Occupy Elysee ! #Porntoshop

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PORNTOSHOP: Un nom aussi mystérieux qu’évocateur.

La stagiaire nous avait dit que le premier numéro avait été lancé lors de l’anti-marché de Noël à la Recyclerie en janvier dernier. Le thème était la #COP21.

Pour la sortie du numéro 2, #Présidentes, on a tenu à rencontrer la mystérieuse créatrice et éditrice de la revue. On a discuté, débattu, quelque part dans le 19ème autour d’un verre de porno, de féminisme, de politique et de ce qui lie tous ces éléments.

Le principe: faire entrer le corps de la Femme à l’Elysée. Pouvoir et féminin ne sont pas antinomiques.

La surprise: aucun sans faute pour ces messieurs…

Que dire? #OccupyElysee !

Rencontre

Ginette : Salut ! On se rencontre enfin ! Il y a 4 mois environ tu as sorti un premier numéro de Porntoshop autour de la COP21. Il y a trois semaines tu as lancé le 2ème numéro de la revue. Il s’appelle « Présidentes » et pour résumer tu utilises des citations hyper machistes de présidents de la Vème République que tu mets en images en posant leurs têtes sur des corps de femmes afin de faire entrer la Femme à l’Elysée.

Porntoshop : Pour la COP21 j’étais dans l’actu mais en réalité j’avais besoin d’une échéance pour me lancer. Je me suis dit qu’on en parlerait beaucoup, que ce serait dans els débats du moment donc j’ai sauté dessus. Il y avait aussi le côté hyper décalé de coller des têtes d’hommes politiques sur des corps d’actrices porno le tout en parlant de la COP21. C’est même un peu tordu mais j’étais motivée alors j’y suis allée.

Ginette : Pour un objet livre et pas un blog, un Tumblr ?

 Porntoshop : A la base c’était le cas mais on m’a suggéré d’en faire un magazine papier ce qui était une bonne idée. Je bosse sur Internet, je connais très bien Internet donc j’aurais pu continuer ainsi mais l’avantage du livre, c’est l’objet en lui-même justement. Tu as un objet fini entre tes mains. C’est très satisfaisant, c’est agréable. Tu as l’impression de donner naissance à quelque chose à chaque fois. Tu peux faire une soirée de lancement, voir les personnes qui vont l’acheter, l’avoir. Avec un site cette dimension là n’existe peu peu ou pas.

Ginette : PRÉSIDENTES ?  Comment ? Pourquoi ?

Porntoshop : Je crois que le déclic a été de voir les masques de Hollande et Sarkosy dans les magasines de farces et attrapes !

Ginette : Tu sais qu’il y en a avec DSK dans des sex-shops à Pigalle ?

Porntoshop : Effectivement, mais comme il n’a pas été président… Mais dans des sex-shops directement ?

Ginette : A y être ! Dans le numéro 1, il ne s’agit pas de masques.

Porntoshop : En effet, c’était du photomontage mais ces fameux masques justement m’ont fait changer le concept : créer mes propres photos avec mes propres mises en scène donc faire poser des filles que je connais avec des masques de présidents de la Vème République. Je voulais que les filles posent vraiment, que les photos soient érotiques, un peu dénudées, très féminines dans le cliché du féminin et y associer des têtes de présidents. L’idée c’est de faire correspondre au pouvoir très masculin des corps très féminins qui sont deux choses jamais associées. Généralement, quand une femme « prend le pouvoir » au sein d’une entreprise ou de en politique, elle a tendance à de séparer de ses attributs féminins, à se viriliser, à se masculiniser afin de se crédibiliser. C’est dommage. La Femme doit pouvoir être féminine si elle en a envie, ou virile, ou masculine, mais ça doit émaner d’une envie. Porter du vernis à ongles ne fait pas de quelqu’un une personne qui ne serait ni intelligente ni apte à diriger des équipes, des entreprises ou tout simplement avoir de bonnes idées. Je veux créer ce décalage homme/femme/pouvoir/féminité mais en y agrégeant des citations de ces messieurs sur le pouvoir au féminin. Je ne pensais pas que je tomberai sur une mine d’or des citations misogynes.

