gens qui adorent organiser des soirées et j’fais partie de ces gens qui ne demandent pas leur reste quand on leur en propose une. Je participe à l’un d’entre elles il y a presque un an, une sorte de brunch de Noël où les règles étaient simples: boire et manger jusqu’à l’épuisement… Alors forcément, dans ces ambiances-là y’a un peu tout le monde qui parle à tout le monde d’à peu près tout et n’importe quoi. Et, à un moment très précis, j’entends un gars demander à un autre: « Alors ce bouquin, il sort quand? ». Je m’incruste: « Ah ouais t’as écrit un bouquin? Quel genre raconte! ». Le gars me répond: « Tu connais Aldo Maccione? ». D’un coup je sens que dans ma tête ça fait des chocapics et là, le surmoi faiblissant au fur et à mesure que le taux d’alcool montait dans le sang, je me mets à chanter et à danser (dans ma tête, car je ne danse que dans ma tête):

Puis j’lui dis que d’un coup y’a une vague de nostalgie qui s’empare de moi, parce que oui, c’est facile et réducteur d’associer Aldo – A L D O – Maccione à une pub pour Carambar alors que le mec a quand même jouer pour Claude Lelouch et quelques autres. Aldo c’est l’acteur populaire au propre comme au figuré, au point où son prénom est entré dans le langage courant: « Faire son Aldo ».

Le livre que nous propose Gilles Botineau et qui est paru au mois de juin est une lettre ouverte à l’acteur. Il présente sa biographie mais surtout toute l’admiration et la passion qu’il ressent pour lui. Opération réhabilitation?

Aldo Maccione la classe! de Gilles Botineau, préface de Claude Lelouch, aux éditions Christian Navarro.

Aldo Maccione la classe! de Gilles Botineau, préface de Claude Lelouch, aux éditions Christian Navarro.

Rencontre

°°° Gilles Botineau, journaliste, auteur, réalisateur °°°

Gilles Botineau, journaliste, auteur

Ginette : Salut Gilles. Tu viens d’écrire un livre sur un acteur que tu chéris, Aldo Maccione. Quel est ton métier ?

Gilles Botineau : Le métier qui me fait vivre c’est journaliste. Après, je me définis plutôt comme scénariste et réalisateur, un peu producteur car je développe mes propres projets. J’ai des passions qui m’animent mais ne me font pas vivre. A côté de ça y’a le journaliste, qui m’intéresse vraiment et qui me permet d’avoir un salaire. Je précise quand même qu’il s’agit de journalisme ciné et culturel donc ça ne m’éloigne pas du tout du monde qui me passionne, au contraire. C’est un apport, un complément qui me permet de rencontrer du monde, créer des réseaux et élargir ma culture. Ca nourrit mon écriture, mes projets.

Ginette : Peux-tu me décrire ton parcours ?

Gilles Botineau : Assez classique. J’ai un bac littéraire – j’ai toujours eu un goût pour l’écriture – et j’ai enchaîné avec un DEUG D’Arts du Spectacle à Angoulême, histoire d’avoir un apport théorique, c’était vraiment dans le but d’acquérir une culture car le DEUG même à l’époque où il existait ne servait pas à grand-chose.

Ginette : Ayant moi-même poursuivi des études d’arts du spectacle je ne te dirai certainement pas le contraire. Cela dit, ça m’a permis de poser des bases théoriques et de m’intéresser à d’autres arts.

Gilles Botineau : Clairement, ça a cette fonction.

Ginette : Tu t’es arrêté là ?

Gilles Botineau : Non, j’ai ensuite été pris dans une école de cinéma 3IS. Le DEUG m’a permis de bien réfléchir à ce que je voulais faire. On sait que les écoles de cinéma coûtent très cher, alors on essaie de ne pas se tromper. C’était une école en trois ans, on avait de la pratique, ça changeait de la fac, on se confrontait à des réalités. C’était bien mais surtout la dernière année était consacrée aux projets et concrètement, ça permettait de poser quelque chose sur le CV. On devait faire une fiction en pellicule et un documentaire en numérique. Je ne regrette pas ce choix.

Ginette : Comme un book pour un photographe ?

Gilles Botineau : Exactement.

Ginette :Tu étais déjà attiré par le documentaire ?

Gilles Botineau : Pas du tout. Je ne pensais même pas en faire à la base. Je suis très intéressé par des tas de sujets, la politique, l’écologie mais je ne me voyais pas travailler ce format-là. Pour le projet d’école je n’avais pas le choix et finalement c’était bien car ça m’ouvrait à autre chose. J’avais choisi de travailler sur un docu-fiction : c’est passé. Le sujet était dans la présentation des rapports amoureux hommes/femmes depuis la préhistoire, c’était très ambitieux. J’ai fait ça en 2006 ça commence à être vieux. Après, ce qui m’a réellement amené vers le documentaire c’est le journalisme. Au bout de quelques temps, tu te rends compte que tu interviewes toujours les mêmes, tu tournes en rond ! En trois ans j’ai interviewé trois fois Franck Dubosc, il a beau être très sympa il n’empêche que tu tournes en rond. A côté de ça, il y avait un tas d’artistes que j’adorais et qu’on mettait de côté, et bien l’évidence m’a conduit à aller du côté du documentaire. Je précise quand même qu’en sortant de l’école je suis allé vers la production, puis la régie. J’ai rencontré Patrick Timsit avec qui j’ai sympathisé, et comme j’étais régisseur il y avait une proximité de fait. Il m’explique qu’il cherche un nouvel assistant pour son nouveau spectacle, je l’ai suivi un an en tournée. En parallèle je continuais à écrire, faire des courts-métrages. J’ai ensuite eu l’occasion de devenir chroniqueur sur un site qui s’appelait DVDrama qui était une institution à l’époque. Il leur fallait quelqu’un spécialisé dans le ciné français car ils étaient quand même plus portés sur le cinéma étranger (américain, asiatique). J’y suis resté presque huit ans. Le site est devenu Excessif.com qui a été racheté par TF1 et j’ai travaillé pour TF1. Je n’avais aucune formation de journalisme et avec le recul je me dis que c’était une chance. Je ne connaissais pas l’art de l’interview, j’y allais comme je sentais et ça marchait plutôt bien car je sortais des cases toutes faites et formatées de l’interview ciné. Bien entendu il y a toujours des questions promotionnelles : est là pour vendre le film ! Mais sortir des sentiers battus plaisaient aux artistes que je rencontrais. Savoir comment s’est passé le tournage et si « machin » est sympa dans la vraie vie… Mouais… Non quand j’ai un Poelvoorde face à moi, je préfère y aller à la déconnade et tenter de creuser le personnage de la sorte. Au final y’a des personnes comme Jaoui qui ont appelé mes supérieurs pour dire que je faisais du bon boulot. Berléand a même envoyé chier son attachée de presse qui trouvait mes questions trop longues alors qu’il les trouvait pas mal. Et ça, ça m’a donné l’envie de poursuivre, de continuer, de creuser. C’est comme ça que j’ai travaillé sur Aldo Maccione.

Ginette : Allons-y, parlons d’Aldo !

Gilles Botineau : Je voulais donc réaliser un documentaire sur cet acteur que j’aime vraiment. J’ai commencé un tas de démarches, contacté son agent mais je n’ai jamais eu de retour. Aldo est un vieil ours qui va fêter ses 80 ans. Il a été maltraité par ce monde du cinéma, quand il a quitté ce milieu, il n’était pas très heureux. Et j’imagine qu’il est méfiant. Mon livre c’est une lettre ouverte à Aldo, une lettre qui lui montre que je l’aime, je suis bienveillant, rien de mal n’émane de moi, je suis fasciné par votre parcours, je souhaite vous rencontrer et je l’espère faire un documentaire sur vous. Rien d’autre.

Ginette : C’est une très longue lettre !

Gilles Botineau : Oui, elle tient dans un livre.

Ginette : Est-ce que c’est pour ça que ce livre n’a rien d’académique et qu’il est écrit simplement, dans un style très frais ?

Gilles Botineau : L’académisme c’est tout ce que je voulais éviter. Une biographie wikipedia c’est pas trop mon style. Certes tu apprends des choses mais c’est stérile. Ensuite, l’académisme… Tu sais quand tu prononces « ALDO MACCIONE » le premier mot accolé c’est « RINGARD » et ça m’est insupportable, je déteste ce mot. Qu’on n’aime pas soit. Le traiter de ringard c’est non. Que ces gens qui le méprisent tentent de faire sa carrière! J’avais envie de prendre sa défense. C’est un plaidoyer, je suis donc je m’inclue dedans d’où le style utilisé. Mon ambition était de dire « Non Aldo Maccione n’est pas le ringard que vous décrivez ! ». Il a toute une page sur Nanarland. Après, j’suis pas d’accord avec leur définition du nanar. Pour moi ils confondent ou mélangent comme tu veux « nanar » et « navet » ce qui est différent.

Ginette : Le nanar peut-être un très bon film.

Gilles Botineau : Pas le navet. Alors oui Aldo a fait quelques nanars, c’est l’époque qui voulait ça ; Galabru aussi.

Ginette : Pour info Max Pécas tu le mets où ?

