* Abou de flish * #GillesBotineau

Tu vas dire que j’évoque souvent ma pote Pam mais il se trouve que nos chemins se croisent souvent. Elle fait partie de ces gens qui adorent organiser des soirées et j’fais partie de ces gens qui ne demandent pas leur reste quand on leur en propose une. Je participe à l’un d’entre elles il y a presque un an, une sorte de brunch de Noël où les règles étaient simples: boire et manger jusqu’à l’épuisement… Alors forcément, dans ces ambiances-là y’a un peu tout le monde qui parle à tout le monde d’à peu près tout et n’importe quoi. Et, à un moment très précis, j’entends un gars demander à un autre: « Alors ce bouquin, il sort quand? ». Je m’incruste: « Ah ouais t’as écrit un bouquin? Quel genre raconte! ». Le gars me répond: « Tu connais Aldo Maccione? ». D’un coup je sens que dans ma tête ça fait des chocapics et là, le surmoi faiblissant au fur et à mesure que le taux d’alcool montait dans le sang, je me mets à chanter et à danser (dans ma tête, car je ne danse que dans ma tête):

Puis j’lui dis que d’un coup y’a une vague de nostalgie qui s’empare de moi, parce que oui, c’est facile et réducteur d’associer Aldo – A L D O – Maccione à une pub pour Carambar alors que le mec a quand même jouer pour Claude Lelouch et quelques autres. Aldo c’est l’acteur populaire au propre comme au figuré, au point où son prénom est entré dans le langage courant: « Faire son Aldo ».

Le livre que nous propose Gilles Botineau et qui est paru au mois de juin est une lettre ouverte à l’acteur. Il présente sa biographie mais surtout toute l’admiration et la passion qu’il ressent pour lui. Opération réhabilitation?

Aldo Maccione la classe! de Gilles Botineau, préface de Claude Lelouch, aux éditions Christian Navarro.

Aldo Maccione la classe! de Gilles Botineau, préface de Claude Lelouch, aux éditions Christian Navarro.

Rencontre

°°° Gilles Botineau, journaliste, auteur, réalisateur °°°

Gilles Botineau, journaliste, auteur

Ginette : Salut Gilles. Tu viens d’écrire un livre sur un acteur que tu chéris, Aldo Maccione. Quel est ton métier ?

Gilles Botineau : Le métier qui me fait vivre c’est journaliste. Après, je me définis plutôt comme scénariste et réalisateur, un peu producteur car je développe mes propres projets. J’ai des passions qui m’animent mais ne me font pas vivre. A côté de ça y’a le journaliste, qui m’intéresse vraiment et qui me permet d’avoir un salaire. Je précise quand même qu’il s’agit de journalisme ciné et culturel donc ça ne m’éloigne pas du tout du monde qui me passionne, au contraire. C’est un apport, un complément qui me permet de rencontrer du monde, créer des réseaux et élargir ma culture. Ca nourrit mon écriture, mes projets.

Ginette : Peux-tu me décrire ton parcours ?

Gilles Botineau : Assez classique. J’ai un bac littéraire – j’ai toujours eu un goût pour l’écriture – et j’ai enchaîné avec un DEUG D’Arts du Spectacle à Angoulême, histoire d’avoir un apport théorique, c’était vraiment dans le but d’acquérir une culture car le DEUG même à l’époque où il existait ne servait pas à grand-chose.

Ginette : Ayant moi-même poursuivi des études d’arts du spectacle je ne te dirai certainement pas le contraire. Cela dit, ça m’a permis de poser des bases théoriques et de m’intéresser à d’autres arts.

Gilles Botineau : Clairement, ça a cette fonction.

Ginette : Tu t’es arrêté là ?

Gilles Botineau : Non, j’ai ensuite été pris dans une école de cinéma 3IS. Le DEUG m’a permis de bien réfléchir à ce que je voulais faire. On sait que les écoles de cinéma coûtent très cher, alors on essaie de ne pas se tromper. C’était une école en trois ans, on avait de la pratique, ça changeait de la fac, on se confrontait à des réalités. C’était bien mais surtout la dernière année était consacrée aux projets et concrètement, ça permettait de poser quelque chose sur le CV. On devait faire une fiction en pellicule et un documentaire en numérique. Je ne regrette pas ce choix.