Ginette : Premier constat : aucun président n’est exemplaire sur ce sujet…

Porntoshop : Non… Par contre y’a une évolution avec les deux derniers présidents, Sarkozy et Hollande. Le ton est différent. On sent une évolution, déjà dans les faits ils ont fait rentrer plus de femmes dans leurs gouvernements. Y’a peut-être plus de « subtilités ». La citation de Nicolas Sarkosy sur la parité bruyante (ndlr : « C’est bien la parité en politique, mais c’est bruyant ! »). Ce n’est pas « subtil » mais on n’est pas dans le gros bourrin macho dragueur comme le sont VGE et Chirac ! Hollande c’est encore un cas à part. Il dit « Etre un socialiste, c’est être un féministe. Nous en avions débattu car, pour certains, la proposition n’allait pas de soi. Mais elle l’avait emporté car comment prétendre vouloir l’égalité sans, au préalable, affirmer celle entre les femmes et les hommes ? Je suis donc féministe ! Et toujours socialiste. » mais en même temps quand on voit dans quelles mesures il est aujourd’hui socialiste, on peut douter de son féminisme aussi… Je maintiens que ça reste différent des phrases de Giscard ou Chirac ! Cette phrase est contemporaine de la création de ce fameux ministère des Familles, de l’Enfance et des Droits des Femmes ! Il associe le droit des Femmes à la famille et à la petite enfance, bienvenue 40 ans en arrière ! Après, c’était « pain béni » pour moi, j’ai eu le temps de l’intégrer à mon magazine. Il aurait presque pu faire un sans faute. Presque !

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Ginette : Sur le nombre de femmes dans les derniers gouvernements, il est en augmentation certes (quid de la parité ?) mais pas aux ministères régaliens… Ministère de l’Intérieur ? On n’a connu qu’une seule femme Premier Ministre, Edith Cresson, et ce fut fulgurant…

Porntoshop : Hollande le dit très maladroitement en 2012, en disant « Ce sera un bon principe que d’avoir autant d’hommes que de femmes dans un gouvernement, cela ne veut pas dire que les responsabilités seraient les mêmes. ». C’est une grosse bourde… Que ce soit un lapsus ou non, ça parle !

Ginette : Le clip est très beau, très classieux je trouve.

Porntoshop : Je sais qu’on pourrait me reprocher de parler féminisme en faisant poser des femmes en tenues sexys, dans une sorte de posture clichée du féminin, mais déjà moi mon point de départ c’est l’image : je veux un visuel accrocheur. Je les trouve belles. J’ai grandi en regardant beaucoup de magazines comme Vogue par exemple. Je voulais que ce soit beau ! Quitter le porno du premier numéro c’était quand même un soulagement. Le premier c’était du porno, et du porno même en noir et blanc c’est violent, hyper agressif, ça me gênait un peu dans le premier numéro. Je voulais quelque chose de plus doux. Cela dit, il y a des réactions quand même dures sur les réseaux sociaux : « c’est pas bandant », « c’est un somnifère du sexe ». Réactions que je ne partage pas du tout en voyant ces images.

Ginette : Les gens parlent du côté Aphex Twin ?

Porntoshop : (Rires) Effectivement c’est un peu tordu… C’est en noir et blanc, elles bougent lentement, c’est sensuel !

Ginette : Je ne suis absolument pas outrée par le côté féministe/meufs en culottes ! Le féminisme est protéiforme. Les discours féministes ne sont pas tous compatibles. Il y a des féministes anti-porno, et il y a des féministes qui revendiquent le porno ! Idem avec les travailleurs du sexe !

