Occupy Elysee ! #Porntoshop

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PORNTOSHOP: Un nom aussi mystérieux qu’évocateur.

La stagiaire nous avait dit que le premier numéro avait été lancé lors de l’anti-marché de Noël à la Recyclerie en janvier dernier. Le thème était la #COP21.

Pour la sortie du numéro 2, #Présidentes, on a tenu à rencontrer la mystérieuse créatrice et éditrice de la revue. On a discuté, débattu, quelque part dans le 19ème autour d’un verre de porno, de féminisme, de politique et de ce qui lie tous ces éléments.

Le principe: faire entrer le corps de la Femme à l’Elysée. Pouvoir et féminin ne sont pas antinomiques.

La surprise: aucun sans faute pour ces messieurs…

Que dire? #OccupyElysee !

Rencontre

Ginette : Salut ! On se rencontre enfin ! Il y a 4 mois environ tu as sorti un premier numéro de Porntoshop autour de la COP21. Il y a trois semaines tu as lancé le 2ème numéro de la revue. Il s’appelle « Présidentes » et pour résumer tu utilises des citations hyper machistes de présidents de la Vème République que tu mets en images en posant leurs têtes sur des corps de femmes afin de faire entrer la Femme à l’Elysée.

Porntoshop : Pour la COP21 j’étais dans l’actu mais en réalité j’avais besoin d’une échéance pour me lancer. Je me suis dit qu’on en parlerait beaucoup, que ce serait dans els débats du moment donc j’ai sauté dessus. Il y avait aussi le côté hyper décalé de coller des têtes d’hommes politiques sur des corps d’actrices porno le tout en parlant de la COP21. C’est même un peu tordu mais j’étais motivée alors j’y suis allée.

Ginette : Pour un objet livre et pas un blog, un Tumblr ?

 Porntoshop : A la base c’était le cas mais on m’a suggéré d’en faire un magazine papier ce qui était une bonne idée. Je bosse sur Internet, je connais très bien Internet donc j’aurais pu continuer ainsi mais l’avantage du livre, c’est l’objet en lui-même justement. Tu as un objet fini entre tes mains. C’est très satisfaisant, c’est agréable. Tu as l’impression de donner naissance à quelque chose à chaque fois. Tu peux faire une soirée de lancement, voir les personnes qui vont l’acheter, l’avoir. Avec un site cette dimension là n’existe peu peu ou pas.

Ginette : PRÉSIDENTES ?  Comment ? Pourquoi ?

Porntoshop : Je crois que le déclic a été de voir les masques de Hollande et Sarkosy dans les magasines de farces et attrapes !

Ginette : Tu sais qu’il y en a avec DSK dans des sex-shops à Pigalle ?

Porntoshop : Effectivement, mais comme il n’a pas été président… Mais dans des sex-shops directement ?

Ginette : A y être ! Dans le numéro 1, il ne s’agit pas de masques.

Porntoshop : En effet, c’était du photomontage mais ces fameux masques justement m’ont fait changer le concept : créer mes propres photos avec mes propres mises en scène donc faire poser des filles que je connais avec des masques de présidents de la Vème République. Je voulais que les filles posent vraiment, que les photos soient érotiques, un peu dénudées, très féminines dans le cliché du féminin et y associer des têtes de présidents. L’idée c’est de faire correspondre au pouvoir très masculin des corps très féminins qui sont deux choses jamais associées. Généralement, quand une femme « prend le pouvoir » au sein d’une entreprise ou de en politique, elle a tendance à de séparer de ses attributs féminins, à se viriliser, à se masculiniser afin de se crédibiliser. C’est dommage. La Femme doit pouvoir être féminine si elle en a envie, ou virile, ou masculine, mais ça doit émaner d’une envie. Porter du vernis à ongles ne fait pas de quelqu’un une personne qui ne serait ni intelligente ni apte à diriger des équipes, des entreprises ou tout simplement avoir de bonnes idées. Je veux créer ce décalage homme/femme/pouvoir/féminité mais en y agrégeant des citations de ces messieurs sur le pouvoir au féminin. Je ne pensais pas que je tomberai sur une mine d’or des citations misogynes.

Ginette : Premier constat : aucun président n’est exemplaire sur ce sujet…

Porntoshop : Non… Par contre y’a une évolution avec les deux derniers présidents, Sarkozy et Hollande. Le ton est différent. On sent une évolution, déjà dans les faits ils ont fait rentrer plus de femmes dans leurs gouvernements. Y’a peut-être plus de « subtilités ». La citation de Nicolas Sarkosy sur la parité bruyante (ndlr : « C’est bien la parité en politique, mais c’est bruyant ! »). Ce n’est pas « subtil » mais on n’est pas dans le gros bourrin macho dragueur comme le sont VGE et Chirac ! Hollande c’est encore un cas à part. Il dit « Etre un socialiste, c’est être un féministe. Nous en avions débattu car, pour certains, la proposition n’allait pas de soi. Mais elle l’avait emporté car comment prétendre vouloir l’égalité sans, au préalable, affirmer celle entre les femmes et les hommes ? Je suis donc féministe ! Et toujours socialiste. » mais en même temps quand on voit dans quelles mesures il est aujourd’hui socialiste, on peut douter de son féminisme aussi… Je maintiens que ça reste différent des phrases de Giscard ou Chirac ! Cette phrase est contemporaine de la création de ce fameux ministère des Familles, de l’Enfance et des Droits des Femmes ! Il associe le droit des Femmes à la famille et à la petite enfance, bienvenue 40 ans en arrière ! Après, c’était « pain béni » pour moi, j’ai eu le temps de l’intégrer à mon magazine. Il aurait presque pu faire un sans faute. Presque !

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Ginette : Sur le nombre de femmes dans les derniers gouvernements, il est en augmentation certes (quid de la parité ?) mais pas aux ministères régaliens… Ministère de l’Intérieur ? On n’a connu qu’une seule femme Premier Ministre, Edith Cresson, et ce fut fulgurant…

Porntoshop : Hollande le dit très maladroitement en 2012, en disant « Ce sera un bon principe que d’avoir autant d’hommes que de femmes dans un gouvernement, cela ne veut pas dire que les responsabilités seraient les mêmes. ». C’est une grosse bourde… Que ce soit un lapsus ou non, ça parle !

Ginette : Le clip est très beau, très classieux je trouve.

