Cover Girl, ou pas? #CélineTolosa

Photo © Ella Hermë

Il y a quelques semaines de cela, on envoyait notre stagiaire dans le 19ème pour s’entretenir avec une jeune parisienne qui  écrit, compose et interprète ses textes. On était intrigué à la rédac par ses clips un peu loufoques, par son style « rétro-néo-quelque chose », et par cet évident amour qu’elle a pour le cinéma.

La stagiaire, en plus de se faire offrir deux cafés sous le soleil de Paname par Céline Tolosa,  nous a rapporté une petite interview dont elle a le secret.

RENCONTRE Ginette x Céline Tolosa

Ginette : J’ai très envie qu’on parle de ta pochette, elle est sublime !!! Qui est le responsable ?

EP Céline TOLOSA

Céline Tolosa : C’est un graphiste qui s’appelle Mathieu Persan que j’ai rencontré par le biais de mon manager. J’avais vu pas mal de ses illustrations dans un magazine qui s’appelle GONZAI. Oliver mon manager m’a dit de regarder de près ce qu’il faisait, il trouvait ça très très beau. Et en effet, ce mélange à la fois très rétro et très moderne avec un style que l’on reconnait tout de suite. Je me souviens d’un travail qu’il avait fait sur MAD MEN avec des teintes et un style très particulier. Un côté vintage assumé que l’on pouvait un peu assimiler aux publicitaires des 60’s, l’époque où les affiches étaient si travaillées qu’on se moquait presque du produit vendu, l’affiche en elle-même se suffisait presque. Je suis tombée amoureuse du travail de cet artiste. Il avait fait la pochette d’un artiste qui s’appelle REZA. On s’est contacté, je lui ai présenté mon projet, mes chansons. On a discuté une heure devant un café et le soir-même j’avais l’ébauche de ce que tu as devant les yeux.

Ginette : J’ai vu que tu étais passée par le crowfunding pour réaliser l’EP.

Céline Tolosa : Par Microcultures. C’est une petite structure indépendante, spécialisée dans la musique. Ils sont venus vers moi. Je les avais rencontrés par le biais d’une session acoustique où l’on avait fait une captation vidéo. On pensait à un EP mais la question du financement se pose forcément. On a lancé une campagne sur 6 semaines. C’était rapide, je n’avais pas envie de démarcher, passer du temps à chercher des labels, des maisons de disque qui ne font d’ailleurs pas de développement de projet. Et j’ai un petit public qui me suit, et j’aimais l’idée de faire participer les gens sans avoir l’impression de racketter mais plutôt dans l’idée « Devenez mon producteur ! ».

Ginette : T’as une solide formation artistique d’après ce que j’ai pu lire ici et là.

Céline Tolosa : J’étais au conservatoire quand j’étais enfant. J’ai fait beaucoup de musique. J’allais à l’école le matin et au conservatoire l’après-midi, c’était super. J’étais dans un chœur d’enfants un peu professionnel. On chantait au Châtelet, à l’Opéra Bastille. C’est quand même génial. Cependant, j’avais dans l’idée d’être comédienne. J’aime le théâtre, le cinéma, j’ai des parents dans le milieu artistique aussi. J’avais cette envie de jouer la comédie : j’ai pris des cours de comédie tout en continuant le chant jazz avec Christiane Legrand.

Ginette : Un lien avec Michel Legrand ?

Céline Tolosa : C’est sa sœur. Elle était membre des Swingle Sisters ou des Double Six. Elle a doublé beaucoup de films de Jacques Demy. Donc je disais, j’ai fait du chant, de la comédie, j’ai commencé à tourner mais je n’étais pas vraiment heureuse.

Ginette : Pourquoi ?

