Natural Born Writer – Hugo Drillski #1/2

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Chez Ginette, on a dès le départ eu la prétention de s’intéresser et de s’interroger sur toutes les formes de culture. Si, pour le moment, on est dans une dominante musicale, il est clair qu’on n’a pas l’intention de laisser la littérature aux seuls blogueurs et blogueuses littéraires. Alors ouais, la stagiaire ne lira pas un livre par jour, on a déjà du mal à lui faire écrire une chronique par semaine, mais comme le disait le très cher disparu Bernard Maris dans son Antimanuel d’Economie:

Mais la vie est-elle une quantité […] ? Qu’est-ce que la vie ? Une longueur ou une intensité ? Et si la vie ne se mesurait que par elle-même ?.

Voilà, on a décidé de parler bouquin aujourd’hui. Alors, que les choses soient claires, on a fait un cadeau à la stagiaire: sa première rencontre littéraire a eu lieu avec l’auteur de Fourreurs Nés, Hugo Drillski. Ouais, elle attaque sévère avec de la baise à la chaîne, l’univers porno, un bukkake XXL (merci Mec pour la trad) mais dans le fond, on sait qu’elle gère. Avant de lui proposer ça, on l’avait déjà entendu fredonner des chansons d’un groupe de rap qu’elle kiffe à mort.

Cela dit, elle nous a avoué que pendant sa lecture de ce roman-cul, elle avait plutôt dans la tête des tubes un peu plus Old School comme I Got 5 on It – The Luniz et Wet de Snoop Dog ou encore le mythique Window Licker d’Aphex Twin.

La stagiaire s’intéresse aussi de près au porno-féministe, s’interroge sur la place du sexe dans la société, aimerait que les travailleurs du sexe aient les mêmes droits que n’importe quel travailleur. Elle suit le blog d’ Ovidie de près, a vu (et nous en parlera peut-être) le documentaire de la réalisatrice A quoi rêvent les jeunes filles? Bref, on savait qui envoyer au charbon ce jour-là.

Ne pouvant se rendre à Lille pour la rencontre, c’est une interview faite via le téléphone qu’on va vous retranscrire ici. Alors, malgré l’heure de RDV précisée 72h avant, aucun des protagonistes n’avait pensé à filer son numéro à l’autre… C’est avec 4h de décalage sur l’heure prévue et un petit couac technique que notre apprentie journaliste a pu interroger l’auteur. Heureusement, son petit accent du sud a amadoué Hugo Drillski. Comme quoi, notre stagiaire possède deux/trois qualités. On se dit parfois que ses 500 boules par mois et ses 50% de pass navigo elle ne les vole peut-être pas.

Important: Voilà ici la partie de l’interview qui traite du bouquin et du métier d’écrivain.Il y aura une deuxième partie qui sera un portrait complet de l’auteur Hugo Drillski.

Ginette : Bon, on ne va pas se redire bonjour puisque on était sur Facebook. Je veux juste savoir si t’as pas d’écho désagréable à cause du haut-parleur.

Hugo Drillski : Non non, je suis aussi sur haut-parleur. Attends, j’tire la chasse.

Evidemment, dans une ambiance aussi détendue, la stagiaire n’a pas pris de détours inutiles pour cet entretien.

Ginette : Bon, en fait faut quand même que je te demande comment tu vas…

Hugo Drillski : Si on oublie la chaleur, tout va comme ça doit aller. Je buvais un pot avec un pote auteur, il écrit aussi chez Tabou Editions, on parlait de nos projets, c’était cool, puis j’suis rentré, pour te parler.

Ginette : Waouh. Et bien parlons ! On va commencer par le titre Fourreurs Nés. C’est ton titre de départ ou c’est une idée de l’éditeur ?

Hugo Drillski : Alors, à la base le bouquin s’appelait tout simplement Les Fourreurs. C’était un délire entre potes, dans nos grandes conversations on se demandait toujours « Alors, t’as réussi à fourrer hier ? », enfin ce genre de choses. Et comme je disais, c’est mon éditeur qui y a pensé car dans le livre il y a beaucoup de scènes qui passent par le prisme de la caméra et ça lui a rappelé le film d’Oliver Stone Natural Born Killers que du coup j’ai maté y’a pas très longtemps.