Porntoshop : Je sais qu’on pourrait me reprocher de parler féminisme en faisant poser des femmes en tenues sexys, dans une sorte de posture clichée du féminin, mais déjà moi mon point de départ c’est l’image : je veux un visuel accrocheur. Je les trouve belles. J’ai grandi en regardant beaucoup de magazines comme Vogue par exemple. Je voulais que ce soit beau ! Quitter le porno du premier numéro c’était quand même un soulagement. Le premier c’était du porno, et du porno même en noir et blanc c’est violent, hyper agressif, ça me gênait un peu dans le premier numéro. Je voulais quelque chose de plus doux. Cela dit, il y a des réactions quand même dures sur les réseaux sociaux : « c’est pas bandant », « c’est un somnifère du sexe ». Réactions que je ne partage pas du tout en voyant ces images.

Ginette : Les gens parlent du côté Aphex Twin ?

Porntoshop : (Rires) Effectivement c’est un peu tordu… C’est en noir et blanc, elles bougent lentement, c’est sensuel !

Ginette : Je ne suis absolument pas outrée par le côté féministe/meufs en culottes ! Le féminisme est protéiforme. Les discours féministes ne sont pas tous compatibles. Il y a des féministes anti-porno, et il y a des féministes qui revendiquent le porno ! Idem avec les travailleurs du sexe !

Porntoshop : Pour moi, le message important c’est qu’une femme ne doit pas abandonner sa féminité ou ce qu’elle suppose l’être autrement que par choix ! Le caractère féminin est associé à de la faiblesse, à quelque chose de négatif ! Moi j’ai voulu dire : « vous, présidents, vos têtes ont atterri sur des corps de femmes et vous n’en devenez pas moins forts ! ». Ces femmes sont puissantes ! Tu veux être soutien-gorge et ne pas être faible ou victime. Ce n’est pas anecdotique ! Quand t’es une femme au quotidien, tu as l’impression de porter une faiblesse en soit juste parce que tu es en jupe, que tes ongles sont vernis, que tu es coquette alors que non ! Je revendique totalement ce pouvoir là ! Quelque chose de très révélateur : je fais beaucoup de montages, j’aime coller des têtes sur des corps… Bref !  Et quand je colle la tête d’un copain sur le corps d’une femme il y a vexation alors que ça n’arrive jamais dans le cas inverse, comme si quelque chose d’infamant venait de se produire.

Ginette : Tu passes pour la briseuse de virilité ?

Porntoshop : Oui alors que je ne brise rien du tout ! J’attribue simplement d’autres caractères ! Jamais, je me répète, je n’ai eu de réactions négatives de la part de femmes. On peut trouver ça anecdotique, moi pas. Les réactions sont folles. Je veux redonner du pouvoir au corps de la Femme !

Ginette : Je parle souvent d’Ovidie. Je trouve qu’il y a dans son discours quelque chose de terriblement fort en disant stop à l’infantilisation ! Elle parle du porno mais pas que, des travailleurs du sexe en général. Ce qu’elle dit c’est que si tu ne subis pas, quel est le problème ? Pour moi il n’y a pas antinomie dans « porno féminisme ».

Porntoshop : Je me doute que des gens vont avoir dans la tête en voyant le clip « ah femmes objets » etc. mais ça ne me gêne pas si après ils viennent lire le magazine, ils viennent lire les citations et finissent par comprendre que je dénonce quelque chose ! Ces images ne sont pas innocentes et il faut les prendre avec les citations qui les accompagnent ! Après, si les gens s’arrêtent à ça : tant pis ou tant mieux, ça m’est égal. Je veux aussi accrocher le regard, je ne veux pas m’en cacher. Si des gens veulent aller plus loin tant mieux ! Sinon…

Ginette : Oui, après tout si les gens ne savent pas lire une image. Parce que concrètement, c’est de ne niveau-là ! Je repense à la polémique il y a quelques années à propos de l’affiche de l’album de Damien Saez, J’accuse ! T’as une superbe photo de Mondino qui montre une meuf dans un caddie : CENSURE dans le métro, ça hurle au loup et j’en passe. Ces gens-là n’ont même pas pris en note le titre explicite : J’ACCUSE ! Un « J’accuse » au dessus d’une nana dans un caddie, et non, on ne comprend pas, on crie à la misogynie… Y’a un moment où quand on a à faire à des ânes…

Porntoshop : J’ai lu Beauté Fatale de Mona Chollet il y a plus d’un an et elle évoque toutes les pressions subies par le corps féminins. Je ne comprends pas qu’on puisse être choqué par cette femme dans le caddie alors que pour moi, et j’en ai pris conscience il n’y a pas si longtemps que ça finalement qu’on nous badigeonne la tête avec des corps de femmes irréelles, parfaites soit disant. La violence elle est là parce que là, nulle part est écrit « J’accuse » ! C’est considéré comme normal. Tu t’étonnes après que toutes les filles soient hyper complexées ! Autour de moi c’est comme ça aussi. Mes amies qui ont posées dans le clip et pour les photos étaient complexées pour certaines, pas à l’aise pour d’autres. C’était loin d’être évident finalement. J’ai moi-même posé et j’ai compris que ce n’était pas facile. Quand tu te rends compte que tu as intégré des codes malgré toi, c’est très dur de se trouver à la hauteur. Je sais que je veux faire poser des hommes dans les prochains numéros : des hommes avec des masques de femmes et je veux voir comment eux réagissent à ça ; au fait d’être exposés dans ce contexte-là, dans un magazine féministe. Toutes les filles qui posent dans ce magazine se disent féministes et le sont ; néanmoins, s’exposer n’a pas été facile. Tu as beau te dire « mon corps je l’aime je le revendique et j’en suis fière ».

Ginette : C’est « marrant » ce que tu dis parce que quand je vois le clip, j’vois juste des nanas canons, c’est pas un freaky show. J’ai montré ce clip à des copines, et elles, elles étaient dans « elles sont trop parfaites, encore de la blanche bien foutue etc. ».

Porntoshop : Et elles sont toutes complexées. C’est très intéressant en fait de voir comme on perçoit les choses.

Ginette : Mon père dit que le seul ennemi de la Femme c’est la Femme…

Porntoshop : C’est nous qui portons les regards les plus intolérants envers nous-mêmes, et par extension avec les autres… Il suffit de penser à notre propre regard sur une fille qu’on croisera et qui sera un peu trop racoleuse ! Rien que dire ça déjà ça en dit long… C’est quelque chose sur lequel il faut travailler en permanence, dans notre quotidien.