Céline Tolosa : Je ne sais pas. Attendre près du téléphone, courir les castings… Je n’avais pas envie de ça, ça ne correspondait pas à ce que je voulais. Trop d’attente. Puis tu te retrouves à jouer pour la énième fois la baby-sitter dans une série de merde pour TF1 : je n’avais pas choisi les cours de théâtre pour ça. Je tournais peu et j’avais du mal à me dire que j’étais comédienne en ayant trois jours de tournage par là, deux par ici. Des comédiennes de moins de 20 ans il n’y en a pas beaucoup mais quand tu passes la barre il y en a tout de suite plus. Et je ne trouvais pas ma place, mais ça te fait comprendre si oui ou non tu es fait pour ça. Au final, ce n’est pas parce qu’on est fan de théâtre et de cinéma qu’on est fait pour en vivre. Assez naturellement je me suis détournée de ça, je suis revenue aux premières amours, à savoir la musique. J’ai fait de très belles et bonnes rencontres, très très importantes. Les choses se sont passées bien mieux, comme si il y avait quelque chose de l’ordre de l’évidence. Moins de souffrance, les choses étaient bien plus simples, j’avais envie d’écrire j’écrivais, j’avais envie de composer je composais. J’avais besoin de personne. Il y avait de la joie, du bonheur dans cette liberté de pouvoir créer ses choses que je ne vivais pas comme comédienne. Par contre, je ne ferme pas la porte à ce monde-là.

Ginette : Sur ta chaîne Youtube on voit des extraits de courts-métrages.

Céline Tolosa : Ils ont été un plaisir à tourner, mais je n’ai pas cette énergie pour ça. Je n’irai pas lutter contrairement à la musique.

Ginette : On peut dire que tu es auteure/compositeur(e ?)/interprète ?

Céline Tolosa : Auteure/Compositeur(e ?)/Interprète. A haute-voix ça fait très classe (rires). Je travaille en binôme avec Dino Trifunović qui signe avec moi toutes les chansons. Un vrai travail d’équipe. C’est une rencontre vraiment importante. Il m’a aidé à prendre confiance, à me révéler. C’est une des première personne à avoir lue mes texte, écoutée mes ébauches de chansons. Il a son groupe qui s’appelle Van Gogh Superstar.

Ginette : Rien que le nom je le trouve terrible !

Céline Tolosa : Mais il l’est ! On a les mêmes influences musicales, ça aurait été bête de ne pas les mettre en commun.

Ginette : C’est une rencontre-tournant ?

Céline Tolosa : Totalement. Il est l’élément déclencheur. Il a réalisé le disque, c’est un formidable directeur artistique.  On s’apporte beaucoup, je peux écrire pour lui, il y a énormément d’échanges. Le projet s’appelle CELINE TOLOSA mais il est avec moi, m’accompagne sur scène, s’occupe des arrangements, a mis beaucoup d’ordre dans mes chansons qui étaient bien brouillonnes au début. C’est mon binôme.

Ginette : Tu es rapidement montée sur scène je crois.

Céline Tolosa : Oui, dès qu’on a eu quelques chansons. L’idée était de jouer tout de suite pour trouver un public, trouver des gens, se confronter à la réalité du terrain, tester les chansons sur scène, parce que c’est bien joli de sortir un disque mais encore faut-il montrer tout ça. N’oublions pas que de nos jours les disques ne se vendent pas très bien, on ne sait pas comment ça fonctionne, quoi faire : digital ? pas digital ? vinyle ? En revanche, les gens vont aux concerts, donc faut aller jouer.

Ginette : J’ai écouté très attentivement tes titres, et pour moi, l’évidence c’était : c’est le disque d’une nana qui aime le cinéma. C’est tellement évident, ça coule de source. J’avais l’impression d’être avec Tati/Demy/Legrand. J’étais avec Monsieur Hulot, avec Les Demoiselles de Rochefort. J’étais quelque part entre la nouvelle vague et malgré tout 2015, parce que bien qu’on soit dans de esthétique vintage, c’est pas de la musique des années 60 que tu fais. C’est du « néo » quelque chose. Il y a un esprit, une culture pop sixties mais à la sauce 2015, ça n’en fait pas un pastiche de nostalgique, c’est plus une culture qui a été assimilée, si bien assimilée qu’elle peut s’entendre, se deviner, sans être un élément central. C’est plus de l’emprunt, de l’allusion que de la citation.