Porntoshop : Pour moi, le message important c’est qu’une femme ne doit pas abandonner sa féminité ou ce qu’elle suppose l’être autrement que par choix ! Le caractère féminin est associé à de la faiblesse, à quelque chose de négatif ! Moi j’ai voulu dire : « vous, présidents, vos têtes ont atterri sur des corps de femmes et vous n’en devenez pas moins forts ! ». Ces femmes sont puissantes ! Tu veux être soutien-gorge et ne pas être faible ou victime. Ce n’est pas anecdotique ! Quand t’es une femme au quotidien, tu as l’impression de porter une faiblesse en soit juste parce que tu es en jupe, que tes ongles sont vernis, que tu es coquette alors que non ! Je revendique totalement ce pouvoir là ! Quelque chose de très révélateur : je fais beaucoup de montages, j’aime coller des têtes sur des corps… Bref !  Et quand je colle la tête d’un copain sur le corps d’une femme il y a vexation alors que ça n’arrive jamais dans le cas inverse, comme si quelque chose d’infamant venait de se produire.

Ginette : Tu passes pour la briseuse de virilité ?

Porntoshop : Oui alors que je ne brise rien du tout ! J’attribue simplement d’autres caractères ! Jamais, je me répète, je n’ai eu de réactions négatives de la part de femmes. On peut trouver ça anecdotique, moi pas. Les réactions sont folles. Je veux redonner du pouvoir au corps de la Femme !

Ginette : Je parle souvent d’Ovidie. Je trouve qu’il y a dans son discours quelque chose de terriblement fort en disant stop à l’infantilisation ! Elle parle du porno mais pas que, des travailleurs du sexe en général. Ce qu’elle dit c’est que si tu ne subis pas, quel est le problème ? Pour moi il n’y a pas antinomie dans « porno féminisme ».

Porntoshop : Je me doute que des gens vont avoir dans la tête en voyant le clip « ah femmes objets » etc. mais ça ne me gêne pas si après ils viennent lire le magazine, ils viennent lire les citations et finissent par comprendre que je dénonce quelque chose ! Ces images ne sont pas innocentes et il faut les prendre avec les citations qui les accompagnent ! Après, si les gens s’arrêtent à ça : tant pis ou tant mieux, ça m’est égal. Je veux aussi accrocher le regard, je ne veux pas m’en cacher. Si des gens veulent aller plus loin tant mieux ! Sinon…

Ginette : Oui, après tout si les gens ne savent pas lire une image. Parce que concrètement, c’est de ne niveau-là ! Je repense à la polémique il y a quelques années à propos de l’affiche de l’album de Damien Saez, J’accuse ! T’as une superbe photo de Mondino qui montre une meuf dans un caddie : CENSURE dans le métro, ça hurle au loup et j’en passe. Ces gens-là n’ont même pas pris en note le titre explicite : J’ACCUSE ! Un « J’accuse » au dessus d’une nana dans un caddie, et non, on ne comprend pas, on crie à la misogynie… Y’a un moment où quand on a à faire à des ânes…

Porntoshop : J’ai lu Beauté Fatale de Mona Chollet il y a plus d’un an et elle évoque toutes les pressions subies par le corps féminins. Je ne comprends pas qu’on puisse être choqué par cette femme dans le caddie alors que pour moi, et j’en ai pris conscience il n’y a pas si longtemps que ça finalement qu’on nous badigeonne la tête avec des corps de femmes irréelles, parfaites soit disant. La violence elle est là parce que là, nulle part est écrit « J’accuse » ! C’est considéré comme normal. Tu t’étonnes après que toutes les filles soient hyper complexées ! Autour de moi c’est comme ça aussi. Mes amies qui ont posées dans le clip et pour les photos étaient complexées pour certaines, pas à l’aise pour d’autres. C’était loin d’être évident finalement. J’ai moi-même posé et j’ai compris que ce n’était pas facile. Quand tu te rends compte que tu as intégré des codes malgré toi, c’est très dur de se trouver à la hauteur. Je sais que je veux faire poser des hommes dans les prochains numéros : des hommes avec des masques de femmes et je veux voir comment eux réagissent à ça ; au fait d’être exposés dans ce contexte-là, dans un magazine féministe. Toutes les filles qui posent dans ce magazine se disent féministes et le sont ; néanmoins, s’exposer n’a pas été facile. Tu as beau te dire « mon corps je l’aime je le revendique et j’en suis fière ».