Gilles Botineau : A deux doigts du navet. Zéro style. Zéro histoire. Zéro gag. Décor : Saint-Tropez et nanas à poil. En revanche y’a un bon documentaire sur lui avec images d’archives et ce qui est sûr c’est que le mec n’avait aucune prétention si ce n’est faire du fric et basta. Le personnage devient sympathique quand on a vu le documentaire et ça permet de réévaluer de film et là tu te dis « OK le mec a juste embarqué ses potes et a gagné sa vie de manière très sympathique ! ». Pourquoi s’en priver ? Tu as le droit de n’avoir aucune ambition.

Ginette : En réalité, ce dont je voudrais parler c’est de comment on l’a perçu et si c’est du mépris ou de la boutade. Quand tu m’as dit que tu écrivais sur Aldo, j’ai été la première à te chanter la chanson de la pub Carambar. Je ne suis pourtant pas « hostile ». En fait, pour moi Aldo c’est lié à mon enfance, l’évoquer ça me fait sourire, j’aimais beaucoup gamine. Certes ce n’était pas Gérard Philippe, le dire ce n’est pas forcément le mépriser. En revanche, je pense qu’il existe bien un mépris du cinéma que l’on dit « populaire » et qu’il existe aussi un mépris des « intellos » du ciné. Il a été une vraie star populaire.

Gilles Botineau : Oui mais ça on l’oublie car ses films ne passent pas à la télé, y’a pas de DVD et ceux qui parlent de lui le traitent de ringard.

Ginette : Penses-tu qu’il s’agisse d’un mépris de genre voire de classe ?

Gilles Botineau : Dans son cas oui. Après il y a des exceptions. Je pense à Louis de Funès. Aujourd’hui on parle de génie ce sur quoi je suis d’accord, à l’époque il en a pris plein la face. Idem Pierre Richard. On l’a dégommé, aujourd’hui il a 20 pages dans Les Cahiers du Cinéma. Même lui en rit. Aldo n’a pas connu cette évolution par les penseurs du cinéma. En même temps, on a décrié de Funès mais il jouait dans des films de Gérard Oury qui lui n’était pas mal considéré. Aldo Maccione n’a pas de film fort hélas, à part peut-être L’Aventure c’est l’Aventure ou Mais où est donc passée la 7ème Compagnie ? Mais il apporte quelque chose d’indéniable même avec un côté dragueur, bebête… Mais vraiment il n’est pas que ça. Regardez ses film, intéressez-vous à lui, son parcours, il le mérite.

Ginette: Merci Gilles !

°° In Rock They Trust °° #KURSED

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© ODyL

© ODyL

KURSED est un groupe de rock indé qui a sorti un peu avant la fête de la musique le titre APPLE et l’ EP du même nom il y a quelques jours.

On compte quatre membres qui sont Hugo (guitare/chant), Romain (batterie), Thomas (basse) et Ari (guitare). Le groupe existe depuis 2003.

KURSED passe sur Canal+ en 2009 et s’en suit un premier album LIKE A COFFEE en 2010, puis MIAOW en 2012.

On a envoyé la stagiaire à la rencontre des jeunes rockeurs le jour de la promo d’ APPLE à l’ International.

Ginette : Salut les gars ! Alors, pour cette première question, on va directement parler du nom du groupe. « KURSED » pour « CURSED » orthographié à votre convenance. Pour ceux qui ne parlent pas anglais, ça veut dire « MAUDIT », j’imagine qu’on ne croit pas au Karma dans votre groupe ?

Kursed : Justement, c’est une question qu’on s’est pas mal posée parce qu’il nous est arrivé quelques couilles… En plus notre label s’appelle « Le Petit Chat Noir Records ». Peut-être qu’on joue avec le feu. On n’sait pas. Après c’est vieux, on a trouvé le nom du groupe avant même de savoir jouer de la musique.

Ginette : Depuis 2003 y’a eu du changement dans le groupe ?

Kursed : En 2003 on était trois. Ari nous a rejoint en 2012/13 et Romain y’a à peu près deux ans aussi.

Ginette :APPLE c’est l’EP 4 titres tout frais tout beau. Un premier clip issu de cet EP est sorti, il a été réalisé par Ange Della Maggiore. Avant celui-ci, il y a eu un autre clip, TSA TSA TSU et il avait fait pas mal parlé de lui, les gens semblaient assez étonnés, j’ai lu que ça avait suscité des réactions.

Kursed : Chez certaines personnes en effet, ça a pu être pris pour de la provocation alors que le but était simplement d’illustrer mes propos de façon décalée. Être choqué de ça quand on se tape des clips de hip hop un peu crades, les choqués sont de petites natures.

Ginette : C’est marrant que ça ait pu faire réagir car y’a un superbe clip de Jackson ans His Computer Band réalisé par So Me où on voit une mise en scène de nyotaimori, un ancien art culinaire japonais qui consiste à manger des sushis sur le corps de geishas nues –en gros des meufs à poil servent de plateau repas – et y’a pas eu de foin là-dessus.

Kursed : Je pense que ça a plus marqué les esprits que choqué. On m’en parle souvent, jamais de façon agressive. Il ne nous a carrément pas desservis.

Ginette : Dans APPLE tu dis « All the girls are lesbians cause all the boys are comedians ». Je t’écoute.

Kursed : Phrase très naïve au premier abord. L’origine vient d’une discussion que j’ai eue avec une pote alors qu’on était complètement bourré, et elle me disait que toutes les filles étaient un peu lesbiennes. Elle disait qu’à la question « Aimeriez-vous avoir une relation sexuelle avec une personne du même sexe » les femmes répondraient plus largement oui que les mecs. Ça c’est l’origine de la phrase qui n’a absolument rien à voir avec la chanson. En fait quand j’ai écrit cette chanson j’ai cette phrase qui m’est revenue de loin. Je pense que ce qu’il faut retenir c’est plutôt que la chanson est anti-sexiste. Je ne me sens pas hyper engagé au sens militant, je crois juste qu’il y a de fait une égalité homme-femme, ça me semble normal c’est tout.

Ginette : Justement, dans le clip TSA TSA TSU c’est la meuf qui prend le pouvoir, le mec est le dindon de la farce au final, dans APPLE on a la même chose : un gars manipule des femmes-marionnettes qui parviennent à s’extraire et finissent dans les bras l’une de l’autre de manière très sensuelle.

Kursed : C’est parfait, l’idée est bien passée. C’est exactement ça : elles se rebellent, coupent les cordes, le mec se retrouve seul comme une merde.

Ginette : Tu chantes exclusivement des textes que tu écris ?

Kursed : Oui. Pour la musique c’est différent on travaille plus ensemble mais les textes oui.

Ginette : FLASH-BACK : En 2009 vous vous retrouvez sur Canal+ dans l’Album de la semaine. LIKE A COFFEE c’est après?

Kursed : Tout à fait : à l’époque on avait une démo enregistrée à l’arrache dans un garage et on a joué une chanson de cette démo, pas une chanson de LIKE A COFFEE. C’était une vieille chanson très grunge. On avait gagné un concours pour les jeunes musiciens de moins de 18 ans et c’est comme ça qu’on est passé sur Canal+.

Ginette : Passer sur Canal+ quand on est un jeune chanteur de 17 ans, ça fait quoi ?

Kursed : Le jour J on se chie dessus. Tu sais c’était l’époque MySpace, il avait des groupes à foison. Il y a eu des jalousies, on était dans un milieu très indé, underground et dans l’esprit la télé c’est juste le truc à ne pas faire, c’est mal vu ce qui est dommage. Après les râleurs eux-mêmes n’auraient peut-être pas refusé cette opportunité. Sur cette expérience on a pris ce qu’il y avait à prendre mais sans s’exciter trop non plus. Je veux dire par là qu’on ne s’est pas dit « C’est bon y’a Canal on va cartonner ! ». Et heureusement qu’on l’a pris comme ça parce que justement, ça n’a pas eu lieu.

Ginette : Aujourd’hui vous bossez avec une boîte de production qui s’appelle 25H43 et qui a la particularité d’être menée par une rockeuse justement,  ODyL. La rencontre a eu lieu à quel moment ?

Kursed : On a fait une soirée au Rockstore de Montpellier, où elle est installée depuis plus d’un an. Elle est venue nous voir, la discussion s’est faite. On avait besoin de ça car même si on pense que ce que l’on propose est bien, on passait beaucoup de temps à chercher des dates, et si on sait faire de la musique, on ne sait pas faire de promo, on n’est pas pro en ça donc ça fait du bien. De plus, ça permet de se consacrer à la musique, et ça, c’est très important. ODyL nous manage super bien, on a une bonne promo, elle nous trouve des subventions, des financements. Les conditions de l’enregistrement de notre album étaient de vraies bonnes conditions. Cette rencontre et ce partenariat depuis mars a fait évoluer les choses dans une voie qui nous convient. Nous sommes contents.

Ginette : L’album est enregistré ?

Kursed : J’ai fini les voix il y a deux semaines.

Ginette : Quelles thématiques sont abordées ? Vous racontez quoi ?

Kursed : On parle de Dieu. Je ne suis pas forcément croyant mais la Bible m’intéresse. C’est la belle première fiction de l’Humanité. Ensuite ça parle d’expériences humaines : des histoires de jeunes amoureux, des expériences avec la drogue. Au début je voulais l’appeler « Dieu est sourd » donc « God is deaf » mais j’me suis dit que trop de gens comprendraient « Dieu est mort » (ndlr : « Go dis death ») donc j’ai laissé tomber. Finalement ça s’appellera « Misophone ». La misophonie c’est la haine des sons, j’ai trouvé ça sympa, c’est paradoxal d’appeler un album de musique de cette manière.

