Il était une fois… #PrieurDeLaMarne

PRIEUR DE LA MARNE… La première fois qu’on a aperçu son nom à la rédac c’était sur le fil instagram du duo électro rémois THE SHOES qui avait signé Time to Dance et qui depuis est devenu une référence ! Reims a vu émerger une impressionnante scène musicale ces dernières années, Yuksek / Brodinski / The Shoes et j’en oublie sûrement… A la ville, « Prieur de la Marne » est Guilhem Simbille, un des programmateur du festival ELEKTRICITY de Reims justement, et on croit savoir qu’il bosse à la Cartonnerie.

prieur logo.jpg

On a pris rendez-vous pour une interview, c’était samedi dernier, et comme il pleuvait ce jour-à, on a envoyé la stagiaire. Elle a rejoint Prieur de la Marne devant un café, près du cimetière du Père Lachaise à Paris et fait notable, l’interview a eu lieu alors qu’il bossait sur une compo spéciale « Valentine Day »!

Rencontre

Prieur Cimetie╠Çre ┬® Sylvere H

Ginette : On est où en ce samedi pluvieux ?

Prieur de la Marne : Entrons au Zhorba. J’avais besoin d’un café et je me suis abrité en sortant du Père Lachaise.

Ginette : Et bien entrons au Zhorba. Tu faisais quoi au Père Lachaise ? Un samedi après-midi où il pleut, tu vas « saluer » qui au Père Lachaise ? Jim Morrison ? Allan Kardec ?

Prieur de la Marne :  Je suis un grand marcheur. Et aussi souvent que possible j’aime bien déambuler dans des cimetières. Pas spécialement pour saluer quelqu’un en particulier mais plutôt pour y chercher du calme. La je suis allé voir Marie Trintignant.

Ginette :  Je faisais ça quand j’étais petite, mon père fabriquait des tombes en marbre, et j’aimais déambuler dans les cimetières où il bossait. D’ailleurs, je piquais des fleurs à ceux qui en avaient trop pour les donner à ceux qui n’en avaient pas. Marie Trintignant elle t’évoque quoi ?

Prieur de la Marne : Marie Trintignant c’est cette petite sauvage dans « Série Noire » d’Alain Corneau aux côtés de Patrick Dewaere… C’est aussi la fille de mon acteur préféré. Et puis c’est cette tragédie de Vilnius. Je n’ai pas super envie de m’étaler Bertrand Cantat. Il était une icône de mon adolescence… Je le considère aujourd’hui comme un animal…

Ginette : Est-ce que cela signifie qu’on n’entendra ni Noir Désir ni Détroit dans tes reworks?

Prieur de la Marne : [il lève les yeux au ciel  ndlr]

Ginette : Tu parlais de Jean-Louis Trintignant, donc je rebondis sur lui, et sur le cinéma. Il est très présent dans ton travail le 7ème art.

Prieur de la Marne :  Enfant j’étais souvent congédié dans ma chambre. J’étais turbulent et pour tuer le temps je dessinais des heures durant en écoutant les disques de ma mère. Je pense que c’est la que j’ai commencé à associer malgré moi des images à des mélodies. Et puis le cinéma est entre dans ma vie. Mon père m’a emmené voir Oradour-sur-Glane et la semaine suivante il m’a montré « le vieux fusil » de Robert Enrico… Le choc des images de Romy Schneider brûlée vive, de Noiret pleurant toutes les larmes de son corps et cette bande son de François de Roubaix… C’est un trauma mais c’est aussi un repère dans mon travail d’artiste aujourd’hui.

Ginette : Ça explique donc pourquoi tu as fait tout un travail autour de Romy Schneider. C’est de l’hommage ? Une purgation des passions ?

Prieur de la Marne :  Mon père était amoureux d’elle. C’est ce qu’il disait à table devant ma mère… Moi je me suis intéressé à la vie de l’actrice assez récemment. Je pense que c’était certainement pour régler un truc inconsciemment mais surtout parce que j’ai pour elle une grande admiration… Pour son parcours, ses choix (y compris celui de sa disparition) et pour sa beauté intemporelle… Mais je pense en avoir fini avec elle. Je cherche désormais une muse qui fait partie de ma réalité (rires)

Ginette :  Comment est né « Prieur de la Marne »?  Je ne sais pas ce qu’il en est réellement, pour moi ce n’est pas qu’un nom d’artiste, c’est plus une sorte de projet/concept!

Prieur de la Marne : Les contingences de ma petite vie m’ont conduit à traverser des Périodes de douleur et d’ennui profond. Lors de mon dernier épisode dépressif j’ai tué le temps en m’intéressant à Romain Gary… Le plus grand créateur de personnages à mon sens et un artiste total qui souffrait en écrivant.