Ginette : C’est « marrant » ce que tu dis parce que quand je vois le clip, j’vois juste des nanas canons, c’est pas un freaky show. J’ai montré ce clip à des copines, et elles, elles étaient dans « elles sont trop parfaites, encore de la blanche bien foutue etc. ».

Porntoshop : Et elles sont toutes complexées. C’est très intéressant en fait de voir comme on perçoit les choses.

Ginette : Mon père dit que le seul ennemi de la Femme c’est la Femme…

Porntoshop : C’est nous qui portons les regards les plus intolérants envers nous-mêmes, et par extension avec les autres… Il suffit de penser à notre propre regard sur une fille qu’on croisera et qui sera un peu trop racoleuse ! Rien que dire ça déjà ça en dit long… C’est quelque chose sur lequel il faut travailler en permanence, dans notre quotidien.

Ginette : Tout ça me fait penser à l’affaire Lena Dunham (série GIRLS). Il y a quelques temps, elle a poussé un cri de colère contre un magazine espagnol qu’elle accusait de l’avoir photoshopée. Le net s’empare de l’histoire bien entendu. Le zine espagnol lui explique qu’il n’y a pas eu retouche, elle dit que c’est impossible. Finalement, on lui montre les photos et en effet : on ne l’a pas trafiquée. Lena Dunham c’est la nana qui par excellence revendique son corps imparfait. Elle dit, et je le lui souhaite, avoir intégré ça et le vivre normalement. Or, cette nana, qui est donc supposée ne pas avoir de regard biaisé sur elle-même, ne se reconnaît pas sur une photo. Et très honnêtement, j’ai trouvé ça tellement violent pour elle. Quid de la dysmorphophobie ?

Porntoshop : Mona Chollet en parle dans Beauté Fatale de ce sujet. Elle évoque un top model que son mec filme. La nana qui fait rêver par définition, en réalité vit un véritable calvaire. Le féminin c’est ça : te montrer l’inaccessible. Si ton premier problème était de perdre trois kilos, une fois ces kilos envolés tu verras qu’il y a autre chose. Tu ne seras jamais à la hauteur, tu te sentiras à côté de la plaque.

Ginette : C’est de l’ultra-violence…

Porntoshop : Je suis loin d’avoir fini de travailler là-dessus. Voir comment tes potes réagissent quand tu les prends en photo, voir comment elles s’aiment ou pas… Et je suis la première concernée.

Ginette : Moi je ne me reconnais même pas sur les photos, je vis ça difficilement une photo. Quand on en prend de moi et qu’on me tague sur les réseaux sociaux, c’est une petite mort. Je ne parviens pas à me dire que celle que je vois, qui est moi, c’est réellement moi. Je m’imagine tellement différente que je ne peux que comprendre tout ça. Et là on parle de la société en général. En politique c’est carrément une autre dimension.

Porntoshop : Pour les femmes en politique, le corps est souvent un objet problématique. Une femme qui met une robe ça pose problème par exemple (ex : Duflot). Rama Yade raconte qu’un jour à l’Assemblée Nationale un député lui a dit « Personne ne te le dira mais ta jupe est trop courte. ». Quand t’es une femme et que tu assumes d’avoir aussi un corps, c’est compliqué donc en politique ça reste problématique aussi, par extension. Assumer d’être une femme avec un corps de femme, c’est utilisé comme instrument servant à décrédibiliser. Tu ne peux pas avoir une robe et être sérieuse. Ne parlons pas des jupes courtes. C’est pour ça que dans #PRESIDENTES Nicolas Sarkosy tire sur sa jupe, un peu gêné. Cela dit, il y a une évolution: regarde comment on parle de Hollande! Flamby… Il y a quelque chose qui dit que finalement, il « dévirilise » le pouvoir avec un surnom pareil…