 Ginette : C’est bien que tu me parles de tes titres en anglais parce que depuis un an que je rencontre des groupes, le choix du français ou de l’anglais est toujours très important. J’ai constaté que souvent, ceux qui chantent en français regrettent que l’anglais soit plus souvent choisi, en particulier pour le rock. On parle de ça ?

Kursed : Je ris là. Chacun fait ce qu’il veut. Sois libre ! Fais ce qu’il te plaît ! La liberté c’est la base de l’art merde ! Fais ce que tu veux ! Tu dois être libre de t’engager, libre de dire des conneries, libre de faire de la poésie. Si tu penses en disant « IL FAUT » alors que tu parles d’art, de musique, de création et bien tu es juste un gros connard.

Ginette: Je trouve que c’est une très belle conclusion. Merci!

Vous pouvez retrouver toutes les infos concernant KURSED  » ICI« .

°°° Etat des lieux °°°

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Ils sont nombreux à avoir annoncé leur retour: de Terminator à Jésus en passant par Martin Guerre ou Mulder & Scully, on l’avoue, certains auraient pu s’abstenir.

Quant à Ginette, la question se pose-t-elle?

Lundi dernier, l’article de présentation du blog a fêté son premier anniversaire.  Lundi prochain, ce sera le premier anniversaire de la mise en ligne de ma première interview. Si t’es fidèle au poste, tu t’en souviens peut-être, sinon, clique-partout où ça brille !

Fancy à la Flèche d'Or (2014)

Jessie Chaton – FANCY – à la Flèche d’Or en 2014

Pour cette rentrée décalée, la question de la newsletter s’est posée mais si t’es comme moi, quand tu reçois un mail qui commence par [Newsletter] c’est direct dans la corbeille et comme il est prétendu mal de ne pas devoir faire à autrui ce que l’on n’aime pas que l’on nous fasse…

Je n’ai cessé de le répéter durant les mois qui viennent de s’écouler, Ginette était en année zéro, en phase test. Entre le moment où j’ai décidé de lancer le blog et le moment où j’ai eu la chance d’avoir une très belle première interview (#PamelaForever) il ne s’est passé que quelques jours et les événements se sont enchaînés sans même que j’ai eu à y réfléchir ce qui parait-il est une sacrée chance. Cependant, ce n’est pas chez Ginette qu’on se met la pression et la nonchalance est évidemment assumée (#TheDudeAttitude).

Rentrée 2015

Rentrée 2015

Au cours de l’année, les rencontres ont été nombreuses, les interviews également. Toutes n’ont pas encore été mises en ligne, mais toutes le seront en octobre, et à celles-là s’ajouteront les nouvelles. Il y a eu de multiples entretiens ces dernières semaines: des musiciens, écrivains, graphistes, designers, illustrateurs… Il y aura des acteurs, réalisateurs, on parlera d’une web-série réalisée à Montpellier, d’une éditrice de littérature espagnole, d’un jeune styliste etc.

Dès le départ, une des ambition fut l’utilisation des divers médias (écrits, photos, vidéos). Le pari a été tenu puisque il y a quelques semaines, Ginette présentait son premier docu vidéo réalisé en collaboration avec Thierry Marcos de chez SHARK Film mais qui a également rejoint le collectif Le Lapin Rose que je présenterai très prochainement. Ce petit film présente le jeune auteur Johann Zarca a.k.a Le Mec de l’Underground que je suivais bien avant de songer à créer un zine.

Merci de me suivre, surtout continuez car l’évolution est en route.

Et un merci particulier à chacun d’entre eux.

Thierry Marcos

Thierry Marcos

Monsieur Incredible

Monsieur Incredible

Cacodesign

Cacodesign

Lionel Clément - L'ivre de Lire -

Lionel Clément – L’ivre de Lire –

PM Booking

PM Booking

Le Mec de l'Underground

Le Mec de l’Underground

Johann Zarca #1

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Le 20 août dernier, PHI PROB (éd. Don Quichotte), le dernier roman du jeune auteur Johann Zarca A.K.A Le Mec de L’underground arrivait dans toutes les bonnes librairies.

A cette occasion, l’équipe de Ginette en partenariat avec Thierry Marcos, réalisateur pour SHARK Films a rencontré le théoricien de la littérature vandale, et de cette rencontre est née ce film.

Notre présentation se fera en deux temps:

  • #1 le film
  • #2 l’intégrale de l’interview rédigée et les coulisses du film

A VOS CLICS !

Natural Born Writer – Hugo Drillski #2/2

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 Partie 1

Suite et fin de la rencontre Ginette/Drillski. On aurait aimé que ça dure une éternité…

Ginette : On évoque la genèse du roman ?

Hugo Drillski : Oui. Elle se fonde sur trois points : j’ai réellement été rédacteur porno, comme le narrateur. J’ai fait ça quelques temps. Je devais mater 10 pornos par jour ce qui était assez insupportable, je pétais un câble. Je bandais 24h/24, ma meuf n’en pouvait plus, c’était affreux et quand tu vois plusieurs heures par jour des images porno, après t’as une pensée qui finit par dévier, tu imagines les meufs que tu croises et tu te demandes si elles auraient fait ceci ou cela, c’est pas génial. J’ai ensuite choisi de surfer sur la vague du Mommy Porn mais vu d’un autre prisme. C’est souvent la pauvre fille naïve qui rencontre le super mec qui va l’initier. J’ai fait ma version masculine. Et enfin, il y a une histoire porno avec une nana, bien évidemment dans le roman c’est une version extrapolée. Après, ce qui est intéressant pour moi, c’est de parler de la société à travers le prisme de la sexualité qui est quand même à la base de la vie.

Ginette : Tu comptes aller voir LOVE, le dernier film de Gaspar Noé ?

Hugo Drillski : Mais carrément. Plus tôt dans l’interview je te parlais du film A Serbian Film qui m’avait influencé, mais Gaspar Noé aussi. J’adorerais le rencontrer, lui soumettre mon bouquin.

Ginette : Seul Contre Tous, Irréversible

Hugo Drillski : Irréversible, Enter The Void c’est typiquement le genre de films que j’achète en DVD. Il faut que je les aie. Irréversible, pour le moment pour moi c’est son meilleur. Et puis ce casting : Cassel, Dupontel, Bellucci… Cette histoire de vengeance… D’en parler ça me donne envie de le revoir.

Ginette : Ton écriture est très visuelle. Elle se prête à l’écriture filmique. Et toi qui es multi-support (dans ta façon d’écrire et dans l’expression aussi, tu fais aussi de la musique), t’écris aussi des scenarii ? C’est un truc vers lequel tu veux aller ?

Hugo Drillski : Je ne me vois pas faire des scénarios parce que c’est de la description pure. Il n’y a pas de place pour la fantaisie, le style et la personnalité que j’exprime à travers mes romans. Par contre, j’aimerai vraiment voir un jour une adaptation de mes romans. En revanche, je ne m’y risquerai pas moi-même. C’est facile d’écrire un roman. T’as toi, ta plume et ta feuille. Pour tourner un film, faut des gens, des plannings, du matos… et ça c’est une putain de galère qui ne m’intéresse pas du tout.

Ginette : On a beaucoup parlé monde de l’image, et pour cause, le livre traite de ce thème mais pas des livres qui t’ont marqué. Donne m’en trois.

Hugo Drillski : Mes trois romans cultes sont Extension du domaine de la lutte pour le nihilisme torve, American psycho pour la folie furieuse et Pimp mémoires d’un maquereau pour la poésie crasseuse.

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Ginette : Au tout début de la Partie 1, la stagiaire parle de sa BO du roman. En réalité, la seule qui nous intéresse c’est la tienne. Tu peux me proposer une play-list ?

Hugo Drillski : Avec plaisir.

Young Thug / Danny Glover — Le Pornographe / Georges Brassens — Valley / Chief Keef — Or Nah / Ty Dolla Sign — Paranoid / Ty Dolla Sign — Molly Cyrus / Stitches — Freak No More / Migos — Running for the Devil / Gil Scott Heron — Barre Baby / Big Moe — Me and my Drank / Lil Wayne — Rédemption / Sobre — Choix / Experty — Sip sur ta Cyp / Experty — Secret Sucré / Doc Gynéco —  Ma Salope à Moi / Doc Gynéco

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Ginette : Toi-même tu fais de la zic…

Hugo Drillski: 

Trop de Bitches dans la Street / Yugo — Pimps / Les Gens Rap

 Yugo

Ginette : Tu as créé un groupe Facebook qui s’appelle La littérature pue encore. J’ai bien saisi qu’il y avait un rapport avec le groupe de Léonel Houssam (ex Andy Vérol), La Littérature Tue encore.

Hugo Drillski : Il a sabordé son groupe La littérature tue encore. J’avais lu son livre en support numérique, Les Derniers Cowboys que j’avais trouvé pas mal, et il a aussi été édité dans Le Cafard Hérétique alors j’ai un peu regardé son travail mais ouais, que dire de plus sur le personnage ? Il a sabordé son groupe qui comptait environ 7 000 personnes.

Ginette : En même temps, les gens qui y écrivaient proposaient de la merde en barre… Ton titre c’est un hommage ou une petite allusion moqueuse ?