En relisant « la vie devant soi » et en creusant l’épisode Émile Ajar j’ai eu l’idée de créer le personnage Prieur de la Marne… Comme une projection d’un homme que je ne suis pas dans la vraie vie mais qui est tout de même une sorte d’alter égo… Le diablotin posé sur mon épaule qui surgit en même temps que l’inspiration.

Ginette : Ce que tu dis m’inspire un vers de Verlaine, dans Mon rêve familier:

 » Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même Ni tout à fait une autre »

Bien entendu la thématique n’est pas la même, mais c’est ça qui me vient en tête instinctivement. Cet alter ego, c’est une version décomplexée ? Améliorée ? Sublimée ? Ou possède-t-il également des défauts que tu n’aurais pas ?

Prieur de la Marne : Les défauts et les qualités sont volontairement très exagérés… C’est évidemment une projection sublimée et décomplexée. Le chevalier sans peur et sans reproches que j’aimerais être au quotidien.

Ginette : « Prieur de le Marne » est-il narcissique ? Il se met en scène dans les reworks, il rend hommage à ses potes aussi mais les reworks ressemblent parfois à une sorte d’ego-trip .

Prieur de la Marne : Oui, Prieur de la Marne est un vaste ego-trip. Il s’autorise effectivement des mises en scènes souvent too much mais c’est la différence qu’il a décidé de cultiver. Rien ne lui paraît plus triste que le consensus mou et la tiédeur. Alors pour tromper son ennui et amuser ses potes il se met en scène avec en point de mire le fantasme de mourir un jour sur scène… Que ce soit à la mi-temps du superbowl ou en faisant le DJ pour un bal populaire ou un mariage.

Ginette :« Viens mais ne viens pas quand je serais seule / Quand le rideau un jour tombera /Je veux qu’il tombe derrière moi. « 

J’ai lu quelque part que « Prieur de la Marne » est un dandy. Alors, c’est quoi un dandy en 2016 ? C’est ce dandy qui décide de quitter sa table de mix pour aller taquiner le dancefloor?

Prieur Ceinture

Prieur de la Marne : Un dandy je ne sais pas ce que c’est… Dans l’inconscient collectif de 2016 et sur ces blogs de style tous plus creux les uns que les autres j’imagine que c’est quelqu’un qui préfère les bottines aux Air Max… D’où ces allusions au dandysme… Le Prieur de la Marne qui décide d’abandonner ses platines pour aller danser c’est celui qui est ha-beat-é, qui a le diable au corps et qui ne résiste pas à esquisser deux pas de danses quand il envoie « l’amour à la plage » de Niagara ou « lovefool » des Cardigans.

Ginette : Je suis d’accord, en fait « dandy » c’est tellement sur-utilisé et galvaudé que je m’interroge toujours… Comment Guilhem voit-il Prieur? Est-ce qu’il l’envie?

Prieur de la Marne :  Je le vois parfois comme un guignol inutile, drôle mais inutile. Donc ces temps-ci j’essaye de mettre du sens dans le travail de Prieur de la Marne. Lui donner un côté utile. Je travaille notamment sur des objets de merchandising entièrement faits main dont les recettes serviront des projets très nobles. Je pense au Colibri mais pas seulement… Je travaille aussi sur un projet qui s’intitulera « exodes » et qui illustrera, à ma manière, toutes ces tragédies quotidiennes que vivent ce qu’on appelle en ce moment les migrants…

Ginette : Dans tes reworks, il y a des discours politiques, des déclamations de poèmes, des messages. Je n’imagine pas que c’est fait innocemment, c’est tellement travaillé, pointu!

Prieur de la Marne :  Ce n’est jamais innocent. La collection sortie chez Alpage s’intitule « Messages Personnels ». Dans chacun de ces objets sonores, il y a un message que j’adresse à une personne qui parfois se reconnaît parfois non. C’est effectivement un travail de précision. L’idée est toujours de raconter une histoire. L’auditeur est libre d’en faire sa propre lecture.

Ginette : Bien sûr ! Sinon c’est plus de l’art et juste du placement de « produit ». Le travail sur François Mitterrand m’a bouleversée. Dans quel contexte ce travail est-il né ?