Pour trouver PORNTOSHOP: https://www.facebook.com/porntoshop/timeline

 

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Il était une fois… #PrieurDeLaMarne

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PRIEUR DE LA MARNE… La première fois qu’on a aperçu son nom à la rédac c’était sur le fil instagram du duo électro rémois THE SHOES qui avait signé Time to Dance et qui depuis est devenu une référence ! Reims a vu émerger une impressionnante scène musicale ces dernières années, Yuksek / Brodinski / The Shoes et j’en oublie sûrement… A la ville, « Prieur de la Marne » est Guilhem Simbille, un des programmateur du festival ELEKTRICITY de Reims justement, et on croit savoir qu’il bosse à la Cartonnerie.

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On a pris rendez-vous pour une interview, c’était samedi dernier, et comme il pleuvait ce jour-à, on a envoyé la stagiaire. Elle a rejoint Prieur de la Marne devant un café, près du cimetière du Père Lachaise à Paris et fait notable, l’interview a eu lieu alors qu’il bossait sur une compo spéciale « Valentine Day »!

Rencontre

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Ginette : On est où en ce samedi pluvieux ?

Prieur de la Marne : Entrons au Zhorba. J’avais besoin d’un café et je me suis abrité en sortant du Père Lachaise.

Ginette : Et bien entrons au Zhorba. Tu faisais quoi au Père Lachaise ? Un samedi après-midi où il pleut, tu vas « saluer » qui au Père Lachaise ? Jim Morrison ? Allan Kardec ?

Prieur de la Marne :  Je suis un grand marcheur. Et aussi souvent que possible j’aime bien déambuler dans des cimetières. Pas spécialement pour saluer quelqu’un en particulier mais plutôt pour y chercher du calme. La je suis allé voir Marie Trintignant.

Ginette :  Je faisais ça quand j’étais petite, mon père fabriquait des tombes en marbre, et j’aimais déambuler dans les cimetières où il bossait. D’ailleurs, je piquais des fleurs à ceux qui en avaient trop pour les donner à ceux qui n’en avaient pas. Marie Trintignant elle t’évoque quoi ?

Prieur de la Marne : Marie Trintignant c’est cette petite sauvage dans « Série Noire » d’Alain Corneau aux côtés de Patrick Dewaere… C’est aussi la fille de mon acteur préféré. Et puis c’est cette tragédie de Vilnius. Je n’ai pas super envie de m’étaler Bertrand Cantat. Il était une icône de mon adolescence… Je le considère aujourd’hui comme un animal…

Ginette : Est-ce que cela signifie qu’on n’entendra ni Noir Désir ni Détroit dans tes reworks?

Prieur de la Marne : [il lève les yeux au ciel  ndlr]

Ginette : Tu parlais de Jean-Louis Trintignant, donc je rebondis sur lui, et sur le cinéma. Il est très présent dans ton travail le 7ème art.

Prieur de la Marne :  Enfant j’étais souvent congédié dans ma chambre. J’étais turbulent et pour tuer le temps je dessinais des heures durant en écoutant les disques de ma mère. Je pense que c’est la que j’ai commencé à associer malgré moi des images à des mélodies. Et puis le cinéma est entre dans ma vie. Mon père m’a emmené voir Oradour-sur-Glane et la semaine suivante il m’a montré « le vieux fusil » de Robert Enrico… Le choc des images de Romy Schneider brûlée vive, de Noiret pleurant toutes les larmes de son corps et cette bande son de François de Roubaix… C’est un trauma mais c’est aussi un repère dans mon travail d’artiste aujourd’hui.