Hugo Drillski : J’avais écrit un texte contre lui que j’avais posté dans son groupe justement, en octobre dernier. C’est un texte que tu peux toujours trouver sur son blog. Il avait l’air d’avoir kiffé la démarche. Sur ce coup-là je l’avais trouvé bon joueur. Après…

Ginette : Ouais, j’avoue je ne sais qu’en penser. Entre complexe de supériorité et « je me crée ma page Wikipedia » (ndlr: Wikipedia a dégagé sa page). Bref. Rien à dire. J’imagine qu’il ne fait pas partie de ton groupe.

Hugo Drillski : C’est surtout une affaire classée mais tu sais les histoires Facebook…

Ginette : Je sais bien, Facebook ce n’est pas la vie.

Ginette : Monsieur l’écrivain s’est mis à Instagram. L’idée c’est quoi ? Partager tes dernières lectures ou ce qui te marque ?

Hugo Drillski : Y’a de tout ça. Dernières lectures, lectures marquantes, promotions. Par exemple j’ai mis le bouquin de Johann Zarca, j’ai mis le mien. C’est ça l’idée en gros. Instagram ça reste de la photo, je n’y mettrai sûrement pas de chroniques, ça a son côté pratique, ça peut servir de « conseil lecture ».

Ginette : Ah mais pour le conseil lecture clairement. Tu sais, pour être répertorié dans les banques d’images Instagram, tu dois entrer des mots clefs avec « # » et il y a des mots-clefs pour els livres justement, et les aficionados de cette appli n’hésitent pas à aller voir les bouquins en tapant des #InstaBook ou #JustFinish par exemple. On a vraiment un autre rapport aux gens sur Instagram, on peut y avoir une communauté fidèle qui suit ce que l’on fait. C’est loin d’être inintéressant quand on dépasse l’aspect « promotion selfie ». Puis on peut aussi désormais intégrer de courtes vidéos, j’aime beaucoup ce support, bien plus que Twitter par exemple.

Hugo Drillski : Oui j’ai conscience de l’importance de ces choses bien que j’ai une relation conflictuelle aux réseaux sociaux. Rien que Facebook, j’ai mis longtemps à m’y mettre. Quant à Twitter, j’y suis mais j’accroche pas, c’est la dictature de la punchline, t’as 140 caractères mais si tu postes un lien ça te bouffe tout… Après, l’avantage de Twitter c’est quand même le côté vie privé. On ne peut pas scruter ta vie.

Ginette : Y’a un site qui s’appelle  Quand le Tigre Lit  et Le Tigre m’a demandé de te poser une question. Il demande si tu as d’autres projets ou si tu as tout lâcher dans Fourreurs Nés.

Hugo Drillski : Alors, comme évoqué précédemment, il y aura une suite puisque Fourreurs Nés est le premier tome d’une trilogie. Ensuite, tu pourras dire au Tigre que non seulement j’ai un paquet de projets dans les cartons mais surtout, je ne suis pas près de m’arrêter, à moins qu’on m’ampute des mains ou qu’il m’arrive un truc pas cool.

Ginette : Au passage, puisqu’on parle du Tigre, dans sa chronique il fait un lien entre ton pseudo Drillski en notant que « Drill » signifie perforer, ça va bien avec les Fourreurs… J’étais un peu jalouse parce que moi je me suis dit « c’est marrant, le mec se shoote aux pastilles pour la gorge –ça ne doit pas être un courageux – tout en lisant Bukowski ». Son hypothèse est bien plus convaincante que la mienne, je dois l’avouer.

Hugo Drillski : Si tu veux, ce blaze peut signifier plein de trucs. Le choix de « DRILL » vient d’un courant du hip hop qui vient de Chicago, qui est très violent, basé sur l’agressivité et la violence verbale. A la base c’était ce choix-là. Le « SKI », je n’ai pas envie de dire qu’il s’agit d’un hommage parce que je ne suis pas un fan absolu de Bukowski ou de Dostoïevski mais en même temps c’était drôle. Après, toutes les hypothèses sont bonnes à prendre. Et puis, la littérature qui perfore c’est pas mal.

Ginette : Puisque l’on parle blogosphère, on a déjà évoqué Contenu Explicite, Cohues et Le Cafard, je sais que tu as d’autres contributions, peux-tu en parler ? Pourquoi ces choix ?

Hugo Drillski : Bien sûr. On a parlé du Cafard, Mike m’a édité mais je ne rentre pas vraiment dans la ligne du Cafard, il n’y a qu’à lire mes dernières nouvelles dans le numéro 6.

Ginette : Justement, je les ai lues, et c’est aussi pour ça que je voudrais que tu me parles du reste. Qui est Jean-Chibre ?

Hugo Drillski : Tu connais le forum 18/25 de jeuxvideos.com ?

Ginette : Non.

Hugo Drillski : Ce forum c’est une petite communauté et Jean-Chibre un personnage que j’ai inventé. Au départ j’ai fait ça pour me marrer. J’ai utilisé les codes de cette communauté. Le forumeur type c’est le puceau tardif personnage, frustré de tout un peu asocial. Et Jean-Chibre c’est un personnage comme ça. Jean-Chibre c’est l’envers d’Harold ou du narrateur dans Fourreurs Nés. J’en fais de petites histoires. Ce sont des nouvelles de 10 à 15 pages. Dans le premier opus tu as le nouvel an de Jean-Chibre. Comme il n’a pas d’amis, son seul projet c’est celui que sa mère lui propose : aller chez son cousin. Il y va mais il est forcément en décalage avec tout le monde. C’est un peu houellebecquien comme personnage mais en version jeunot. Houellebecq c’est le blues que quadra lambda, ben là c’est sa version avec 20 ans de moins, un mec complètement dépassé socialement, sexuellement. Je suis sur le 3ème opus en ce moment, je le mettrai en ligne dans un mois. Dans quelques années, quand tous les épisodes seront finis, je le sortirai en autoédition très certainement.

Ginette : Tes autres contributions, quelles sont-elles ?

Hugo Drillski : Sale Temps pour les Ours, Squeeze, La Revue qui te parle

Ginette : Pourquoi ?

Hugo Drillski : Pour une question de visibilité, et dans le cas de La Revue qui te parle, c’est le concept novateur qui m’a séduit. La plupart de ces revues/blogs sont tenues de manière bénévole, sont gratuit(e)s donc qu’il faut en profiter parce que c’est uniquement des projets de passionnés avec une totale liberté d expression et que c’est là que se trouve les vrais auteurs d aujourd’hui et de demain

Ginette : T’as quoi d’autre sous la main ?

Hugo Drillski : Je vais tenter l’autoédition avec un recueil de nouvelles d’anticipation et de SF, ça s’appellera EXTRATERRIEN.

Ginette: On a hâte !

Hugo Drillski légendé

Natural Born Writer – Hugo Drillski #1/2

Mis en avant

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Chez Ginette, on a dès le départ eu la prétention de s’intéresser et de s’interroger sur toutes les formes de culture. Si, pour le moment, on est dans une dominante musicale, il est clair qu’on n’a pas l’intention de laisser la littérature aux seuls blogueurs et blogueuses littéraires. Alors ouais, la stagiaire ne lira pas un livre par jour, on a déjà du mal à lui faire écrire une chronique par semaine, mais comme le disait le très cher disparu Bernard Maris dans son Antimanuel d’Economie:

Mais la vie est-elle une quantité […] ? Qu’est-ce que la vie ? Une longueur ou une intensité ? Et si la vie ne se mesurait que par elle-même ?.

Voilà, on a décidé de parler bouquin aujourd’hui. Alors, que les choses soient claires, on a fait un cadeau à la stagiaire: sa première rencontre littéraire a eu lieu avec l’auteur de Fourreurs Nés, Hugo Drillski. Ouais, elle attaque sévère avec de la baise à la chaîne, l’univers porno, un bukkake XXL (merci Mec pour la trad) mais dans le fond, on sait qu’elle gère. Avant de lui proposer ça, on l’avait déjà entendu fredonner des chansons d’un groupe de rap qu’elle kiffe à mort.

Cela dit, elle nous a avoué que pendant sa lecture de ce roman-cul, elle avait plutôt dans la tête des tubes un peu plus Old School comme I Got 5 on It – The Luniz et Wet de Snoop Dog ou encore le mythique Window Licker d’Aphex Twin.

La stagiaire s’intéresse aussi de près au porno-féministe, s’interroge sur la place du sexe dans la société, aimerait que les travailleurs du sexe aient les mêmes droits que n’importe quel travailleur. Elle suit le blog d’ Ovidie de près, a vu (et nous en parlera peut-être) le documentaire de la réalisatrice A quoi rêvent les jeunes filles? Bref, on savait qui envoyer au charbon ce jour-là.

Ne pouvant se rendre à Lille pour la rencontre, c’est une interview faite via le téléphone qu’on va vous retranscrire ici. Alors, malgré l’heure de RDV précisée 72h avant, aucun des protagonistes n’avait pensé à filer son numéro à l’autre… C’est avec 4h de décalage sur l’heure prévue et un petit couac technique que notre apprentie journaliste a pu interroger l’auteur. Heureusement, son petit accent du sud a amadoué Hugo Drillski. Comme quoi, notre stagiaire possède deux/trois qualités. On se dit parfois que ses 500 boules par mois et ses 50% de pass navigo elle ne les vole peut-être pas.