Ginette : Oui en français ça donnait Tueurs Nés. Je l’ai re-regardé justement après avoir lu ton bouquin.  Il a une bonne place dans ma DVD-thèque, j’ai dû le voir une centaine de fois.

Hugo Drillski : C’est marrant, je ne l’avais jamais vu. D’ailleurs je n’ai pas trop accroché. Bon, je m’étais endormi devant.

Ginette : C’est vrai que c’est un peu spécial même si moi j’adore. Si je ne te dis pas de conneries, après le film Quentin Tarantino qui a écrit le scenar n’a plus voulu travailler avec Oliver Stone. Je crois qu’il a trouvé ça pourri, mais à vérifier.

Hugo Drillski : C’est un peu épileptique…

Ginette : Soit, et on a clairement l’impression que le film ne finira jamais donc ça alimente le côté grotesque, mais je prends toujours du plaisir à le voir. Puis bon, le film donne même envie d’être amoureux (ndlr: poke Jérémie M.), mais ça c’est un long truc à développer alors on oublie. En même temps les références sont clairement expliquées sur la 4ème de couv.

Tu as écrit ça quand ?

Hugo Drillski : En 2013, entre septembre et mi-octobre, ça a pris 4 à 6 semaines.

Ginette : C’est peu de temps.

Hugo Drillski : Oui j’ai fait ça rapidement. Si tu te souviens, c’était la mode de Fifty Shades of Grey de E. L.James et de Juliette Society de Sasha Grey. Je me suis dit qu’il n’y avait pas de raisons que je ne puisse pas le faire donc je me suis lancé sur l’écriture du roman.

Ginette : Tu évoques d’ailleurs Sasha Grey dans le bouquin.

Hugo Drillski : Ah ça oui.

Ginette : J’ai un peu regardé ce que tu faisais, a priori tu écris depuis un bail. Fourreurs Nés c’était ton premier manuscrit long, roman ?

Hugo Drillski : J’ai toujours plus ou moins écrit. On va dire que jusqu’à mes 16 ans c’était à l’arrache mais après j’ai fait de belles découvertes comme Bret Easton Ellis, ça m’a bien sûr parlé, et j’ai vraiment commencé mais sans réelles convictions. J’essaie. On verra bien ce que ça donne. Je continue parce que j’y prends du plaisir.

Ginette : C’est pour ça que t’as lancé Contenu Explicite ?

Hugo Drillski : Oui. Je l’ai lancé il y a environ un an. J’écrivais, je faisais lire mais sans réel suivi, donc j’ai décidé de créer une sorte de communauté, un suivi. J’en profite aussi pour proposer des auteurs également.

Ginette : Parle-moi revue.

Hugo Drillski : J’ai eu comme expérience Cohues, je ne sais pas si tu t’en souviens. J’ai fait ça avec Mike Kasprzak. La revue existe toujours aujourd’hui mais je ne m’en occupe plus du tout. On s’est rencontré sur un forum avec Mike. On avait une même passion, on a pris contact sur Facebook puis on a créé ça assez rapidement.

Ginette : T’as été sur Cohues longtemps ?

Hugo Drillski : Environ six mois. A l’origine on était deux, puis trois, puis les délires étaient différents. Je suis parti de mon côté, Mike a créé Le Cafard Hérétique, et le troisième mec s’occupe toujours de la revue.

Ginette : Et là t’es passé directement à Contenu Explicite ?

Hugo Drillski : En créant Le Cafard Hérétique, Mike m’a proposé d’y écrire, ce que j’ai fait. Je suis passé à Contenu Explicite parce que clairement, une revue c’est bien mais c’est chronophage. Déjà être auteur ça prend du temps, mais si en plus tu dois lire 50 textes, organiser une promo sur le web, faire suivre des liens c’est beaucoup de temps. Mon délire à moi c’est écrire, après si un jour je n’ai plus d’inspiration ou si je n’ai que ça à faire mais franchement, j’ai déjà trop de choses à faire, écrire, les études et j’en passe. Après, comme je te disais, parfois que mets des auteurs en avant sur Contenu Explicite comme Isaiah Ory qui écrit aussi dans le Cafard.