Ginette : Ça explique donc pourquoi tu as fait tout un travail autour de Romy Schneider. C’est de l’hommage ? Une purgation des passions ?

Prieur de la Marne :  Mon père était amoureux d’elle. C’est ce qu’il disait à table devant ma mère… Moi je me suis intéressé à la vie de l’actrice assez récemment. Je pense que c’était certainement pour régler un truc inconsciemment mais surtout parce que j’ai pour elle une grande admiration… Pour son parcours, ses choix (y compris celui de sa disparition) et pour sa beauté intemporelle… Mais je pense en avoir fini avec elle. Je cherche désormais une muse qui fait partie de ma réalité (rires)

Ginette :  Comment est né « Prieur de la Marne »?  Je ne sais pas ce qu’il en est réellement, pour moi ce n’est pas qu’un nom d’artiste, c’est plus une sorte de projet/concept!

Prieur de la Marne : Les contingences de ma petite vie m’ont conduit à traverser des Périodes de douleur et d’ennui profond. Lors de mon dernier épisode dépressif j’ai tué le temps en m’intéressant à Romain Gary… Le plus grand créateur de personnages à mon sens et un artiste total qui souffrait en écrivant.

En relisant « la vie devant soi » et en creusant l’épisode Émile Ajar j’ai eu l’idée de créer le personnage Prieur de la Marne… Comme une projection d’un homme que je ne suis pas dans la vraie vie mais qui est tout de même une sorte d’alter égo… Le diablotin posé sur mon épaule qui surgit en même temps que l’inspiration.

Ginette : Ce que tu dis m’inspire un vers de Verlaine, dans Mon rêve familier:

 » Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même Ni tout à fait une autre »

Bien entendu la thématique n’est pas la même, mais c’est ça qui me vient en tête instinctivement. Cet alter ego, c’est une version décomplexée ? Améliorée ? Sublimée ? Ou possède-t-il également des défauts que tu n’aurais pas ?

Prieur de la Marne : Les défauts et les qualités sont volontairement très exagérés… C’est évidemment une projection sublimée et décomplexée. Le chevalier sans peur et sans reproches que j’aimerais être au quotidien.

Ginette : « Prieur de le Marne » est-il narcissique ? Il se met en scène dans les reworks, il rend hommage à ses potes aussi mais les reworks ressemblent parfois à une sorte d’ego-trip .

Prieur de la Marne : Oui, Prieur de la Marne est un vaste ego-trip. Il s’autorise effectivement des mises en scènes souvent too much mais c’est la différence qu’il a décidé de cultiver. Rien ne lui paraît plus triste que le consensus mou et la tiédeur. Alors pour tromper son ennui et amuser ses potes il se met en scène avec en point de mire le fantasme de mourir un jour sur scène… Que ce soit à la mi-temps du superbowl ou en faisant le DJ pour un bal populaire ou un mariage.

Ginette :« Viens mais ne viens pas quand je serais seule / Quand le rideau un jour tombera /Je veux qu’il tombe derrière moi. « 

J’ai lu quelque part que « Prieur de la Marne » est un dandy. Alors, c’est quoi un dandy en 2016 ? C’est ce dandy qui décide de quitter sa table de mix pour aller taquiner le dancefloor?

Prieur Ceinture

Prieur de la Marne : Un dandy je ne sais pas ce que c’est… Dans l’inconscient collectif de 2016 et sur ces blogs de style tous plus creux les uns que les autres j’imagine que c’est quelqu’un qui préfère les bottines aux Air Max… D’où ces allusions au dandysme… Le Prieur de la Marne qui décide d’abandonner ses platines pour aller danser c’est celui qui est ha-beat-é, qui a le diable au corps et qui ne résiste pas à esquisser deux pas de danses quand il envoie « l’amour à la plage » de Niagara ou « lovefool » des Cardigans.