Important: Voilà ici la partie de l’interview qui traite du bouquin et du métier d’écrivain.Il y aura une deuxième partie qui sera un portrait complet de l’auteur Hugo Drillski.

Ginette : Bon, on ne va pas se redire bonjour puisque on était sur Facebook. Je veux juste savoir si t’as pas d’écho désagréable à cause du haut-parleur.

Hugo Drillski : Non non, je suis aussi sur haut-parleur. Attends, j’tire la chasse.

Evidemment, dans une ambiance aussi détendue, la stagiaire n’a pas pris de détours inutiles pour cet entretien.

Ginette : Bon, en fait faut quand même que je te demande comment tu vas…

Hugo Drillski : Si on oublie la chaleur, tout va comme ça doit aller. Je buvais un pot avec un pote auteur, il écrit aussi chez Tabou Editions, on parlait de nos projets, c’était cool, puis j’suis rentré, pour te parler.

Ginette : Waouh. Et bien parlons ! On va commencer par le titre Fourreurs Nés. C’est ton titre de départ ou c’est une idée de l’éditeur ?

Hugo Drillski : Alors, à la base le bouquin s’appelait tout simplement Les Fourreurs. C’était un délire entre potes, dans nos grandes conversations on se demandait toujours « Alors, t’as réussi à fourrer hier ? », enfin ce genre de choses. Et comme je disais, c’est mon éditeur qui y a pensé car dans le livre il y a beaucoup de scènes qui passent par le prisme de la caméra et ça lui a rappelé le film d’Oliver Stone Natural Born Killers que du coup j’ai maté y’a pas très longtemps.

Ginette : Oui en français ça donnait Tueurs Nés. Je l’ai re-regardé justement après avoir lu ton bouquin.  Il a une bonne place dans ma DVD-thèque, j’ai dû le voir une centaine de fois.

Hugo Drillski : C’est marrant, je ne l’avais jamais vu. D’ailleurs je n’ai pas trop accroché. Bon, je m’étais endormi devant.

Ginette : C’est vrai que c’est un peu spécial même si moi j’adore. Si je ne te dis pas de conneries, après le film Quentin Tarantino qui a écrit le scenar n’a plus voulu travailler avec Oliver Stone. Je crois qu’il a trouvé ça pourri, mais à vérifier.

Hugo Drillski : C’est un peu épileptique…

Ginette : Soit, et on a clairement l’impression que le film ne finira jamais donc ça alimente le côté grotesque, mais je prends toujours du plaisir à le voir. Puis bon, le film donne même envie d’être amoureux (ndlr: poke Jérémie M.), mais ça c’est un long truc à développer alors on oublie. En même temps les références sont clairement expliquées sur la 4ème de couv.

Tu as écrit ça quand ?

Hugo Drillski : En 2013, entre septembre et mi-octobre, ça a pris 4 à 6 semaines.

Ginette : C’est peu de temps.

Hugo Drillski : Oui j’ai fait ça rapidement. Si tu te souviens, c’était la mode de Fifty Shades of Grey de E. L.James et de Juliette Society de Sasha Grey. Je me suis dit qu’il n’y avait pas de raisons que je ne puisse pas le faire donc je me suis lancé sur l’écriture du roman.

Ginette : Tu évoques d’ailleurs Sasha Grey dans le bouquin.

Hugo Drillski : Ah ça oui.

Ginette : J’ai un peu regardé ce que tu faisais, a priori tu écris depuis un bail. Fourreurs Nés c’était ton premier manuscrit long, roman ?

Hugo Drillski : J’ai toujours plus ou moins écrit. On va dire que jusqu’à mes 16 ans c’était à l’arrache mais après j’ai fait de belles découvertes comme Bret Easton Ellis, ça m’a bien sûr parlé, et j’ai vraiment commencé mais sans réelles convictions. J’essaie. On verra bien ce que ça donne. Je continue parce que j’y prends du plaisir.

Ginette : C’est pour ça que t’as lancé Contenu Explicite ?

Hugo Drillski : Oui. Je l’ai lancé il y a environ un an. J’écrivais, je faisais lire mais sans réel suivi, donc j’ai décidé de créer une sorte de communauté, un suivi. J’en profite aussi pour proposer des auteurs également.

Ginette : Parle-moi revue.

Hugo Drillski : J’ai eu comme expérience Cohues, je ne sais pas si tu t’en souviens. J’ai fait ça avec Mike Kasprzak. La revue existe toujours aujourd’hui mais je ne m’en occupe plus du tout. On s’est rencontré sur un forum avec Mike. On avait une même passion, on a pris contact sur Facebook puis on a créé ça assez rapidement.

Ginette : T’as été sur Cohues longtemps ?

Hugo Drillski : Environ six mois. A l’origine on était deux, puis trois, puis les délires étaient différents. Je suis parti de mon côté, Mike a créé Le Cafard Hérétique, et le troisième mec s’occupe toujours de la revue.

Ginette : Et là t’es passé directement à Contenu Explicite ?

Hugo Drillski : En créant Le Cafard Hérétique, Mike m’a proposé d’y écrire, ce que j’ai fait. Je suis passé à Contenu Explicite parce que clairement, une revue c’est bien mais c’est chronophage. Déjà être auteur ça prend du temps, mais si en plus tu dois lire 50 textes, organiser une promo sur le web, faire suivre des liens c’est beaucoup de temps. Mon délire à moi c’est écrire, après si un jour je n’ai plus d’inspiration ou si je n’ai que ça à faire mais franchement, j’ai déjà trop de choses à faire, écrire, les études et j’en passe. Après, comme je te disais, parfois que mets des auteurs en avant sur Contenu Explicite comme Isaiah Ory qui écrit aussi dans le Cafard.

Ginette : Oui, je suis lectrice du Cafard, je vois de qui tu parles.

Ton prochain bouquin s’appelle Fister l’Avenir, c’est ça ?

Hugo Drillski : Tout à fait. C’est dans les tuyaux. Je l’ai envoyé à Tabou. En fait, j’aimerais en caser trois. A la base c’est une trilogie : Fourreurs Nés c’est le remake d’un premier roman qui s’appelait Social Porn ; Fister l’Avenir(où Harold a une place prépondérante) c’est un remake d’un autre roman que j’avais appelé La Morale et le troisième ce sera Red Light Story et là on a toujours le narrateur de Fourreurs Nés et d’un autre ami à lui qu’on rencontre dans Fister l’Avenir. Le dernier volume ce sera dans une ambiance sombre, y’aura Amsterdam, une sorte de polar-cul.

Ginette : Comment tu te retrouves chez Tabou ?

Hugo Drillski : Comme je te disais, j’ai écrit ce roman en quelques semaines en sachant bien que je n’étais pas le nouveau Flaubert. J’étais plutôt dans le OK j’ai écrit ça en un mois, c’est la mode, j’ai envie d’être édité, d’être socialement reconnu comme auteur donc je le balance et on verra si ça marche. J’ai envoyé mon manuscrit ici et là : au bout d’un an j’ai eu quelques refus et des non-réponses. Tabou m’a répondu en décembre 2014, soit un an après que j’ai écrit mon manuscrit. A cette époque-là j’étais à deux doigts de mettre le roman sur la plateforme d’un pote (Organe Matrix) où l’on trouvait des nouvelles érotico-trash dans un style assez contemporain ou bien le mettre en autoédition en version numérique. Deux jours avant Tabou me contacte pour dire que mon manuscrit les intéresse et me demande si je cherche toujours un éditeur. Il m’a appelé au bon moment, trois jours plus tard j’aurais été dégoûté.

Ginette : Quand on voit la ligne éditoriale de Tabou, tu sors un peu du lot, non ?

Hugo Drillski : C’est vrai que le roman de fiction c’est pas ce qu’ils développent le plus. Leur truc c’est plutôt les guides sur comment trouver son point G ou bien s’attacher. Ils font aussi beaucoup de BD. Je ne pense pas que le roman de fiction soit une priorité pour le moment bien qu’ils fassent venir plusieurs auteurs. Je pense honnêtement que c’est en développement. Tabou c’est pas underground mais un peu confidentiel. Certains de leurs bouquins ont eu des papiers dans la presse féminine. Au départ leurs romans s’adressent à des 35/45 ans je pense donc forcément je dénote un peu dans la « faune » de Tabou.

Ginette : Y’a pas beaucoup de presse pour le moment sur le bouquin, j’ai pas l’impression qu’il y ait une grosse promo. Par contre, on trouve le bouquin partout.

Hugo Drillski : J’avoue que pour la presse je ne sais pas. Peut-être à la rentrée. Y’a un service presse mais comme je te le disais, je sors un peu de leur cadre habituel, c’est un premier roman chez des indépendants, j’imagine qu’ils ne gagnent pas d’argent voire même qu’ils en perdent. Moi je suis édité, je suis déjà très content. En revanche, comme tu le soulignes, il y a une bonne distribution. On le trouve partout en ligne mais aussi en physique dans les librairies, à Lille on le trouve aussi au Furet.