Ginette : Tout ça me fait penser à l’affaire Lena Dunham (série GIRLS). Il y a quelques temps, elle a poussé un cri de colère contre un magazine espagnol qu’elle accusait de l’avoir photoshopée. Le net s’empare de l’histoire bien entendu. Le zine espagnol lui explique qu’il n’y a pas eu retouche, elle dit que c’est impossible. Finalement, on lui montre les photos et en effet : on ne l’a pas trafiquée. Lena Dunham c’est la nana qui par excellence revendique son corps imparfait. Elle dit, et je le lui souhaite, avoir intégré ça et le vivre normalement. Or, cette nana, qui est donc supposée ne pas avoir de regard biaisé sur elle-même, ne se reconnaît pas sur une photo. Et très honnêtement, j’ai trouvé ça tellement violent pour elle. Quid de la dysmorphophobie ?

Porntoshop : Mona Chollet en parle dans Beauté Fatale de ce sujet. Elle évoque un top model que son mec filme. La nana qui fait rêver par définition, en réalité vit un véritable calvaire. Le féminin c’est ça : te montrer l’inaccessible. Si ton premier problème était de perdre trois kilos, une fois ces kilos envolés tu verras qu’il y a autre chose. Tu ne seras jamais à la hauteur, tu te sentiras à côté de la plaque.

Ginette : C’est de l’ultra-violence…

Porntoshop : Je suis loin d’avoir fini de travailler là-dessus. Voir comment tes potes réagissent quand tu les prends en photo, voir comment elles s’aiment ou pas… Et je suis la première concernée.

Ginette : Moi je ne me reconnais même pas sur les photos, je vis ça difficilement une photo. Quand on en prend de moi et qu’on me tague sur les réseaux sociaux, c’est une petite mort. Je ne parviens pas à me dire que celle que je vois, qui est moi, c’est réellement moi. Je m’imagine tellement différente que je ne peux que comprendre tout ça. Et là on parle de la société en général. En politique c’est carrément une autre dimension.

Porntoshop : Pour les femmes en politique, le corps est souvent un objet problématique. Une femme qui met une robe ça pose problème par exemple (ex : Duflot). Rama Yade raconte qu’un jour à l’Assemblée Nationale un député lui a dit « Personne ne te le dira mais ta jupe est trop courte. ». Quand t’es une femme et que tu assumes d’avoir aussi un corps, c’est compliqué donc en politique ça reste problématique aussi, par extension. Assumer d’être une femme avec un corps de femme, c’est utilisé comme instrument servant à décrédibiliser. Tu ne peux pas avoir une robe et être sérieuse. Ne parlons pas des jupes courtes. C’est pour ça que dans #PRESIDENTES Nicolas Sarkosy tire sur sa jupe, un peu gêné. Cela dit, il y a une évolution: regarde comment on parle de Hollande! Flamby… Il y a quelque chose qui dit que finalement, il « dévirilise » le pouvoir avec un surnom pareil…

Pour trouver PORNTOSHOP: https://www.facebook.com/porntoshop/timeline

 

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Natural Born Writer – Hugo Drillski #2/2

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 Partie 1

Suite et fin de la rencontre Ginette/Drillski. On aurait aimé que ça dure une éternité…

Ginette : On évoque la genèse du roman ?

Hugo Drillski : Oui. Elle se fonde sur trois points : j’ai réellement été rédacteur porno, comme le narrateur. J’ai fait ça quelques temps. Je devais mater 10 pornos par jour ce qui était assez insupportable, je pétais un câble. Je bandais 24h/24, ma meuf n’en pouvait plus, c’était affreux et quand tu vois plusieurs heures par jour des images porno, après t’as une pensée qui finit par dévier, tu imagines les meufs que tu croises et tu te demandes si elles auraient fait ceci ou cela, c’est pas génial. J’ai ensuite choisi de surfer sur la vague du Mommy Porn mais vu d’un autre prisme. C’est souvent la pauvre fille naïve qui rencontre le super mec qui va l’initier. J’ai fait ma version masculine. Et enfin, il y a une histoire porno avec une nana, bien évidemment dans le roman c’est une version extrapolée. Après, ce qui est intéressant pour moi, c’est de parler de la société à travers le prisme de la sexualité qui est quand même à la base de la vie.

Ginette : Tu comptes aller voir LOVE, le dernier film de Gaspar Noé ?

Hugo Drillski : Mais carrément. Plus tôt dans l’interview je te parlais du film A Serbian Film qui m’avait influencé, mais Gaspar Noé aussi. J’adorerais le rencontrer, lui soumettre mon bouquin.

Ginette : Seul Contre Tous, Irréversible

Hugo Drillski : Irréversible, Enter The Void c’est typiquement le genre de films que j’achète en DVD. Il faut que je les aie. Irréversible, pour le moment pour moi c’est son meilleur. Et puis ce casting : Cassel, Dupontel, Bellucci… Cette histoire de vengeance… D’en parler ça me donne envie de le revoir.

Ginette : Ton écriture est très visuelle. Elle se prête à l’écriture filmique. Et toi qui es multi-support (dans ta façon d’écrire et dans l’expression aussi, tu fais aussi de la musique), t’écris aussi des scenarii ? C’est un truc vers lequel tu veux aller ?

Hugo Drillski : Je ne me vois pas faire des scénarios parce que c’est de la description pure. Il n’y a pas de place pour la fantaisie, le style et la personnalité que j’exprime à travers mes romans. Par contre, j’aimerai vraiment voir un jour une adaptation de mes romans. En revanche, je ne m’y risquerai pas moi-même. C’est facile d’écrire un roman. T’as toi, ta plume et ta feuille. Pour tourner un film, faut des gens, des plannings, du matos… et ça c’est une putain de galère qui ne m’intéresse pas du tout.

Ginette : On a beaucoup parlé monde de l’image, et pour cause, le livre traite de ce thème mais pas des livres qui t’ont marqué. Donne m’en trois.

Hugo Drillski : Mes trois romans cultes sont Extension du domaine de la lutte pour le nihilisme torve, American psycho pour la folie furieuse et Pimp mémoires d’un maquereau pour la poésie crasseuse.

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Ginette : Au tout début de la Partie 1, la stagiaire parle de sa BO du roman. En réalité, la seule qui nous intéresse c’est la tienne. Tu peux me proposer une play-list ?

Hugo Drillski : Avec plaisir.