Ginette : Comme un book pour un photographe ?

Gilles Botineau : Exactement.

Ginette :Tu étais déjà attiré par le documentaire ?

Gilles Botineau : Pas du tout. Je ne pensais même pas en faire à la base. Je suis très intéressé par des tas de sujets, la politique, l’écologie mais je ne me voyais pas travailler ce format-là. Pour le projet d’école je n’avais pas le choix et finalement c’était bien car ça m’ouvrait à autre chose. J’avais choisi de travailler sur un docu-fiction : c’est passé. Le sujet était dans la présentation des rapports amoureux hommes/femmes depuis la préhistoire, c’était très ambitieux. J’ai fait ça en 2006 ça commence à être vieux. Après, ce qui m’a réellement amené vers le documentaire c’est le journalisme. Au bout de quelques temps, tu te rends compte que tu interviewes toujours les mêmes, tu tournes en rond ! En trois ans j’ai interviewé trois fois Franck Dubosc, il a beau être très sympa il n’empêche que tu tournes en rond. A côté de ça, il y avait un tas d’artistes que j’adorais et qu’on mettait de côté, et bien l’évidence m’a conduit à aller du côté du documentaire. Je précise quand même qu’en sortant de l’école je suis allé vers la production, puis la régie. J’ai rencontré Patrick Timsit avec qui j’ai sympathisé, et comme j’étais régisseur il y avait une proximité de fait. Il m’explique qu’il cherche un nouvel assistant pour son nouveau spectacle, je l’ai suivi un an en tournée. En parallèle je continuais à écrire, faire des courts-métrages. J’ai ensuite eu l’occasion de devenir chroniqueur sur un site qui s’appelait DVDrama qui était une institution à l’époque. Il leur fallait quelqu’un spécialisé dans le ciné français car ils étaient quand même plus portés sur le cinéma étranger (américain, asiatique). J’y suis resté presque huit ans. Le site est devenu Excessif.com qui a été racheté par TF1 et j’ai travaillé pour TF1. Je n’avais aucune formation de journalisme et avec le recul je me dis que c’était une chance. Je ne connaissais pas l’art de l’interview, j’y allais comme je sentais et ça marchait plutôt bien car je sortais des cases toutes faites et formatées de l’interview ciné. Bien entendu il y a toujours des questions promotionnelles : est là pour vendre le film ! Mais sortir des sentiers battus plaisaient aux artistes que je rencontrais. Savoir comment s’est passé le tournage et si « machin » est sympa dans la vraie vie… Mouais… Non quand j’ai un Poelvoorde face à moi, je préfère y aller à la déconnade et tenter de creuser le personnage de la sorte. Au final y’a des personnes comme Jaoui qui ont appelé mes supérieurs pour dire que je faisais du bon boulot. Berléand a même envoyé chier son attachée de presse qui trouvait mes questions trop longues alors qu’il les trouvait pas mal. Et ça, ça m’a donné l’envie de poursuivre, de continuer, de creuser. C’est comme ça que j’ai travaillé sur Aldo Maccione.

Ginette : Allons-y, parlons d’Aldo !

Gilles Botineau : Je voulais donc réaliser un documentaire sur cet acteur que j’aime vraiment. J’ai commencé un tas de démarches, contacté son agent mais je n’ai jamais eu de retour. Aldo est un vieil ours qui va fêter ses 80 ans. Il a été maltraité par ce monde du cinéma, quand il a quitté ce milieu, il n’était pas très heureux. Et j’imagine qu’il est méfiant. Mon livre c’est une lettre ouverte à Aldo, une lettre qui lui montre que je l’aime, je suis bienveillant, rien de mal n’émane de moi, je suis fasciné par votre parcours, je souhaite vous rencontrer et je l’espère faire un documentaire sur vous. Rien d’autre.