Ginette : Certes. Ils perdent peut-être de l’argent sur un roman, mais ils en gagnent forcément avec leurs guides pour apprendre à sucer ou à assumer le bondage ! Et n’y vois là aucun jugement de valeur sur leurs éditions, quand j’avais 15 ans j’étais bien contente de tomber sur ce genre de bouquins qui expliquent comment faire pleurer un mec de bonheur en maîtrisant l’art de la fellation. Contente pour toi que tu sois content d’être édité, si ils ont un service presse c’est que ça doit bosser mais bon pour l’instant y’a rien de très visible. En même temps, si c’est à l’image de l’investissement fait pour la couverture… Pardon, c’est plus fort que moi, je me doute bien que t’as pas eu ton mot à dire pour la couverture mais moi j’ai deux trois trucs à leur dire sur cette couverture parce que je trouve qu’elle ne te rend pas service, loin de là. Alors OK, le titre est ce qu’il est, on a bien conscience qu’on est chez Tabou Editions et ça ne me pose aucun problème de lire un bouquin qui s’appelle Fourreurs Nés, mais bordel, la couverture… Non sérieusement ? Je suis rarement emballée par les couvertures de bouquins mais celle-ci… Je vais être honnête, j’avais vu la couverture du livre circuler sur les réseaux sociaux et si on ne me l’avait pas envoyé, jamais je ne l’aurais acheté. Et le pire, c’est que j’aurais eu tort car le contenu est au-dessus de ça. Par curiosité, je suis allée sur le site de l’éditeur, et franchement, y’a plus classe quand même… C’est pas toujours très élégant, mais c’est rarement aussi cheap que cette couverture-là. En réalité, je ne sais pas quel est le public visé, mais je pense que le roman méritait mieux que ça. Et quand on bloque sur la couverture, ben on s’arrête aussi sur les coquilles concernant la mise en page etc. Lancer un jeune auteur de 23 ou 24 piges c’est super bien et bravo, d’autant plus qu’on sent que tu en as en a sous le sabot mais concrètement, je me suis demandé dans quelle mesure ton travail d’auteur avait été pris au sérieux. Tu ne peux que progresser et densifier ton style. On te sent certes parfois hésitant, on se demande occasionnellement si tu assumes totalement ce que tu écris, mais il s’agit de petites choses à rectifier. Pour être sûre que le problème ne venait pas essentiellement de moi, j’ai tenté une expérience. J’étais à Paris, dans une salle de concert, il y avait deux groupes de rock. Le public était essentiellement composé de mecs. Je leur ai demandé de poser avec le bouquin, en leur assurant qu’on ne verrait pas leur visage. Je me suis pris une quinzaine de refus. Au final c’est une nénette que je connais (merci Carole) qui a fait la photo. Je pense que ça résume tout ! Mais bon, j’arrête là car au final c’est ton contenu qui m’intéresse. Mais merde ! Bon si, j’en rajoute une couche : lire ça quand t’es une meuf sur un banc dans un jardin public, ben t’es sûre d’attirer tous les vicieux du parc. Et comme je le disais, oui le livre fait dans le cul, oui y’a du hardcore, mais c’est pas seulement ça, c’est aussi une photographie de la société dans laquelle on vit. Bref.

Hugo Drillski : Elle se comprend la couverture. Fourreurs Nés versus Tueurs Nés, on est dans les 90’s, look un peu punky. Après on est dans une autre culture de l’image, on n’a pas le même âge que l’éditeur et son public. J’ai été surpris qu’on me mette en commentaire sur Amazon par exemple que la couverture avait donné envie de lire le bouquin et c’est tant mieux. C’est sûr que par rapport à d’autres livres qu’ils éditent, ma couverture est moins sobre. Tu sais moi je n’ai aucune prétention sur un livre écrit en quelques semaines. Après c’est certain que si j’avais pu faire la couverture j’aurais proposé autre chose.

Ginette : Ce que je veux dire Hugo, c’est qu’en voyant la couverture, je m’attendais à ce que ce soit bien plus mal écrit alors forcément j’étais agréablement surprise, c’est peut-être là l’essentiel même si je reste convaincue que le décalage contenant/contenu ne te rend pas forcément service. Après, c’est mon côté relou de meuf qui a une éducation à l’image approfondie parce qu’elle a étudié ça.

Hugo Drillski : Tu parles du contenu mais avouons qu’il y a de la vulgarité.

Ginette : C’est évident ! Enfin moi j’appelle ça aller droit au but.

Hugo Drillski : On n’est pas dans la grande classe quand même dans ce bouquin.

Ginette : Soit ! Mais c’était pas le but j’imagine. Puisqu’on parle de classe : t’en connais beaucoup des Cécile ?

Hugo Drillski : Ahaha ! Ben oui. Cécile n’est pas le vrai prénom mais pour la créer je m’inspire d’histoires fortes que j’ai vécues. Bien entendu j’extrapole, je suis un humain lambda, je n’ai pas été dans du glauque comme mon narrateur mais t’as une bonne base de réel dans le comportement de Cécile.

Ginette : T’as des copines sympas quand même parce qu’une éjaculation faciale au premier RDV… Waouh t’as dû être content ! Cela dit, ça pose le cadre.

Hugo Drillski : Tout le roman s’articule autour d’un combat de fiertés. C’est un combat d’égos de deux personnes qui se font surprendre l’une par l’autre. Au final, c’est un roman féministe.

Ginette : Elle prend le pouvoir. Elle enchaîne les expériences mais garde le contrôle y compris dans l’humiliation, c’est lui qui est accro et qui souffre de la relation donc ouais possible.

Hugo Drillski : Il pense mener le jeu mais il se fait bien malmener.

Ginette : Au début du bouquin tu racontes un truc du genre « la pipe c’est la métaphore de la lutte pour l’égalité ».

Hugo Drillski : Ça fait partie des considérations parfois misogynes voire limites du narrateur. La position prise est extrême mais elle n’est pas un non-sens.

Ginette : Et tout le bouquin est comme ça. On ne va pas trop en dire pour ne pas spoiler, mais j’aimerais qu’on fasse un arrêt sur image sur cette scène finale complètement loufoque et surréaliste. J’ai eu mille images qui sont venues envahir mon esprit. De la scène de partouze dans Le Parfum de Süskind à la scène de « cul à cul » dans Requiem for a Dream d’Aronovski le tout dans une ambiance snuff movie/real TV/ dark web.

Hugo Drillski : Un film qui m’a bien inspiré c’est A Serbian Film réalisé par Srdjan Spasojevic. L’as-tu vu ?

Ginette : Pas encore. (ndlr : depuis l’interview, la stagiaire a maté ce film un soir de canicule et WTF : mega trauma mais putain de film!)

Hugo Drillski : Il faut que tu le voies alors. Au-delà de l’aspect glauque et malsain, l’esprit m’a marqué. (ndlr : tu m’étonnes mec !)

Ginette : En fait quand le narrateur se fait kidnapper par les deux amazones on s’attend…

Hugo Drillski : … à un torture-porn ?

Ginette : Oui. Tes héros c’est un peu des tocards.

Hugo Drillski : Oui, comme le dit le résumé, ce sont des losers. Ces gens ont une haute opinion d’eux-mêmes avec des esprits empoisonnés par la société de l’image, le porno par exemple. Ils sont victimes des styles de vie vendus dans les clips de rap hyper bling-bling avec argent facile, nanas faciles… Ils grandissent et vivent dans cette société otage de l’image où les seules limites sont celles de l’imagination. Ils ont la vingtaine entamée, professionnellement ils ne sont pas grand-chose, socialement oui ils baisent des meufs mais n’ont aucune valeur. Les héros sont imbuvables. Harold n’a comme seul argument la taille de son sexe. Le roman est drôle mais très pessimiste.

Ginette : Tu connais le film Génération 90 ? Dans ce que tu dis, y’a de ça qui est dépeint et quand on le revoit aujourd’hui, on se dit que les No Future des 70’s sont vécu par la génération 90. Le film est ce qu’il est mais ce malaise ambiant, ces difficultés à passer des caps et à entrer dans une vie professionnelle en sortant de la fac, ces difficultés à construire des relations ou à les assumer… Personne n’a vraiment sa place où que ce soit, chacun cherche où il doit être tout en voulant rejeter le modèle dans lequel il baigne.

Hugo Drillski : Je ne connaissais pas non. Y’a un aspect génération perdue. Dans Fourreurs Nés il y a ces gens qui cherchent à se distinguer tout en se conformant. Du coup ils finissent forcément dans un cul-de-sac car plus ils pensent d’émanciper et plus ils ressemblent au contraire de ce qu’ils voudraient être pour la simple et bonne raison que la société c’est pas un clip de rap.

Ginette : Il suffit de regarder les hipsters parisiens pour comprendre.

Hugo Drillski : Oui, ils cherchent à s’émanciper et finissent par tous se ressembler.

Ginette : Comparé à tes héros, DSK c’est un gros puceau. (ndlr : la stagiaire nous a annoncé que DSK avait ouvert un compte twitter qu’elle suit en espérant de pures punchlines, l’auteur vient de Lille, le Carlton y est en bonne place, bref, association d’idées pourries complètement assumée)

Hugo Drillski : Grave.

Ginette : Harold c’est un hommage à Selby ou bien je rêve Selby ? (ndlr : In Selby Jr we trust à la rédac)

Hugo Drillski : Rien à voir. Le narrateur est inspiré de manière caricaturée de moi et c’est pareil pour Harold qui est l’inspiration de mon meilleur pote qui ne s’appelle pas Harold mais presque.