Céline Tolosa : Si tu as ressenti et compris ça, je ne peux que m’en réjouir car c’est ça. Tout ce dont une parle fait partie de mes références, mes influences tout en ayant une production hyper moderne, dans l’air du temps. Je ne voulais surtout pas que ce soit du rétro sentant la naphtaline. Sur le cinéma dont tu parles, je suis une amoureuse des films. Je peux regarder des films au kilomètre. Il y a tout un cinéma qui est très important pour moi : ça s’entend, ça se voit. La Nouvelle Vague bien sûr, mais pas que, tout un cinéma d’avant guerre aussi. J’aime Arletty, ce cinéma français. Le cinéma m’inspire. Dans le fait d’écrire des chansons c’est bien sûr le fait de raconter des histoires que j’envisage presque comme des courts-métrages.

Ginette : Tu as une écriture très visuelle. J’avais l’impression d’écouter avec les yeux.

Céline Tolosa : Je suis très contente que tu l’aies ressenti comme cela. Par ailleurs, comme j’écris en français, il y a ce quelque chose d’immédiat.  Pour moi c’est important que les gens comprennent l’histoire que je raconte. En anglais, si tu n’es pas complètement bilingue tu reçois une énergie, une atmosphère. En français, tu entends le récit de l’histoire, et pour moi la voix doit être mise en avant, pas se noyer dans un flot de musique.

Ginette : J’ai aussi trouvé intéressant le décalage entre la musique et les paroles. Je m’explique : il y a des textes un peu triste, mais la musique donne quand même envie de se dandiner. Il y a une légèreté dans la musique qui pondère/équilibre le texte. Quand je dis légère je ne dis pas surfaite, superficielle. Je n’utilise pas « légèreté » au sens péjoratif. Et le texte lui, n’a rien de léger, tu racontes, y’a un propos. C’est très faussement ingénu.

Céline Tolosa : Parce que sous mes airs candides je ne suis pas ingénue ! Et ce que tu dis, c’est ce qui me ressemble. J’aime les choses douces-amères. Dans la vie y’a rarement du noir et blanc, il n’y a presque que des demi-teintes. Et tu peux dire des choses très graves sur un ton léger et inversement.

Ginette : Une chanson que j’ai trouvée sur Youtube : Bahia ! C’est celle que j’ai le plus écouté. Et elle a tout ce dont je te parle.

Céline Tolosa : C’est une petite bossa nova qui justement, est un style musical qui définit tout ce qu’on dit là. C’est triste mais également doux et lumineux. Elle sera sans doute sur un prochain disque, j’espère qu’elle sera gravée. Je l’aime beaucoup, je l’ai écrite en pensant à une copine à moi. C’est l’histoire d’une copine à moi en fait, je lui ai piqué son truc ! Et c’est devenu Bahia.

Ginette : Qui réalise tes clips ? Il y en a trois : Tu es Fantastique, Cover Girl et Rue Mansart.

Céline Tolosa : J’en voudrai un 4ème pour boucler la boucle. Mais j’fonctionne pas dans l’ordre : faudrait faire un clip pour annoncer un morceau, moi j’ai sorti l’EP y’a quelques mois et je voudrais encore sortir un clip… C’est bordélique !

Ginette : Mais non, le bordel n’existe pas. Il ne faut pas prendre les choses indépendamment les unes des autres, il faut prendre ça de loin, avec un spectre large, et tu verras on en dira que c’était hyper conceptuel ! Alors, qui réalise ?