Ginette : C’est une très longue lettre !

Gilles Botineau : Oui, elle tient dans un livre.

Ginette : Est-ce que c’est pour ça que ce livre n’a rien d’académique et qu’il est écrit simplement, dans un style très frais ?

Gilles Botineau : L’académisme c’est tout ce que je voulais éviter. Une biographie wikipedia c’est pas trop mon style. Certes tu apprends des choses mais c’est stérile. Ensuite, l’académisme… Tu sais quand tu prononces « ALDO MACCIONE » le premier mot accolé c’est « RINGARD » et ça m’est insupportable, je déteste ce mot. Qu’on n’aime pas soit. Le traiter de ringard c’est non. Que ces gens qui le méprisent tentent de faire sa carrière! J’avais envie de prendre sa défense. C’est un plaidoyer, je suis donc je m’inclue dedans d’où le style utilisé. Mon ambition était de dire « Non Aldo Maccione n’est pas le ringard que vous décrivez ! ». Il a toute une page sur Nanarland. Après, j’suis pas d’accord avec leur définition du nanar. Pour moi ils confondent ou mélangent comme tu veux « nanar » et « navet » ce qui est différent.

Ginette : Le nanar peut-être un très bon film.

Gilles Botineau : Pas le navet. Alors oui Aldo a fait quelques nanars, c’est l’époque qui voulait ça ; Galabru aussi.

Ginette : Pour info Max Pécas tu le mets où ?

Gilles Botineau : A deux doigts du navet. Zéro style. Zéro histoire. Zéro gag. Décor : Saint-Tropez et nanas à poil. En revanche y’a un bon documentaire sur lui avec images d’archives et ce qui est sûr c’est que le mec n’avait aucune prétention si ce n’est faire du fric et basta. Le personnage devient sympathique quand on a vu le documentaire et ça permet de réévaluer de film et là tu te dis « OK le mec a juste embarqué ses potes et a gagné sa vie de manière très sympathique ! ». Pourquoi s’en priver ? Tu as le droit de n’avoir aucune ambition.

Ginette : En réalité, ce dont je voudrais parler c’est de comment on l’a perçu et si c’est du mépris ou de la boutade. Quand tu m’as dit que tu écrivais sur Aldo, j’ai été la première à te chanter la chanson de la pub Carambar. Je ne suis pourtant pas « hostile ». En fait, pour moi Aldo c’est lié à mon enfance, l’évoquer ça me fait sourire, j’aimais beaucoup gamine. Certes ce n’était pas Gérard Philippe, le dire ce n’est pas forcément le mépriser. En revanche, je pense qu’il existe bien un mépris du cinéma que l’on dit « populaire » et qu’il existe aussi un mépris des « intellos » du ciné. Il a été une vraie star populaire.

Gilles Botineau : Oui mais ça on l’oublie car ses films ne passent pas à la télé, y’a pas de DVD et ceux qui parlent de lui le traitent de ringard.

Ginette : Penses-tu qu’il s’agisse d’un mépris de genre voire de classe ?

Gilles Botineau : Dans son cas oui. Après il y a des exceptions. Je pense à Louis de Funès. Aujourd’hui on parle de génie ce sur quoi je suis d’accord, à l’époque il en a pris plein la face. Idem Pierre Richard. On l’a dégommé, aujourd’hui il a 20 pages dans Les Cahiers du Cinéma. Même lui en rit. Aldo n’a pas connu cette évolution par les penseurs du cinéma. En même temps, on a décrié de Funès mais il jouait dans des films de Gérard Oury qui lui n’était pas mal considéré. Aldo Maccione n’a pas de film fort hélas, à part peut-être L’Aventure c’est l’Aventure ou Mais où est donc passée la 7ème Compagnie ? Mais il apporte quelque chose d’indéniable même avec un côté dragueur, bebête… Mais vraiment il n’est pas que ça. Regardez ses film, intéressez-vous à lui, son parcours, il le mérite.

Ginette: Merci Gilles !

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