Ginette : Oui, je suis lectrice du Cafard, je vois de qui tu parles.

Ton prochain bouquin s’appelle Fister l’Avenir, c’est ça ?

Hugo Drillski : Tout à fait. C’est dans les tuyaux. Je l’ai envoyé à Tabou. En fait, j’aimerais en caser trois. A la base c’est une trilogie : Fourreurs Nés c’est le remake d’un premier roman qui s’appelait Social Porn ; Fister l’Avenir(où Harold a une place prépondérante) c’est un remake d’un autre roman que j’avais appelé La Morale et le troisième ce sera Red Light Story et là on a toujours le narrateur de Fourreurs Nés et d’un autre ami à lui qu’on rencontre dans Fister l’Avenir. Le dernier volume ce sera dans une ambiance sombre, y’aura Amsterdam, une sorte de polar-cul.

Ginette : Comment tu te retrouves chez Tabou ?

Hugo Drillski : Comme je te disais, j’ai écrit ce roman en quelques semaines en sachant bien que je n’étais pas le nouveau Flaubert. J’étais plutôt dans le OK j’ai écrit ça en un mois, c’est la mode, j’ai envie d’être édité, d’être socialement reconnu comme auteur donc je le balance et on verra si ça marche. J’ai envoyé mon manuscrit ici et là : au bout d’un an j’ai eu quelques refus et des non-réponses. Tabou m’a répondu en décembre 2014, soit un an après que j’ai écrit mon manuscrit. A cette époque-là j’étais à deux doigts de mettre le roman sur la plateforme d’un pote (Organe Matrix) où l’on trouvait des nouvelles érotico-trash dans un style assez contemporain ou bien le mettre en autoédition en version numérique. Deux jours avant Tabou me contacte pour dire que mon manuscrit les intéresse et me demande si je cherche toujours un éditeur. Il m’a appelé au bon moment, trois jours plus tard j’aurais été dégoûté.

Ginette : Quand on voit la ligne éditoriale de Tabou, tu sors un peu du lot, non ?

Hugo Drillski : C’est vrai que le roman de fiction c’est pas ce qu’ils développent le plus. Leur truc c’est plutôt les guides sur comment trouver son point G ou bien s’attacher. Ils font aussi beaucoup de BD. Je ne pense pas que le roman de fiction soit une priorité pour le moment bien qu’ils fassent venir plusieurs auteurs. Je pense honnêtement que c’est en développement. Tabou c’est pas underground mais un peu confidentiel. Certains de leurs bouquins ont eu des papiers dans la presse féminine. Au départ leurs romans s’adressent à des 35/45 ans je pense donc forcément je dénote un peu dans la « faune » de Tabou.

Ginette : Y’a pas beaucoup de presse pour le moment sur le bouquin, j’ai pas l’impression qu’il y ait une grosse promo. Par contre, on trouve le bouquin partout.

Hugo Drillski : J’avoue que pour la presse je ne sais pas. Peut-être à la rentrée. Y’a un service presse mais comme je te le disais, je sors un peu de leur cadre habituel, c’est un premier roman chez des indépendants, j’imagine qu’ils ne gagnent pas d’argent voire même qu’ils en perdent. Moi je suis édité, je suis déjà très content. En revanche, comme tu le soulignes, il y a une bonne distribution. On le trouve partout en ligne mais aussi en physique dans les librairies, à Lille on le trouve aussi au Furet.