Prieur de la Marne :  On m’avait proposé de faire un Mix pour l’anniversaire des attentats de Charlie. Je ne voulais pas le faire. En revanche illustrer les deux mandats Mitterrand à l’occasion des 20 ans de sa mort me paraissait intéressant. Raconter la complexité du personnage, son cynisme, sa cruauté et sa mégalo… Le montrer comme le dernier Roi de France, par son côté bâtisseur (il a quand même construit la pyramide du Louvre par amour pour Anne Pingeot). Remettre en perspective les réformes qu’il a initiées et toutes les désillusions de la gauche qu’il a également provoquées, le tango malsain qu’il a dansé avec Le Pen… C’était un travail pour moi. Je ne l’aurais fait pour aucun autre homme politique…

Ginette : Pourquoi pour aucun autre homme politique?

Prieur de la Marne : Exception faite de Christiane Taubira pour son courage et sa droiture, je peux dire sans rougir que je déteste cordialement la classe politique actuelle. En revanche j’ai un attachement sincère et un immense respect pour les élus locaux (je ne parle pas de la ville que j’habite) mais de tous ces humbles militants qui se battent tous les jours dans nos quartiers et nos villages, qui sont à l’écoute.

Ginette : « Prieur (Crieur) de la Marne » c’est le nom d’une figure marquante de la Révolution. Ta révolution à toi, c’est quoi ? C’est ce que tu évoques quand tu parles de projets utiles et engagés ?

Prieur de la Marne : Ma révolution personnelle, c’est déjà de sauver ma peau et ne pas sombrer dans le désespoir. En ce sens Prieur de la Marne m’aide beaucoup. L’autre révolution est en marche. Mais c’est une évolution, un changement sociétal profond qui est en route. Je fais le distinguo entre révolution et évolution parce qu’une révolution, en astronomie n’est jamais qu’un tour sur soi-même… Ce qui revient à dire un retour à la case départ…

Ginette : Justement, je voulais qu’on aborde la thématique de la mélancolie et du désespoir. Encore une fois, je te parle d’impressions que j’ai, je ne te connais pas.

A chacune ou presque de tes compositions, je suis à la fois: émue (il y a des souvenirs de ma petite enfance qui refont surface, selon les chansons, parfois bons parfois pas) ; troublée ; mélancolique ET enjouée (y’a un côté loufoque, surréaliste, un effet que me fait uniquement Philippe Katerine en général et ça, ça crée un appel d’air, y’a une bouffée d’air frais, et ça me donne envie de me dandiner alors que je ne danse jamais). Bref, la mélancolie transparaît. Y compris physiquement, on (je) te sent à fleur de peau. Est-ce le cas ?

Prieur de la Marne :  Oui je suis à fleur de peau (de cochon cf, Katerine). C’est toute la colère que j’ai au fond de ma petite personne qui me nourrit. Je m’efforce de faire des faiblesses de mon adversaire (le clown triste qui sommeille en moi) des atouts pour l’animateur de bal que je suis le samedi soir. Et puis c’est un jeu que j’affectionne particulièrement que de faire passer l’auditeur du rire aux larmes dans la même minute. Mais ça n’est qu’un jeu pour l’instant. Mon prochain projet scénique sera quelque chose d’à la fois très cérébral et festif. J’aime croire qu’amusement et questionnement peuvent coexister dans la musique…

Ginette : C’est déroutant le nombre de fois où tu parles de toi en parlant de « petite personne » et l’égo-trip du Prieur… Es-tu un romantique ? (au sens Hugo, Musset)

Prieur de la Marne : De par mon expérience professionnelle j’ai côtoyé pendant de longues années de nombreux artistes, tous plus mégalo les uns que les autres, et dans tous les styles exception faite du metal. J’en compte encore beaucoup parmi mes amis proches mais j’ai pris le soin de faire le tri entre ceux qui ont ces ego démesurés, parfaitement insupportables et qui leur font dire et faire des horreurs. L’ego-trip de Prieur de la Marne n’est qu’un vecteur pour faire exister le personnage… Prieur de la Marne est mégalo, pas moi. Je demeure une petite personne, habitée par une autre qui rêve d’un destin de chevalier héroïque. (rires)

Oui je pense être un romantique au sens littéraire… Mais je me questionne sur la place du Romantique aujourd’hui. Pour moi ce n’est pas seulement chanter « l’amour et la violence » (c’est une des plus belles chansons qui aient jamais été écrites en France à ce jour ceci dit). Être romantique dans mon cas C’est aussi laisser flotter de la tendresse dans un monde chaque jour plus injuste et cruel. Pour ça les réseaux sociaux sont bien pratiques. Être romantique c’est vouloir poudrer le ciel d’attentions pour l’être aimé. Lui montrer qu’elle compte et qu’elle est belle même quand elle n’est pas maquillée, même quand elle est triste et fatiguée, même quand elle pleure toutes ces larmes de désespoir. Lui dire que même de l’autre côté du globe elle est dans mes pensées, que celles-ci soient morbides ou enjouées.