Céline Tolosa : J’ai eu deux réalisateurs. Rue Mansart c’est un ami, Maxime Jouan. Il est réalisateur, a fait beaucoup de reportage, travaille avec TV5. Il fait peu de fictions mais a réalisé deux courts-métrages. Je lui ai demandé de me faire un clip, il a réalisé Rue Mansart. J’ai la chance d’avoir autour de moi des gens pourvus de talents différents et je peux les solliciter à l’envie. Mon cousin a réalisé Tu es Fantastique et Cover Girl. Il bosse dans la pub. Il a eu envie de réaliser, moi j’aime bien les clips « faits à la maison ».

Ginette :Tu es fantastique est formidable !

Céline Tolosa : Mais oui : fond vert, one shot, danse n’importe comment, on verra près ! Après, y’a plusieurs choix : relancer un crowfunding pour avoir un budget et un super clip bien léché. J’adorerais avoir 20 000 euros pour faire ça ! Mais faire les choses à sa manière, avec les moyens du bord, n’enlève en rien à la créativité. Je suis aussi très contente de Cover Girl. On a bien bossé, bien rigolé. C’est beau, honnête, appliqué, tendre. Et même sans moyens énormes, on montre nos talents, nos énergies, nos volontés. Il ne faut surtout pas avoir honte de ne pas avoir de moyens !

Ginette : Tu évoques Cover Girl, vas-y raconte l’histoire !

Céline Tolosa : Cover Girl ? L’idée m’est venue en feuilletant des magazines à la con que tu ne feuillettes que dans les salles d’attente ou dans le train. Puis je vois ces filles passer, et je me suis mise à rêver en me demandant qui elles étaient. J’avais envie de créer et raconter ce personnage plus compliqué qu’il n’y parait puisque oui on se dit qu’elle est sur papier glacé, ça vend du rêve sur l’instant mais qui est-elle ? Je trouvais qu’elle avait quelque chose d’attachant la Cover Girl, et d’un peu triste aussi, mais drôle. Dino a fait la musique, j’ai écrit les paroles. La chute est triste, à la fin y’en a une mieux, plus mince, plus jeune, plus jolie et BAM changement de cover girl.

Ginette : Parle-moi de « Fais-moi souffrir », parce que celle-ci n’a pas (encore) de clip, on peut l’acheter sur les plateformes mais de quoi parle-t-elle ?

Céline Tolosa : Elle est très sixties, un peu triste. C’est une chanson sur la passion amoureuse et le fait de s’aliéner à quelqu’un par amour et d’aimer ça.

Ginette : On parle beaucoup des 60’s non ?

Céline Tolosa : Oui parce que j’ai des influences, je pense à Françoise Hardy mais on est en 2015 et bien que j’aime ce parfum suranné, il faut vivre dans son époque avec les moyens d’aujourd’hui ! Des personnes m’ont dit que lorsque l’on voit la pochette on se dit que l’on ne s’attend qu’aux 60’s premier degré à fond les ballons mais non non, pas du tout. Il y a un parfum sixties, un parfum que j’aime, mais ce n’est pas un EP sixties. C’est hyper moderne comme production. C’est plus des sixties fantasmés, passés au mixer du monde moderne. C’est comme les revivals synthé des 80’s. J’ai même entendu du revival Gatsby Le Magnifique teinté d’électro ou de pop. En même temps on entend souvent qu’il faudrait inventer un nouveau style de musique, mais on a le droit de piocher dans ce qui existe, de l’assimiler, se l’approprier. Après tout, pour Les Fleurs du Mal, le dédicataire c’est pour Théophile Gautier. Baudelaire s’en remet à son maître. Il y a forcément eu un « père ».

Ginette : La génération spontanée n’existe pas.

Céline Tolosa : J’ai du mal à le croire en effet. C’est parfois important pour les gens de savoir d’où cela naît, d’où ton processus de création prend racine. En tout cas dans un premier temps.

Ginette : Merci beaucoup !

Céline Tolosa : Merci Ginette !

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