Ginette : Certes. Ils perdent peut-être de l’argent sur un roman, mais ils en gagnent forcément avec leurs guides pour apprendre à sucer ou à assumer le bondage ! Et n’y vois là aucun jugement de valeur sur leurs éditions, quand j’avais 15 ans j’étais bien contente de tomber sur ce genre de bouquins qui expliquent comment faire pleurer un mec de bonheur en maîtrisant l’art de la fellation. Contente pour toi que tu sois content d’être édité, si ils ont un service presse c’est que ça doit bosser mais bon pour l’instant y’a rien de très visible. En même temps, si c’est à l’image de l’investissement fait pour la couverture… Pardon, c’est plus fort que moi, je me doute bien que t’as pas eu ton mot à dire pour la couverture mais moi j’ai deux trois trucs à leur dire sur cette couverture parce que je trouve qu’elle ne te rend pas service, loin de là. Alors OK, le titre est ce qu’il est, on a bien conscience qu’on est chez Tabou Editions et ça ne me pose aucun problème de lire un bouquin qui s’appelle Fourreurs Nés, mais bordel, la couverture… Non sérieusement ? Je suis rarement emballée par les couvertures de bouquins mais celle-ci… Je vais être honnête, j’avais vu la couverture du livre circuler sur les réseaux sociaux et si on ne me l’avait pas envoyé, jamais je ne l’aurais acheté. Et le pire, c’est que j’aurais eu tort car le contenu est au-dessus de ça. Par curiosité, je suis allée sur le site de l’éditeur, et franchement, y’a plus classe quand même… C’est pas toujours très élégant, mais c’est rarement aussi cheap que cette couverture-là. En réalité, je ne sais pas quel est le public visé, mais je pense que le roman méritait mieux que ça. Et quand on bloque sur la couverture, ben on s’arrête aussi sur les coquilles concernant la mise en page etc. Lancer un jeune auteur de 23 ou 24 piges c’est super bien et bravo, d’autant plus qu’on sent que tu en as en a sous le sabot mais concrètement, je me suis demandé dans quelle mesure ton travail d’auteur avait été pris au sérieux. Tu ne peux que progresser et densifier ton style. On te sent certes parfois hésitant, on se demande occasionnellement si tu assumes totalement ce que tu écris, mais il s’agit de petites choses à rectifier. Pour être sûre que le problème ne venait pas essentiellement de moi, j’ai tenté une expérience. J’étais à Paris, dans une salle de concert, il y avait deux groupes de rock. Le public était essentiellement composé de mecs. Je leur ai demandé de poser avec le bouquin, en leur assurant qu’on ne verrait pas leur visage. Je me suis pris une quinzaine de refus. Au final c’est une nénette que je connais (merci Carole) qui a fait la photo. Je pense que ça résume tout ! Mais bon, j’arrête là car au final c’est ton contenu qui m’intéresse. Mais merde ! Bon si, j’en rajoute une couche : lire ça quand t’es une meuf sur un banc dans un jardin public, ben t’es sûre d’attirer tous les vicieux du parc. Et comme je le disais, oui le livre fait dans le cul, oui y’a du hardcore, mais c’est pas seulement ça, c’est aussi une photographie de la société dans laquelle on vit. Bref.

Hugo Drillski : Elle se comprend la couverture. Fourreurs Nés versus Tueurs Nés, on est dans les 90’s, look un peu punky. Après on est dans une autre culture de l’image, on n’a pas le même âge que l’éditeur et son public. J’ai été surpris qu’on me mette en commentaire sur Amazon par exemple que la couverture avait donné envie de lire le bouquin et c’est tant mieux. C’est sûr que par rapport à d’autres livres qu’ils éditent, ma couverture est moins sobre. Tu sais moi je n’ai aucune prétention sur un livre écrit en quelques semaines. Après c’est certain que si j’avais pu faire la couverture j’aurais proposé autre chose.

Ginette : Ce que je veux dire Hugo, c’est qu’en voyant la couverture, je m’attendais à ce que ce soit bien plus mal écrit alors forcément j’étais agréablement surprise, c’est peut-être là l’essentiel même si je reste convaincue que le décalage contenant/contenu ne te rend pas forcément service. Après, c’est mon côté relou de meuf qui a une éducation à l’image approfondie parce qu’elle a étudié ça.

Hugo Drillski : Tu parles du contenu mais avouons qu’il y a de la vulgarité.

Ginette : C’est évident ! Enfin moi j’appelle ça aller droit au but.

Hugo Drillski : On n’est pas dans la grande classe quand même dans ce bouquin.