Ginette : Alors, dans une interview de Oizo, je me souviens avoir lu qu’il mixait pour voir des culs (de filles) bouger ! « Prieur » c’est pas juste un ambianceur ou un MC, c’est aussi un serial fucker ? Parce que bon, il paraît qu’au final on est tous les mêmes…

Prieur de la Marne : Eh bien au risque de briser un mythe, Prieur de la Marne n’est pas un serial fuckeur… Il ne mixe que pour voir des hanches chavirer, des sourires illuminer des visages toutes générations confondues et laisser flotter un parfum d’insouciance au-dessus de son auditoire. Il aime la fête, les vapeurs de l’alcool et les drogues certes mais son cœur ne sait battre en général que pour une personne à la fois. Et c’est à moi de poser une question à Ginette : est-il quelque chose de plus pathétique qu’un DJ qui pointe du doigt la petite starfuckeuse, likeuse compulsive et followeuse à outrance pour la niquer en deux temps trois mouvements dans les chiottes sales d’un club sale ?

Ginette : Ca dépend, est-ce que la starfuckeuse a des yeux orange ? Parce que bon, c’est bien beau tout ce que l’on raconte mais tu m’as mis cette chanson dans la tête et c’est atroce…

Prieur de la Marne : Tout d’abord cette chanson n’a rien d’horrible. Elle traite de l’obsession d’un homme ordinaire pour une femme extraordinaire. C’est pour ça que je me suis reconnu immédiatement dans « le troublant témoignage de Paul Martin ». Ensuite je trouve vulgaire et sale ces termes de starfuckeuse… Tu les vois arriver à des kilomètres prêtes à sacrifier leur dignité sur l’autel d’un selfie. D’ailleurs « selfie » est en soi la queue de la comète de tout ce que la toile a généré comme sottises éhontées ces dernières années : le culte de sa propre image faite par soi-même, devant son propre miroir… Et selfish veut d’abord dire égoïste… Ce terme de follower est aussi une illustration de ce que l’époque a créé de plus absurde. Les followers sont par définition des moutons, qui suivent un berger… Aussi con soit-il!

Ginette : Ce que tu dis sur le selfie et ce qui va autour me parle carrément. Déjà, je trouve le terme EGOPORTRAIT utilisé par les copains québécois PARFAIT. Ca ne peut pas être plus parlant. D’ailleurs, j’ai lu quelque part que l’abus de selfies pouvait être apparenté à un trouble mental. Et c’est d’ailleurs à se demander si tous ces gens savent que Narcisse a bu la tasse…

Dans tes compos, il y l’homme à l’oreillette… On connait tous je crois cet épisode où il se fait arrêter parce que trop de C en sa possession. Dans l’univers dans lequel tu évolues, la C et l’alcool sont omniprésents. La drogue elle aide Guilhem à supporter Prieur ou bien est-ce l’inverse ?

Prieur de la Marne : Non pas spécialement. J’évolue dans une ville de province somme toute assez triste et désuète avec des horaires de bureaux très conventionnels. L’alcool accompagne surtout mes soirées de gala et les moments de plaisir avec mes amis chers. Je ne bois jamais seul par exemple. C’est un usage purement récréatif. Le Champagne a été inventé pour ça… Mais en ce moment ce que j’aime c’est le Cognac Schweppes. La C, c’est différent. C’est devenu un fléau assez désespérant dans le milieu de la musique et de la nuit. Une drogue chaque année plus coupée et dégueulasse qui amène des comportements et des propos douteux. À tort on a souvent le sentiment que tout devient possible en termes de séduction avec un gramme en poche… Mais ce n’est jamais le cas. C’est de cette bizarrerie dont je parle dans « l’homme à l’oreillette », de ce produit qui rend fou.

Ginette : Projetons-nous ! Sur quoi bosses-tu en ce moment ?

Prieur de la Marne : En ce moment je travaille sur un projet de Mix sur le thème de mon cinéma. Ca sortira a l’occasion des Césars et ce sera plein de petites feintes, de moment tendres et d’autres assez absurdes. Je travaille aussi sur plusieurs remixes et je commence à bosser sur un projet live qui associera son et image dans lequel j’essayerai de raconter une romance a la fois torturée et belle. Une histoire qui traitera du manque de l’être aimé, de la joie des retrouvailles. Une sorte de comédie romantique qui donne envie de danser

copyright Petite Boheme

Prieur de la Marne par Petite Bohème

 

***********************************

Un gros merci à Petite Bohème qui illustre certaines de nos interviews.

Retrouve-la  —-> ICI 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s