Young Thug / Danny Glover — Le Pornographe / Georges Brassens — Valley / Chief Keef — Or Nah / Ty Dolla Sign — Paranoid / Ty Dolla Sign — Molly Cyrus / Stitches — Freak No More / Migos — Running for the Devil / Gil Scott Heron — Barre Baby / Big Moe — Me and my Drank / Lil Wayne — Rédemption / Sobre — Choix / Experty — Sip sur ta Cyp / Experty — Secret Sucré / Doc Gynéco —  Ma Salope à Moi / Doc Gynéco

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Ginette : Toi-même tu fais de la zic…

Hugo Drillski: 

Trop de Bitches dans la Street / Yugo — Pimps / Les Gens Rap

 Yugo

Ginette : Tu as créé un groupe Facebook qui s’appelle La littérature pue encore. J’ai bien saisi qu’il y avait un rapport avec le groupe de Léonel Houssam (ex Andy Vérol), La Littérature Tue encore.

Hugo Drillski : Il a sabordé son groupe La littérature tue encore. J’avais lu son livre en support numérique, Les Derniers Cowboys que j’avais trouvé pas mal, et il a aussi été édité dans Le Cafard Hérétique alors j’ai un peu regardé son travail mais ouais, que dire de plus sur le personnage ? Il a sabordé son groupe qui comptait environ 7 000 personnes.

Ginette : En même temps, les gens qui y écrivaient proposaient de la merde en barre… Ton titre c’est un hommage ou une petite allusion moqueuse ?

Hugo Drillski : J’avais écrit un texte contre lui que j’avais posté dans son groupe justement, en octobre dernier. C’est un texte que tu peux toujours trouver sur son blog. Il avait l’air d’avoir kiffé la démarche. Sur ce coup-là je l’avais trouvé bon joueur. Après…

Ginette : Ouais, j’avoue je ne sais qu’en penser. Entre complexe de supériorité et « je me crée ma page Wikipedia » (ndlr: Wikipedia a dégagé sa page). Bref. Rien à dire. J’imagine qu’il ne fait pas partie de ton groupe.

Hugo Drillski : C’est surtout une affaire classée mais tu sais les histoires Facebook…

Ginette : Je sais bien, Facebook ce n’est pas la vie.

Ginette : Monsieur l’écrivain s’est mis à Instagram. L’idée c’est quoi ? Partager tes dernières lectures ou ce qui te marque ?

Hugo Drillski : Y’a de tout ça. Dernières lectures, lectures marquantes, promotions. Par exemple j’ai mis le bouquin de Johann Zarca, j’ai mis le mien. C’est ça l’idée en gros. Instagram ça reste de la photo, je n’y mettrai sûrement pas de chroniques, ça a son côté pratique, ça peut servir de « conseil lecture ».

Ginette : Ah mais pour le conseil lecture clairement. Tu sais, pour être répertorié dans les banques d’images Instagram, tu dois entrer des mots clefs avec « # » et il y a des mots-clefs pour els livres justement, et les aficionados de cette appli n’hésitent pas à aller voir les bouquins en tapant des #InstaBook ou #JustFinish par exemple. On a vraiment un autre rapport aux gens sur Instagram, on peut y avoir une communauté fidèle qui suit ce que l’on fait. C’est loin d’être inintéressant quand on dépasse l’aspect « promotion selfie ». Puis on peut aussi désormais intégrer de courtes vidéos, j’aime beaucoup ce support, bien plus que Twitter par exemple.

Hugo Drillski : Oui j’ai conscience de l’importance de ces choses bien que j’ai une relation conflictuelle aux réseaux sociaux. Rien que Facebook, j’ai mis longtemps à m’y mettre. Quant à Twitter, j’y suis mais j’accroche pas, c’est la dictature de la punchline, t’as 140 caractères mais si tu postes un lien ça te bouffe tout… Après, l’avantage de Twitter c’est quand même le côté vie privé. On ne peut pas scruter ta vie.

Ginette : Y’a un site qui s’appelle  Quand le Tigre Lit  et Le Tigre m’a demandé de te poser une question. Il demande si tu as d’autres projets ou si tu as tout lâcher dans Fourreurs Nés.

Hugo Drillski : Alors, comme évoqué précédemment, il y aura une suite puisque Fourreurs Nés est le premier tome d’une trilogie. Ensuite, tu pourras dire au Tigre que non seulement j’ai un paquet de projets dans les cartons mais surtout, je ne suis pas près de m’arrêter, à moins qu’on m’ampute des mains ou qu’il m’arrive un truc pas cool.

Ginette : Au passage, puisqu’on parle du Tigre, dans sa chronique il fait un lien entre ton pseudo Drillski en notant que « Drill » signifie perforer, ça va bien avec les Fourreurs… J’étais un peu jalouse parce que moi je me suis dit « c’est marrant, le mec se shoote aux pastilles pour la gorge –ça ne doit pas être un courageux – tout en lisant Bukowski ». Son hypothèse est bien plus convaincante que la mienne, je dois l’avouer.

Hugo Drillski : Si tu veux, ce blaze peut signifier plein de trucs. Le choix de « DRILL » vient d’un courant du hip hop qui vient de Chicago, qui est très violent, basé sur l’agressivité et la violence verbale. A la base c’était ce choix-là. Le « SKI », je n’ai pas envie de dire qu’il s’agit d’un hommage parce que je ne suis pas un fan absolu de Bukowski ou de Dostoïevski mais en même temps c’était drôle. Après, toutes les hypothèses sont bonnes à prendre. Et puis, la littérature qui perfore c’est pas mal.

Ginette : Puisque l’on parle blogosphère, on a déjà évoqué Contenu Explicite, Cohues et Le Cafard, je sais que tu as d’autres contributions, peux-tu en parler ? Pourquoi ces choix ?

Hugo Drillski : Bien sûr. On a parlé du Cafard, Mike m’a édité mais je ne rentre pas vraiment dans la ligne du Cafard, il n’y a qu’à lire mes dernières nouvelles dans le numéro 6.

Ginette : Justement, je les ai lues, et c’est aussi pour ça que je voudrais que tu me parles du reste. Qui est Jean-Chibre ?

Hugo Drillski : Tu connais le forum 18/25 de jeuxvideos.com ?

Ginette : Non.