Ginette : Soit ! Mais c’était pas le but j’imagine. Puisqu’on parle de classe : t’en connais beaucoup des Cécile ?

Hugo Drillski : Ahaha ! Ben oui. Cécile n’est pas le vrai prénom mais pour la créer je m’inspire d’histoires fortes que j’ai vécues. Bien entendu j’extrapole, je suis un humain lambda, je n’ai pas été dans du glauque comme mon narrateur mais t’as une bonne base de réel dans le comportement de Cécile.

Ginette : T’as des copines sympas quand même parce qu’une éjaculation faciale au premier RDV… Waouh t’as dû être content ! Cela dit, ça pose le cadre.

Hugo Drillski : Tout le roman s’articule autour d’un combat de fiertés. C’est un combat d’égos de deux personnes qui se font surprendre l’une par l’autre. Au final, c’est un roman féministe.

Ginette : Elle prend le pouvoir. Elle enchaîne les expériences mais garde le contrôle y compris dans l’humiliation, c’est lui qui est accro et qui souffre de la relation donc ouais possible.

Hugo Drillski : Il pense mener le jeu mais il se fait bien malmener.

Ginette : Au début du bouquin tu racontes un truc du genre « la pipe c’est la métaphore de la lutte pour l’égalité ».

Hugo Drillski : Ça fait partie des considérations parfois misogynes voire limites du narrateur. La position prise est extrême mais elle n’est pas un non-sens.

Ginette : Et tout le bouquin est comme ça. On ne va pas trop en dire pour ne pas spoiler, mais j’aimerais qu’on fasse un arrêt sur image sur cette scène finale complètement loufoque et surréaliste. J’ai eu mille images qui sont venues envahir mon esprit. De la scène de partouze dans Le Parfum de Süskind à la scène de « cul à cul » dans Requiem for a Dream d’Aronovski le tout dans une ambiance snuff movie/real TV/ dark web.

Hugo Drillski : Un film qui m’a bien inspiré c’est A Serbian Film réalisé par Srdjan Spasojevic. L’as-tu vu ?

Ginette : Pas encore. (ndlr : depuis l’interview, la stagiaire a maté ce film un soir de canicule et WTF : mega trauma mais putain de film!)

Hugo Drillski : Il faut que tu le voies alors. Au-delà de l’aspect glauque et malsain, l’esprit m’a marqué. (ndlr : tu m’étonnes mec !)

Ginette : En fait quand le narrateur se fait kidnapper par les deux amazones on s’attend…

Hugo Drillski : … à un torture-porn ?

Ginette : Oui. Tes héros c’est un peu des tocards.

Hugo Drillski : Oui, comme le dit le résumé, ce sont des losers. Ces gens ont une haute opinion d’eux-mêmes avec des esprits empoisonnés par la société de l’image, le porno par exemple. Ils sont victimes des styles de vie vendus dans les clips de rap hyper bling-bling avec argent facile, nanas faciles… Ils grandissent et vivent dans cette société otage de l’image où les seules limites sont celles de l’imagination. Ils ont la vingtaine entamée, professionnellement ils ne sont pas grand-chose, socialement oui ils baisent des meufs mais n’ont aucune valeur. Les héros sont imbuvables. Harold n’a comme seul argument la taille de son sexe. Le roman est drôle mais très pessimiste.

Ginette : Tu connais le film Génération 90 ? Dans ce que tu dis, y’a de ça qui est dépeint et quand on le revoit aujourd’hui, on se dit que les No Future des 70’s sont vécu par la génération 90. Le film est ce qu’il est mais ce malaise ambiant, ces difficultés à passer des caps et à entrer dans une vie professionnelle en sortant de la fac, ces difficultés à construire des relations ou à les assumer… Personne n’a vraiment sa place où que ce soit, chacun cherche où il doit être tout en voulant rejeter le modèle dans lequel il baigne.