Ginette : A un moment dans le livre on peut lire : « Être écrivain aujourd’hui c’est comme être handicapé mental sous le IIIème Reich. ». Dissertons-donc !

Hugo Drillski : Le métier d’écrivain est un peu désuet. Enfin si on ne le repense pas, on peut se dire que devenir écrivain aujourd’hui c’est un peu comme décider de faire carrière dans les reliures à la main ou éditer ses livres de façon manuscrite… Tout le roman traite de l’image, écrire un roman sur l’image c’est peut-être un peu décalé. Et la référence avec les handicapés mentaux sous le nazisme c’est juste pour dire que c’est compliqué.

Ginette : On parle statut de l’auteur ?

Hugo Drillski : Pourquoi pas. Déjà quand t’es auteur, éditer en indé n’a pas le même sens que se produire en indé dans le milieu de la musique. Le monde du livre est toujours très traditionnel malgré les nouveaux supports qui peinent à se développer en France notamment. Dans le livre si tu dis que tu es écrivain et que tu t’autoédites tu fais marrer tout le monde : la seule chose que se disent les gens c’est que t’es indé parce qu’on ne veut pas de toi. Et quand tu trouves un éditeur, tu touches 8%, c’est difficilement viable avouons-le. En revanche, dans le monde de la musique, la connotation est tout autre. Réussir en indé ça a plus de gueule dans ce monde-là. C’est même souvent plus valorisant.

Ginette : Non mais peut-être qu’un jour on va se pencher sérieusement sur une révision du droit d’auteur. Alors, je m’excuse pour cet aparté mais je glousse dans je sais qu’il y a droit d’auteur jusqu’à 70 ans après la mort mais que de son vivant l’auteur touche 8%. C’est de son vivant qu’il a besoin de bouffer et payer son loyer, de ses ayants-droit on s’en tamponne un peu. Qu’ils perçoivent un meilleur pourcentage quand ils sont vivants, et qu’on baisse cette durée de 70 ans qui est totalement loufoque. Mais bon, j’ai bien conscience que Fleur Pellerin and Co se fichent de ce que je peux penser !

Hugo Drillski : En même temps ça ne m’étonne pas que ça ait du mal à se réformer dans le monde du livre, ça reste traditionnel. Dans les autres milieux comme le cinéma ou la musique, les évolutions se font lentement mais se font malgré tout or ces évolutions se font parce que le piratage existe et qu’il est pratiqué de manière intensive dans ces domaines-là. Le monde du livre ne se remet pas en question au même titre qu’eux parce qu’il pense que le livre est moins soumis au piratage.

Ginette : En France on utilise peu les formats électroniques pour le moment mais en Espagne, en Grande Bretagne, aux Etats-Unis on estime qu’un livre sur trois ou un livre sur quatre acheté l’est sous format électronique, donc la question du piratage va et doit se poser également. En même temps, avec une liseuse je n’aurais pas focalisé sur la couverture !

Hugo Drillski : Tout est dit.

Partie 2

VOLUTES… partent en fumée #1

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Héhéhé, comme dirait l’autre… Salut à toi !

Je ne sais pas si tu te souviens de la première interview de Ginette, mais j’y parlais de ma pote Pam qui est bookeuse et manageuse, tu sais celle qui m’a ouvert la porte avec Fancy. Si t’es nostalgique, ou pire, si tu as la mémoire courte, tape-toi un clic !

Bref, Pamela, les poches pleines de bons plans, me confie qu’elle bosse avec un groupe de rock. En fait faut être précis, un groupe de rock français qui chante en français… Le groupe s’appelle VOLUTES. Pour te donner une idée, tape-toi le teaser!

En janvier, je me pointe au Cavern Club, non loin du Pont Neuf. J’risque pas d’oublier la soirée. Le nom du club est bien trouvé: une sorte de grotte en sous-sol avec un vieux puits dans lequel t’oses pas regarder de peur de voir surgir Sadako

Cependant, bien que t’aies l’impression d’être dans d’anciennes oubliettes, tu te mets vite dans l’ambiance et… quelle ambiance. Volutes est un vrai groupe de rock français. Ils chantent et jouent vraiment bien. Les musiques sont entraînantes, efficaces. Et les textes… extrêmement bien travaillés. Volutes est un groupe engagé. Alors, engagé ça veut tout dire et rien dire à la fois. Quand Miss France défend la veuve et l’orphelin, on peut dire qu’elle est engagée… En effet… Toutefois, on ne va pas se mentir, quand on parle engagement avec Volutes, on parle vraiment. Le groupe a joué pour le 1er mai aux côtés de syndicats mais aussi à la Marche contre Monsanto.

Il y a quelques semaines, on a envoyé la stagiaire sur le tournage de leur premier clip Commun Malaise réalisé par Kevin Brunet. La stagiaire a passé la journée avec le groupe et l’équipe technique, et elle n’a pas fait que se gaver de merguez et boire de l’absinthe.

Pour savoir ce qui a bien pu se dérouler derrière cette porte, RDV ICI Mardi 30 juin.

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En attendant l’interview des coulisses du tournage, n’oublie pas que VOLUTES jouera et présentera le clip le même jour au Réservoir.

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S’il vous plaît… pitche-moi un mouton!

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Chez Ginette les réunions du lundi matin sont ritualisées: c’est le moment où l’on décide de l’agenda. Ce matin-là c’était au tour de la stagiaire d’apporter les croissants, mais la demoiselle a décidé, par excès de confiance en elle, de changer ces traditionnelles viennoiseries par des pains aux raisins… Non mais sérieusement, des pains aux raisins… Qui bouffe ça? La semaine commençait bien pour elle… Il fallait se venger!

On s’est demandé une petite demi-heure, gargouillis au ventre ce qui pouvait éventuellement lui pourrir son lundi. En cherchant bien, on trouve une soirée littéraire dans un bar situé dans le 11ème, au métro Couronnes. Non mais c’est vrai ça, qui a envie de se taper des lectures suivies de débats qui rappelleront les pires moments de l’épreuve oral du bac de français? On envoie donc la stagiaire au Pitch Me pour la 59ème session WIP (Work In Progress). La rédac fière d’elle attend donc les retours de la stagiaire.

L’idée des soirées #WIP est celle d’un café littéraire. Deux lundis par mois, 4 auteurs, qu’ils soient connus ou pas, viennent lire leurs travaux d’écriture pendant une dizaine de minutes, et s’en suivent questions et/ou débats.

Ce soir là, la stagiaire débarque avec sa bite et son couteau avec son plus beau sourire, son appareil-photo et pose son cul sur une chaise, et ça, c’est presque un privilège parce que contrairement à ce que pensait la rédac, le Pitch Me est plein. Oui oui, le lundi soir il y a des curieux et des amoureux des mots qui participent à ce genre d’événements.

Linda Maria Baros

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Karim Miské / Serge Basso de March

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A son retour, la stagiaire nous raconte même, grâce à une enquête hyper poussée, que ce lieu est tenu par Karim Miské, journaliste/écrivain, ainsi que ses associés: Sonia Rolley (journaliste à RFI et écrivain) et Mam Fed (restaurateur cinéphile). Si à la rédac on  connaissait Karim Miské surtout pour son documentaire Juifs et Musulmans, si loin, si proches, on a également découvert qu’il venait de sortir un nouveau bouquin s’appelant N’appartenir aux éditions Viviane Hamy (ndlr: N’appartenir fera l’objet d’un prochain article).

La soirée s’est déroulée en deux parties:

– 1er set 20h15 Serge Basso de March Linda Maria Baros
– 2ème set 21h30 Johann Zarca Anthony Poiraudeau

Si la stagiaire qui l’avoue honnêtement ne connaissait ni Serge Basso de March, ni Linda Maria Baros ni Anthony Poiraudeau (bah quoi, elle est stagiaire…), elle connaissait en long, en large et en travers les écrits de Johann Zarca. D’ailleurs, une équipe de tournage était sur place tout spécialement pour lui… Si t’as pas son nom en tête, tu connais sûrement son blog Le Mec de l’Underground. En même temps, si tu suis Ginette, tu sais qu’on est un peu monomaniaque et qu’on suit la bestiole de près.

Karim Miské / Johann Zarca a.k.a  Le Mec de l’Underground

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Au passage, juste entre nous, son prochain roman Phi Prob sort le 20 août, et si t’aimes les mythes chelous, les descentes aux enfers dignes de celles des personnages de Murakami Ryu, ben inscrit le nom du bouquin sur un post-it en attendant la sortie.

Ce soir-là, il était venu lire une nouvelle inédite du Mec de l’Underground et la stagiaire kiffait quelque chose de mignon, parce que la frelonne était dans le coup, et la stagiaire est over-fan de la frelonne.

De ce qu’elle nous a rapporté c’est qu’elle a trouvé super intéressant ce WIP. Les lectures étaient très différentes, entre nostalgie d’un quinqua et poésie tourmentée, classicisme et littérature vandale… Comme quoi, on peut aller à un café littéraire un lundi soir et passer un moment à la fois agréable et enrichissant.

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Pour y assister ————–> https://www.facebook.com/pitchmeparis

#30052015 #93 #25 #13 #980

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Non la stagiaire n’a pas craqué en choisissant comme titre une étrange série de chiffres. Cependant, que signifient-ils?