Hugo Drillski : Ce forum c’est une petite communauté et Jean-Chibre un personnage que j’ai inventé. Au départ j’ai fait ça pour me marrer. J’ai utilisé les codes de cette communauté. Le forumeur type c’est le puceau tardif personnage, frustré de tout un peu asocial. Et Jean-Chibre c’est un personnage comme ça. Jean-Chibre c’est l’envers d’Harold ou du narrateur dans Fourreurs Nés. J’en fais de petites histoires. Ce sont des nouvelles de 10 à 15 pages. Dans le premier opus tu as le nouvel an de Jean-Chibre. Comme il n’a pas d’amis, son seul projet c’est celui que sa mère lui propose : aller chez son cousin. Il y va mais il est forcément en décalage avec tout le monde. C’est un peu houellebecquien comme personnage mais en version jeunot. Houellebecq c’est le blues que quadra lambda, ben là c’est sa version avec 20 ans de moins, un mec complètement dépassé socialement, sexuellement. Je suis sur le 3ème opus en ce moment, je le mettrai en ligne dans un mois. Dans quelques années, quand tous les épisodes seront finis, je le sortirai en autoédition très certainement.

Ginette : Tes autres contributions, quelles sont-elles ?

Hugo Drillski : Sale Temps pour les Ours, Squeeze, La Revue qui te parle

Ginette : Pourquoi ?

Hugo Drillski : Pour une question de visibilité, et dans le cas de La Revue qui te parle, c’est le concept novateur qui m’a séduit. La plupart de ces revues/blogs sont tenues de manière bénévole, sont gratuit(e)s donc qu’il faut en profiter parce que c’est uniquement des projets de passionnés avec une totale liberté d expression et que c’est là que se trouve les vrais auteurs d aujourd’hui et de demain

Ginette : T’as quoi d’autre sous la main ?

Hugo Drillski : Je vais tenter l’autoédition avec un recueil de nouvelles d’anticipation et de SF, ça s’appellera EXTRATERRIEN.

Ginette: On a hâte !

Hugo Drillski légendé

Natural Born Writer – Hugo Drillski #1/2

Mis en avant

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Chez Ginette, on a dès le départ eu la prétention de s’intéresser et de s’interroger sur toutes les formes de culture. Si, pour le moment, on est dans une dominante musicale, il est clair qu’on n’a pas l’intention de laisser la littérature aux seuls blogueurs et blogueuses littéraires. Alors ouais, la stagiaire ne lira pas un livre par jour, on a déjà du mal à lui faire écrire une chronique par semaine, mais comme le disait le très cher disparu Bernard Maris dans son Antimanuel d’Economie:

Mais la vie est-elle une quantité […] ? Qu’est-ce que la vie ? Une longueur ou une intensité ? Et si la vie ne se mesurait que par elle-même ?.

Voilà, on a décidé de parler bouquin aujourd’hui. Alors, que les choses soient claires, on a fait un cadeau à la stagiaire: sa première rencontre littéraire a eu lieu avec l’auteur de Fourreurs Nés, Hugo Drillski. Ouais, elle attaque sévère avec de la baise à la chaîne, l’univers porno, un bukkake XXL (merci Mec pour la trad) mais dans le fond, on sait qu’elle gère. Avant de lui proposer ça, on l’avait déjà entendu fredonner des chansons d’un groupe de rap qu’elle kiffe à mort.

Cela dit, elle nous a avoué que pendant sa lecture de ce roman-cul, elle avait plutôt dans la tête des tubes un peu plus Old School comme I Got 5 on It – The Luniz et Wet de Snoop Dog ou encore le mythique Window Licker d’Aphex Twin.

La stagiaire s’intéresse aussi de près au porno-féministe, s’interroge sur la place du sexe dans la société, aimerait que les travailleurs du sexe aient les mêmes droits que n’importe quel travailleur. Elle suit le blog d’ Ovidie de près, a vu (et nous en parlera peut-être) le documentaire de la réalisatrice A quoi rêvent les jeunes filles? Bref, on savait qui envoyer au charbon ce jour-là.

Ne pouvant se rendre à Lille pour la rencontre, c’est une interview faite via le téléphone qu’on va vous retranscrire ici. Alors, malgré l’heure de RDV précisée 72h avant, aucun des protagonistes n’avait pensé à filer son numéro à l’autre… C’est avec 4h de décalage sur l’heure prévue et un petit couac technique que notre apprentie journaliste a pu interroger l’auteur. Heureusement, son petit accent du sud a amadoué Hugo Drillski. Comme quoi, notre stagiaire possède deux/trois qualités. On se dit parfois que ses 500 boules par mois et ses 50% de pass navigo elle ne les vole peut-être pas.

Important: Voilà ici la partie de l’interview qui traite du bouquin et du métier d’écrivain.Il y aura une deuxième partie qui sera un portrait complet de l’auteur Hugo Drillski.

Ginette : Bon, on ne va pas se redire bonjour puisque on était sur Facebook. Je veux juste savoir si t’as pas d’écho désagréable à cause du haut-parleur.

Hugo Drillski : Non non, je suis aussi sur haut-parleur. Attends, j’tire la chasse.

Evidemment, dans une ambiance aussi détendue, la stagiaire n’a pas pris de détours inutiles pour cet entretien.

Ginette : Bon, en fait faut quand même que je te demande comment tu vas…

Hugo Drillski : Si on oublie la chaleur, tout va comme ça doit aller. Je buvais un pot avec un pote auteur, il écrit aussi chez Tabou Editions, on parlait de nos projets, c’était cool, puis j’suis rentré, pour te parler.

Ginette : Waouh. Et bien parlons ! On va commencer par le titre Fourreurs Nés. C’est ton titre de départ ou c’est une idée de l’éditeur ?

Hugo Drillski : Alors, à la base le bouquin s’appelait tout simplement Les Fourreurs. C’était un délire entre potes, dans nos grandes conversations on se demandait toujours « Alors, t’as réussi à fourrer hier ? », enfin ce genre de choses. Et comme je disais, c’est mon éditeur qui y a pensé car dans le livre il y a beaucoup de scènes qui passent par le prisme de la caméra et ça lui a rappelé le film d’Oliver Stone Natural Born Killers que du coup j’ai maté y’a pas très longtemps.

Ginette : Oui en français ça donnait Tueurs Nés. Je l’ai re-regardé justement après avoir lu ton bouquin.  Il a une bonne place dans ma DVD-thèque, j’ai dû le voir une centaine de fois.

Hugo Drillski : C’est marrant, je ne l’avais jamais vu. D’ailleurs je n’ai pas trop accroché. Bon, je m’étais endormi devant.

Ginette : C’est vrai que c’est un peu spécial même si moi j’adore. Si je ne te dis pas de conneries, après le film Quentin Tarantino qui a écrit le scenar n’a plus voulu travailler avec Oliver Stone. Je crois qu’il a trouvé ça pourri, mais à vérifier.