Hugo Drillski : Je ne connaissais pas non. Y’a un aspect génération perdue. Dans Fourreurs Nés il y a ces gens qui cherchent à se distinguer tout en se conformant. Du coup ils finissent forcément dans un cul-de-sac car plus ils pensent d’émanciper et plus ils ressemblent au contraire de ce qu’ils voudraient être pour la simple et bonne raison que la société c’est pas un clip de rap.

Ginette : Il suffit de regarder les hipsters parisiens pour comprendre.

Hugo Drillski : Oui, ils cherchent à s’émanciper et finissent par tous se ressembler.

Ginette : Comparé à tes héros, DSK c’est un gros puceau. (ndlr : la stagiaire nous a annoncé que DSK avait ouvert un compte twitter qu’elle suit en espérant de pures punchlines, l’auteur vient de Lille, le Carlton y est en bonne place, bref, association d’idées pourries complètement assumée)

Hugo Drillski : Grave.

Ginette : Harold c’est un hommage à Selby ou bien je rêve Selby ? (ndlr : In Selby Jr we trust à la rédac)

Hugo Drillski : Rien à voir. Le narrateur est inspiré de manière caricaturée de moi et c’est pareil pour Harold qui est l’inspiration de mon meilleur pote qui ne s’appelle pas Harold mais presque.

Ginette : A un moment dans le livre on peut lire : « Être écrivain aujourd’hui c’est comme être handicapé mental sous le IIIème Reich. ». Dissertons-donc !

Hugo Drillski : Le métier d’écrivain est un peu désuet. Enfin si on ne le repense pas, on peut se dire que devenir écrivain aujourd’hui c’est un peu comme décider de faire carrière dans les reliures à la main ou éditer ses livres de façon manuscrite… Tout le roman traite de l’image, écrire un roman sur l’image c’est peut-être un peu décalé. Et la référence avec les handicapés mentaux sous le nazisme c’est juste pour dire que c’est compliqué.

Ginette : On parle statut de l’auteur ?

Hugo Drillski : Pourquoi pas. Déjà quand t’es auteur, éditer en indé n’a pas le même sens que se produire en indé dans le milieu de la musique. Le monde du livre est toujours très traditionnel malgré les nouveaux supports qui peinent à se développer en France notamment. Dans le livre si tu dis que tu es écrivain et que tu t’autoédites tu fais marrer tout le monde : la seule chose que se disent les gens c’est que t’es indé parce qu’on ne veut pas de toi. Et quand tu trouves un éditeur, tu touches 8%, c’est difficilement viable avouons-le. En revanche, dans le monde de la musique, la connotation est tout autre. Réussir en indé ça a plus de gueule dans ce monde-là. C’est même souvent plus valorisant.

Ginette : Non mais peut-être qu’un jour on va se pencher sérieusement sur une révision du droit d’auteur. Alors, je m’excuse pour cet aparté mais je glousse dans je sais qu’il y a droit d’auteur jusqu’à 70 ans après la mort mais que de son vivant l’auteur touche 8%. C’est de son vivant qu’il a besoin de bouffer et payer son loyer, de ses ayants-droit on s’en tamponne un peu. Qu’ils perçoivent un meilleur pourcentage quand ils sont vivants, et qu’on baisse cette durée de 70 ans qui est totalement loufoque. Mais bon, j’ai bien conscience que Fleur Pellerin and Co se fichent de ce que je peux penser !

Hugo Drillski : En même temps ça ne m’étonne pas que ça ait du mal à se réformer dans le monde du livre, ça reste traditionnel. Dans les autres milieux comme le cinéma ou la musique, les évolutions se font lentement mais se font malgré tout or ces évolutions se font parce que le piratage existe et qu’il est pratiqué de manière intensive dans ces domaines-là. Le monde du livre ne se remet pas en question au même titre qu’eux parce qu’il pense que le livre est moins soumis au piratage.

Ginette : En France on utilise peu les formats électroniques pour le moment mais en Espagne, en Grande Bretagne, aux Etats-Unis on estime qu’un livre sur trois ou un livre sur quatre acheté l’est sous format électronique, donc la question du piratage va et doit se poser également. En même temps, avec une liseuse je n’aurais pas focalisé sur la couverture !

Hugo Drillski : Tout est dit.

Partie 2

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