Cette série de nombre ne constitue ni un hommage caché à la série LOST (ndlr: bordel c’était quoi cette fin pourrie?), ni un code apocalyptique pensé et réfléchi par nos amis de la civilisation maya, et encore moins une martingale qui ferait de vous les rois et reines du casino en devenant un surdoué du Blackjack (ce qui est le cas de notre stagiaire, reconnaissons-lui cette qualité si cela en est une…).

La semaine dernière, à la rédac de Ginette on lui demande si elle a trouvé son prochain sujet. Elle nous dit qu’il y a La Dictée des Cités à Saint-Denis. Elle avait vu ça sur la page Facebook de l’écrivain, scénariste, journaliste et entrepreneur Rachid Santaki.

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A la rédac on s’est sacrément inquiété quand elle a parlé de La Dictée des Cités… Ok on avait lu son CV en diagonale à la stagiaire, on savait qu’elle avait été championne d’orthographe à la dictée des collèges du Gard en 1991 mais de là à se taper un revival… Merci… Cela dit, on n’est pas vache chez Ginette, on l’a laissée se faire son dico-trip-existentialiste, le principal étant qu’elle n’oblige personne au bureau à se taper des tableaux de conjugaisons: le subjonctif de l’imparfait la fait peut-être kiffer, mais nous on se contente de se taper des barres en lisant le blog Bescherelle ta mère.

Bref.

Le 30/05/2015 à Saint-Denis dans le 93, sur la place du marché que l’on peut rejoindre facilement en prenant la ligne 13, 980 motivés ont participé à la Dictée des Cités !! Et quand je dis que les personnes présentes étaient motivées, regardez les photos: certaines n’avaient ni chaise, ni support et ont joué le jeu malgré tout, malgré le soleil de plomb…

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Alors, aujourd’hui l’idée n’est pas de vous faire un historique de cet événement citoyen qui, une fois n’est pas coutume a fait triper celle qui nous coûte 500 boules par mois + 50 % de sa carte RATP…

La méga présentation on la fera quand on aura eu la chance de rencontrer les organisateurs: Rachid Santaki et le président de l’association Force des Mixités, Abdellah Boudour.

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Par contre, la stagiaire a beau se sentir comme un poisson dans l’eau au milieu d’une dictée géante, elle n’en reste pas moins journaliste et voilà quelques petites témoignages pris en direct-live de la place du marché de Saint-Denis, au milieu de 980 motivés.

Premier extrait: STAINS ESPOIR

Ginette : Bonjour, je viens vous embêter avant la dictée.

La fille : C’est pour quelle radio ?

Ginette : Oups… C’est pour un webzine…

La fille : Si y’a pas de photos c’est OK pour les questions.

Ginette : BANCO ! Alors vos petits noms ?

La fille : Imane, Lena, Derrick, Jack.

Ginette : Que fichez-vous ici par un bel après-midi ensoleillé ?

Imane : On est là pour la Dictée des Cités. On est super motivés.

Ginette : Et vous venez d’où ?

Imane : Stains. On représente l’association Stains Espoir. C’est une association qui fait de l’aide aux devoirs et proposent des sorties aussi.

Ginette : Et tu kiffes les dictées ?

Imane : C’est mon bonheur. Matin, midi et soir.

Ginette : Et le reste de la bande ?

Derrick : On est tous de l’association. On est un petit groupe.

Ginette : Petit groupe ? Mais vous êtes une sacrée brochette !! Combien ?

Imane : Attendez Madame Ginette, on vous appelle les responsables.

Ginette : Bon, vas-y raconte-moi, c’est quoi cette asso Stains Espoir ?

Le trésorier de Stains Espoir qui a certainement un prénom mais qui a zappé de me le donner : C’est une association qui s’occupe principalement de soutien scolaire mais on propose aussi des sorties culturelles comme par exemple des découvertes sur les institutions républicaines. Notre but c’est de dire et montrer qu’il existe des institutions de la République et de les familiariser avec. On organise aussi des sorties à but scientifique, des visites dans les centres de recherche, CNRS etc. On est très soucieux des élèves et on aime avoir un suivi quant aux résultats scolaires ou à l’orientation par exemple.

Ginette : Tu fais ça depuis longtemps ?

Le trésorier de Stains Espoir qui a certainement un prénom mais qui a zappé de me le donner : Je suis chez Stains Espoir depuis 3 ou 4 ans. Je suis trésorier. Je suis bénévole. On propose le soutien scolaire le samedi matin de 10h à midi. Les sorties c’est le samedi après-midi, parfois même tout le week-end.

Ginette : Motiver les élèves à participer à la dictée c’était pas compliqué ?

Le trésorier de Stains Espoir qui a certainement un prénom mais qui a zappé de me le donner : On est plus de 60 aujourd’hui. Ils se sont motivés tout seul. C’est partie intégrante de la vision de Stains Espoir.

Ginette : Et là si je te dis que la dictée a attiré un nombre record de participants…

Le trésorier de Stains Espoir qui a certainement un prénom mais qui a zappé de me le donner : On a battu notre propre record parce qu’à la dernière on était venu à une trentaine. Aujourd’hui on est plus du double. On est heureux d’avoir participé à battre le record du nombre de participants.

Ginette : Et toi tu en penses quoi de cette Dictée des Cités ?

Le trésorier de Stains Espoir qui a certainement un prénom mais qui a zappé de me le donner : J’en pense que c’est une excellente initiative. On le voit qu’il y a des gens très différents qui viennent d’horizons différents. C’est créateur de liens et de rassemblement alors c’est positif.

Deuxième extrait: Zineb

Ginette : Bonjour, je viens vous déconcentrer avant la dictée, j’ai quelques petites questions à vous poser pour mon webzine. Je peux vous demander de vous présenter ?

La dame : Alors moi c’est Mme Zineb N.

Ginette : Mais que faites-vous ici par un si bel après-midi ensoleillé ?

Zineb : Ben voyons on est là pour la dictée !

Ginette : Mais pourquoi ?

Zineb : Parce que c’est important d’être là aujourd’hui. Et je suis fière de jouer le jeu. Et ça m’intéresse de savoir quel est mon niveau et si j’ai beaucoup oublié mes règles d’orthographe.

Ginette : Vous habitez Saint-Denis ?

Zineb : Oui.

Ginette : Vous aimiez les dictées quand vous étiez petite ?

Zineb : Mais non, un vrai cauchemar !

Ginette : Et aujourd’hui ce n’est plus un cauchemar ?

Zineb : C’est différent. Je n’ai pas peur d’être jugée comme à un examen.  Je joue à la dictée. C’est un jeu donc c’est du plaisir. Je me teste mais dans une bonne ambiance.

Ginette : Et là si je vous dis que la dictée a attiré un nombre record de participants…

Zineb : Alors je vous annonce que je suis très fière d’être là.

Troisème extrait: Fadia et Sarah

Ginette : Bonjour ! Quel est votre prénom ?

La dame : Fadia.

Ginette : Vous habitez Saint-Denis ?

Fadia : Oui

Ginette : Pourquoi êtes-vous là aujourd’hui ?

Fadia : C’est le désir de ma petite-fille. Elle savait qu’il y avait la dictée, elle avait envie de venir alors je l’ai accompagné.

Ginette : Et vous aimez ça les dictées ?

Fadia : La dernière est bien loin mais oui j’aimais assez quand j’étais petite.

Ginette : Vous allez donc passer un bon moment alors ?

Fadia : Les souvenirs des bancs de l’école vont m’accompagner.

Ginette : Et là si je vous dis que la dictée a attiré un nombre record de participants…

Fadia : Ah bon ? Je ne me rends pas trop compte, je ne sais pas comment ça se passe d’habitude, c’est la première fois pour moi ici.

Ginette (à la petite-fille) : Quel âge as-tu ? Comment t’appelles-tu ?

La petite-fille : J’ai 8 ans et je m’appelle Sarah !

Ginette : C’est donc ton idée de venir passer ton samedi après-midi à la Dictée des Cités ?

Sarah : Dans mon école les maîtres et maîtresses en ont parlé.

Ginette : Tu crois qu’il y a des copains à toi là ?

Sarah : J’sais pas j’les vois pas ! (ndlr : et pour cause, environ 1 000 personnes étaient présentes)

Ginette : Et tu aimes ça les dictées ?

Sarah : Oui !

Ginette : Tu es donc une bonne élève alors ?

Sarah : J’sais pas.

Prix « Sale Temps Pour Les Ours » du court littéraire #1

Prix littéraire #STPLO: talents en vue !

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ÉDITO par CÉLINE GALASKA   //

En choisissant d’appeler mon blog d’expression littéraire sale-temps-pour-les-ours, en février 2015,  je faisais explicitement référence à la menace qui plane sur certaines espèces animales vouées à disparaitre. Il existe aussi dans l’écosystème culturel – et plus particulièrement dans le domaine littéraire – une espèce dont la survie est menacée : l’auteur qui produit du court. Ainsi depuis un an, à raison d’une publication par semaine environ, je publie sur ce blog des textes courts émanant d’auteurs inconnus ou tout simplement méconnus. Le but : donner une visibilité à cette vaste création littéraire, pleine de vitalité, dont les médias ne parlent pas.

Excepté les concours de nouvelles qui mettent le format court à l’honneur l’espace de quelques semaines, personne en effet ne s’intéresse à cette catégorie de littérature, pourtant réputée plus percutante que les longs formats. Cette situation d’ignorance voire de mépris n’est pas un…

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