Hugo Drillski : C’est un peu épileptique…

Ginette : Soit, et on a clairement l’impression que le film ne finira jamais donc ça alimente le côté grotesque, mais je prends toujours du plaisir à le voir. Puis bon, le film donne même envie d’être amoureux (ndlr: poke Jérémie M.), mais ça c’est un long truc à développer alors on oublie. En même temps les références sont clairement expliquées sur la 4ème de couv.

Tu as écrit ça quand ?

Hugo Drillski : En 2013, entre septembre et mi-octobre, ça a pris 4 à 6 semaines.

Ginette : C’est peu de temps.

Hugo Drillski : Oui j’ai fait ça rapidement. Si tu te souviens, c’était la mode de Fifty Shades of Grey de E. L.James et de Juliette Society de Sasha Grey. Je me suis dit qu’il n’y avait pas de raisons que je ne puisse pas le faire donc je me suis lancé sur l’écriture du roman.

Ginette : Tu évoques d’ailleurs Sasha Grey dans le bouquin.

Hugo Drillski : Ah ça oui.

Ginette : J’ai un peu regardé ce que tu faisais, a priori tu écris depuis un bail. Fourreurs Nés c’était ton premier manuscrit long, roman ?

Hugo Drillski : J’ai toujours plus ou moins écrit. On va dire que jusqu’à mes 16 ans c’était à l’arrache mais après j’ai fait de belles découvertes comme Bret Easton Ellis, ça m’a bien sûr parlé, et j’ai vraiment commencé mais sans réelles convictions. J’essaie. On verra bien ce que ça donne. Je continue parce que j’y prends du plaisir.

Ginette : C’est pour ça que t’as lancé Contenu Explicite ?

Hugo Drillski : Oui. Je l’ai lancé il y a environ un an. J’écrivais, je faisais lire mais sans réel suivi, donc j’ai décidé de créer une sorte de communauté, un suivi. J’en profite aussi pour proposer des auteurs également.

Ginette : Parle-moi revue.

Hugo Drillski : J’ai eu comme expérience Cohues, je ne sais pas si tu t’en souviens. J’ai fait ça avec Mike Kasprzak. La revue existe toujours aujourd’hui mais je ne m’en occupe plus du tout. On s’est rencontré sur un forum avec Mike. On avait une même passion, on a pris contact sur Facebook puis on a créé ça assez rapidement.

Ginette : T’as été sur Cohues longtemps ?

Hugo Drillski : Environ six mois. A l’origine on était deux, puis trois, puis les délires étaient différents. Je suis parti de mon côté, Mike a créé Le Cafard Hérétique, et le troisième mec s’occupe toujours de la revue.

Ginette : Et là t’es passé directement à Contenu Explicite ?

Hugo Drillski : En créant Le Cafard Hérétique, Mike m’a proposé d’y écrire, ce que j’ai fait. Je suis passé à Contenu Explicite parce que clairement, une revue c’est bien mais c’est chronophage. Déjà être auteur ça prend du temps, mais si en plus tu dois lire 50 textes, organiser une promo sur le web, faire suivre des liens c’est beaucoup de temps. Mon délire à moi c’est écrire, après si un jour je n’ai plus d’inspiration ou si je n’ai que ça à faire mais franchement, j’ai déjà trop de choses à faire, écrire, les études et j’en passe. Après, comme je te disais, parfois que mets des auteurs en avant sur Contenu Explicite comme Isaiah Ory qui écrit aussi dans le Cafard.

Ginette : Oui, je suis lectrice du Cafard, je vois de qui tu parles.

Ton prochain bouquin s’appelle Fister l’Avenir, c’est ça ?

Hugo Drillski : Tout à fait. C’est dans les tuyaux. Je l’ai envoyé à Tabou. En fait, j’aimerais en caser trois. A la base c’est une trilogie : Fourreurs Nés c’est le remake d’un premier roman qui s’appelait Social Porn ; Fister l’Avenir(où Harold a une place prépondérante) c’est un remake d’un autre roman que j’avais appelé La Morale et le troisième ce sera Red Light Story et là on a toujours le narrateur de Fourreurs Nés et d’un autre ami à lui qu’on rencontre dans Fister l’Avenir. Le dernier volume ce sera dans une ambiance sombre, y’aura Amsterdam, une sorte de polar-cul.

Ginette : Comment tu te retrouves chez Tabou ?

Hugo Drillski : Comme je te disais, j’ai écrit ce roman en quelques semaines en sachant bien que je n’étais pas le nouveau Flaubert. J’étais plutôt dans le OK j’ai écrit ça en un mois, c’est la mode, j’ai envie d’être édité, d’être socialement reconnu comme auteur donc je le balance et on verra si ça marche. J’ai envoyé mon manuscrit ici et là : au bout d’un an j’ai eu quelques refus et des non-réponses. Tabou m’a répondu en décembre 2014, soit un an après que j’ai écrit mon manuscrit. A cette époque-là j’étais à deux doigts de mettre le roman sur la plateforme d’un pote (Organe Matrix) où l’on trouvait des nouvelles érotico-trash dans un style assez contemporain ou bien le mettre en autoédition en version numérique. Deux jours avant Tabou me contacte pour dire que mon manuscrit les intéresse et me demande si je cherche toujours un éditeur. Il m’a appelé au bon moment, trois jours plus tard j’aurais été dégoûté.

Ginette : Quand on voit la ligne éditoriale de Tabou, tu sors un peu du lot, non ?

Hugo Drillski : C’est vrai que le roman de fiction c’est pas ce qu’ils développent le plus. Leur truc c’est plutôt les guides sur comment trouver son point G ou bien s’attacher. Ils font aussi beaucoup de BD. Je ne pense pas que le roman de fiction soit une priorité pour le moment bien qu’ils fassent venir plusieurs auteurs. Je pense honnêtement que c’est en développement. Tabou c’est pas underground mais un peu confidentiel. Certains de leurs bouquins ont eu des papiers dans la presse féminine. Au départ leurs romans s’adressent à des 35/45 ans je pense donc forcément je dénote un peu dans la « faune » de Tabou.

Ginette : Y’a pas beaucoup de presse pour le moment sur le bouquin, j’ai pas l’impression qu’il y ait une grosse promo. Par contre, on trouve le bouquin partout.

Hugo Drillski : J’avoue que pour la presse je ne sais pas. Peut-être à la rentrée. Y’a un service presse mais comme je te le disais, je sors un peu de leur cadre habituel, c’est un premier roman chez des indépendants, j’imagine qu’ils ne gagnent pas d’argent voire même qu’ils en perdent. Moi je suis édité, je suis déjà très content. En revanche, comme tu le soulignes, il y a une bonne distribution. On le trouve partout en ligne mais aussi en physique dans les librairies, à Lille on le trouve aussi au Furet.

Ginette : Certes. Ils perdent peut-être de l’argent sur un roman, mais ils en gagnent forcément avec leurs guides pour apprendre à sucer ou à assumer le bondage ! Et n’y vois là aucun jugement de valeur sur leurs éditions, quand j’avais 15 ans j’étais bien contente de tomber sur ce genre de bouquins qui expliquent comment faire pleurer un mec de bonheur en maîtrisant l’art de la fellation. Contente pour toi que tu sois content d’être édité, si ils ont un service presse c’est que ça doit bosser mais bon pour l’instant y’a rien de très visible. En même temps, si c’est à l’image de l’investissement fait pour la couverture… Pardon, c’est plus fort que moi, je me doute bien que t’as pas eu ton mot à dire pour la couverture mais moi j’ai deux trois trucs à leur dire sur cette couverture parce que je trouve qu’elle ne te rend pas service, loin de là. Alors OK, le titre est ce qu’il est, on a bien conscience qu’on est chez Tabou Editions et ça ne me pose aucun problème de lire un bouquin qui s’appelle Fourreurs Nés, mais bordel, la couverture… Non sérieusement ? Je suis rarement emballée par les couvertures de bouquins mais celle-ci… Je vais être honnête, j’avais vu la couverture du livre circuler sur les réseaux sociaux et si on ne me l’avait pas envoyé, jamais je ne l’aurais acheté. Et le pire, c’est que j’aurais eu tort car le contenu est au-dessus de ça. Par curiosité, je suis allée sur le site de l’éditeur, et franchement, y’a plus classe quand même… C’est pas toujours très élégant, mais c’est rarement aussi cheap que cette couverture-là. En réalité, je ne sais pas quel est le public visé, mais je pense que le roman méritait mieux que ça. Et quand on bloque sur la couverture, ben on s’arrête aussi sur les coquilles concernant la mise en page etc. Lancer un jeune auteur de 23 ou 24 piges c’est super bien et bravo, d’autant plus qu’on sent que tu en as en a sous le sabot mais concrètement, je me suis demandé dans quelle mesure ton travail d’auteur avait été pris au sérieux. Tu ne peux que progresser et densifier ton style. On te sent certes parfois hésitant, on se demande occasionnellement si tu assumes totalement ce que tu écris, mais il s’agit de petites choses à rectifier. Pour être sûre que le problème ne venait pas essentiellement de moi, j’ai tenté une expérience. J’étais à Paris, dans une salle de concert, il y avait deux groupes de rock. Le public était essentiellement composé de mecs. Je leur ai demandé de poser avec le bouquin, en leur assurant qu’on ne verrait pas leur visage. Je me suis pris une quinzaine de refus. Au final c’est une nénette que je connais (merci Carole) qui a fait la photo. Je pense que ça résume tout ! Mais bon, j’arrête là car au final c’est ton contenu qui m’intéresse. Mais merde ! Bon si, j’en rajoute une couche : lire ça quand t’es une meuf sur un banc dans un jardin public, ben t’es sûre d’attirer tous les vicieux du parc. Et comme je le disais, oui le livre fait dans le cul, oui y’a du hardcore, mais c’est pas seulement ça, c’est aussi une photographie de la société dans laquelle on vit. Bref.

Hugo Drillski : Elle se comprend la couverture. Fourreurs Nés versus Tueurs Nés, on est dans les 90’s, look un peu punky. Après on est dans une autre culture de l’image, on n’a pas le même âge que l’éditeur et son public. J’ai été surpris qu’on me mette en commentaire sur Amazon par exemple que la couverture avait donné envie de lire le bouquin et c’est tant mieux. C’est sûr que par rapport à d’autres livres qu’ils éditent, ma couverture est moins sobre. Tu sais moi je n’ai aucune prétention sur un livre écrit en quelques semaines. Après c’est certain que si j’avais pu faire la couverture j’aurais proposé autre chose.

Ginette : Ce que je veux dire Hugo, c’est qu’en voyant la couverture, je m’attendais à ce que ce soit bien plus mal écrit alors forcément j’étais agréablement surprise, c’est peut-être là l’essentiel même si je reste convaincue que le décalage contenant/contenu ne te rend pas forcément service. Après, c’est mon côté relou de meuf qui a une éducation à l’image approfondie parce qu’elle a étudié ça.

Hugo Drillski : Tu parles du contenu mais avouons qu’il y a de la vulgarité.

Ginette : C’est évident ! Enfin moi j’appelle ça aller droit au but.

Hugo Drillski : On n’est pas dans la grande classe quand même dans ce bouquin.

Ginette : Soit ! Mais c’était pas le but j’imagine. Puisqu’on parle de classe : t’en connais beaucoup des Cécile ?

Hugo Drillski : Ahaha ! Ben oui. Cécile n’est pas le vrai prénom mais pour la créer je m’inspire d’histoires fortes que j’ai vécues. Bien entendu j’extrapole, je suis un humain lambda, je n’ai pas été dans du glauque comme mon narrateur mais t’as une bonne base de réel dans le comportement de Cécile.

Ginette : T’as des copines sympas quand même parce qu’une éjaculation faciale au premier RDV… Waouh t’as dû être content ! Cela dit, ça pose le cadre.

Hugo Drillski : Tout le roman s’articule autour d’un combat de fiertés. C’est un combat d’égos de deux personnes qui se font surprendre l’une par l’autre. Au final, c’est un roman féministe.

Ginette : Elle prend le pouvoir. Elle enchaîne les expériences mais garde le contrôle y compris dans l’humiliation, c’est lui qui est accro et qui souffre de la relation donc ouais possible.

Hugo Drillski : Il pense mener le jeu mais il se fait bien malmener.

Ginette : Au début du bouquin tu racontes un truc du genre « la pipe c’est la métaphore de la lutte pour l’égalité ».

Hugo Drillski : Ça fait partie des considérations parfois misogynes voire limites du narrateur. La position prise est extrême mais elle n’est pas un non-sens.

Ginette : Et tout le bouquin est comme ça. On ne va pas trop en dire pour ne pas spoiler, mais j’aimerais qu’on fasse un arrêt sur image sur cette scène finale complètement loufoque et surréaliste. J’ai eu mille images qui sont venues envahir mon esprit. De la scène de partouze dans Le Parfum de Süskind à la scène de « cul à cul » dans Requiem for a Dream d’Aronovski le tout dans une ambiance snuff movie/real TV/ dark web.

Hugo Drillski : Un film qui m’a bien inspiré c’est A Serbian Film réalisé par Srdjan Spasojevic. L’as-tu vu ?

Ginette : Pas encore. (ndlr : depuis l’interview, la stagiaire a maté ce film un soir de canicule et WTF : mega trauma mais putain de film!)

Hugo Drillski : Il faut que tu le voies alors. Au-delà de l’aspect glauque et malsain, l’esprit m’a marqué. (ndlr : tu m’étonnes mec !)

Ginette : En fait quand le narrateur se fait kidnapper par les deux amazones on s’attend…

Hugo Drillski : … à un torture-porn ?

Ginette : Oui. Tes héros c’est un peu des tocards.

Hugo Drillski : Oui, comme le dit le résumé, ce sont des losers. Ces gens ont une haute opinion d’eux-mêmes avec des esprits empoisonnés par la société de l’image, le porno par exemple. Ils sont victimes des styles de vie vendus dans les clips de rap hyper bling-bling avec argent facile, nanas faciles… Ils grandissent et vivent dans cette société otage de l’image où les seules limites sont celles de l’imagination. Ils ont la vingtaine entamée, professionnellement ils ne sont pas grand-chose, socialement oui ils baisent des meufs mais n’ont aucune valeur. Les héros sont imbuvables. Harold n’a comme seul argument la taille de son sexe. Le roman est drôle mais très pessimiste.

Ginette : Tu connais le film Génération 90 ? Dans ce que tu dis, y’a de ça qui est dépeint et quand on le revoit aujourd’hui, on se dit que les No Future des 70’s sont vécu par la génération 90. Le film est ce qu’il est mais ce malaise ambiant, ces difficultés à passer des caps et à entrer dans une vie professionnelle en sortant de la fac, ces difficultés à construire des relations ou à les assumer… Personne n’a vraiment sa place où que ce soit, chacun cherche où il doit être tout en voulant rejeter le modèle dans lequel il baigne.

Hugo Drillski : Je ne connaissais pas non. Y’a un aspect génération perdue. Dans Fourreurs Nés il y a ces gens qui cherchent à se distinguer tout en se conformant. Du coup ils finissent forcément dans un cul-de-sac car plus ils pensent d’émanciper et plus ils ressemblent au contraire de ce qu’ils voudraient être pour la simple et bonne raison que la société c’est pas un clip de rap.

Ginette : Il suffit de regarder les hipsters parisiens pour comprendre.

Hugo Drillski : Oui, ils cherchent à s’émanciper et finissent par tous se ressembler.

Ginette : Comparé à tes héros, DSK c’est un gros puceau. (ndlr : la stagiaire nous a annoncé que DSK avait ouvert un compte twitter qu’elle suit en espérant de pures punchlines, l’auteur vient de Lille, le Carlton y est en bonne place, bref, association d’idées pourries complètement assumée)

Hugo Drillski : Grave.

Ginette : Harold c’est un hommage à Selby ou bien je rêve Selby ? (ndlr : In Selby Jr we trust à la rédac)

Hugo Drillski : Rien à voir. Le narrateur est inspiré de manière caricaturée de moi et c’est pareil pour Harold qui est l’inspiration de mon meilleur pote qui ne s’appelle pas Harold mais presque.

Ginette : A un moment dans le livre on peut lire : « Être écrivain aujourd’hui c’est comme être handicapé mental sous le IIIème Reich. ». Dissertons-donc !

Hugo Drillski : Le métier d’écrivain est un peu désuet. Enfin si on ne le repense pas, on peut se dire que devenir écrivain aujourd’hui c’est un peu comme décider de faire carrière dans les reliures à la main ou éditer ses livres de façon manuscrite… Tout le roman traite de l’image, écrire un roman sur l’image c’est peut-être un peu décalé. Et la référence avec les handicapés mentaux sous le nazisme c’est juste pour dire que c’est compliqué.

Ginette : On parle statut de l’auteur ?

Hugo Drillski : Pourquoi pas. Déjà quand t’es auteur, éditer en indé n’a pas le même sens que se produire en indé dans le milieu de la musique. Le monde du livre est toujours très traditionnel malgré les nouveaux supports qui peinent à se développer en France notamment. Dans le livre si tu dis que tu es écrivain et que tu t’autoédites tu fais marrer tout le monde : la seule chose que se disent les gens c’est que t’es indé parce qu’on ne veut pas de toi. Et quand tu trouves un éditeur, tu touches 8%, c’est difficilement viable avouons-le. En revanche, dans le monde de la musique, la connotation est tout autre. Réussir en indé ça a plus de gueule dans ce monde-là. C’est même souvent plus valorisant.

Ginette : Non mais peut-être qu’un jour on va se pencher sérieusement sur une révision du droit d’auteur. Alors, je m’excuse pour cet aparté mais je glousse dans je sais qu’il y a droit d’auteur jusqu’à 70 ans après la mort mais que de son vivant l’auteur touche 8%. C’est de son vivant qu’il a besoin de bouffer et payer son loyer, de ses ayants-droit on s’en tamponne un peu. Qu’ils perçoivent un meilleur pourcentage quand ils sont vivants, et qu’on baisse cette durée de 70 ans qui est totalement loufoque. Mais bon, j’ai bien conscience que Fleur Pellerin and Co se fichent de ce que je peux penser !

Hugo Drillski : En même temps ça ne m’étonne pas que ça ait du mal à se réformer dans le monde du livre, ça reste traditionnel. Dans les autres milieux comme le cinéma ou la musique, les évolutions se font lentement mais se font malgré tout or ces évolutions se font parce que le piratage existe et qu’il est pratiqué de manière intensive dans ces domaines-là. Le monde du livre ne se remet pas en question au même titre qu’eux parce qu’il pense que le livre est moins soumis au piratage.

Ginette : En France on utilise peu les formats électroniques pour le moment mais en Espagne, en Grande Bretagne, aux Etats-Unis on estime qu’un livre sur trois ou un livre sur quatre acheté l’est sous format électronique, donc la question du piratage va et doit se poser également. En même temps, avec une liseuse je n’aurais pas focalisé sur la couverture !

Hugo Drillski : Tout est dit.

Partie 2