Ginette : Je suis d’accord, en fait « dandy » c’est tellement sur-utilisé et galvaudé que je m’interroge toujours… Comment Guilhem voit-il Prieur? Est-ce qu’il l’envie?

Prieur de la Marne :  Je le vois parfois comme un guignol inutile, drôle mais inutile. Donc ces temps-ci j’essaye de mettre du sens dans le travail de Prieur de la Marne. Lui donner un côté utile. Je travaille notamment sur des objets de merchandising entièrement faits main dont les recettes serviront des projets très nobles. Je pense au Colibri mais pas seulement… Je travaille aussi sur un projet qui s’intitulera « exodes » et qui illustrera, à ma manière, toutes ces tragédies quotidiennes que vivent ce qu’on appelle en ce moment les migrants…

Ginette : Dans tes reworks, il y a des discours politiques, des déclamations de poèmes, des messages. Je n’imagine pas que c’est fait innocemment, c’est tellement travaillé, pointu!

Prieur de la Marne :  Ce n’est jamais innocent. La collection sortie chez Alpage s’intitule « Messages Personnels ». Dans chacun de ces objets sonores, il y a un message que j’adresse à une personne qui parfois se reconnaît parfois non. C’est effectivement un travail de précision. L’idée est toujours de raconter une histoire. L’auditeur est libre d’en faire sa propre lecture.

Ginette : Bien sûr ! Sinon c’est plus de l’art et juste du placement de « produit ». Le travail sur François Mitterrand m’a bouleversée. Dans quel contexte ce travail est-il né ?

Prieur de la Marne :  On m’avait proposé de faire un Mix pour l’anniversaire des attentats de Charlie. Je ne voulais pas le faire. En revanche illustrer les deux mandats Mitterrand à l’occasion des 20 ans de sa mort me paraissait intéressant. Raconter la complexité du personnage, son cynisme, sa cruauté et sa mégalo… Le montrer comme le dernier Roi de France, par son côté bâtisseur (il a quand même construit la pyramide du Louvre par amour pour Anne Pingeot). Remettre en perspective les réformes qu’il a initiées et toutes les désillusions de la gauche qu’il a également provoquées, le tango malsain qu’il a dansé avec Le Pen… C’était un travail pour moi. Je ne l’aurais fait pour aucun autre homme politique…

Ginette : Pourquoi pour aucun autre homme politique?

Prieur de la Marne : Exception faite de Christiane Taubira pour son courage et sa droiture, je peux dire sans rougir que je déteste cordialement la classe politique actuelle. En revanche j’ai un attachement sincère et un immense respect pour les élus locaux (je ne parle pas de la ville que j’habite) mais de tous ces humbles militants qui se battent tous les jours dans nos quartiers et nos villages, qui sont à l’écoute.

Ginette : « Prieur (Crieur) de la Marne » c’est le nom d’une figure marquante de la Révolution. Ta révolution à toi, c’est quoi ? C’est ce que tu évoques quand tu parles de projets utiles et engagés ?

Prieur de la Marne : Ma révolution personnelle, c’est déjà de sauver ma peau et ne pas sombrer dans le désespoir. En ce sens Prieur de la Marne m’aide beaucoup. L’autre révolution est en marche. Mais c’est une évolution, un changement sociétal profond qui est en route. Je fais le distinguo entre révolution et évolution parce qu’une révolution, en astronomie n’est jamais qu’un tour sur soi-même… Ce qui revient à dire un retour à la case départ…

Ginette : Justement, je voulais qu’on aborde la thématique de la mélancolie et du désespoir. Encore une fois, je te parle d’impressions que j’ai, je ne te connais pas.

A chacune ou presque de tes compositions, je suis à la fois: émue (il y a des souvenirs de ma petite enfance qui refont surface, selon les chansons, parfois bons parfois pas) ; troublée ; mélancolique ET enjouée (y’a un côté loufoque, surréaliste, un effet que me fait uniquement Philippe Katerine en général et ça, ça crée un appel d’air, y’a une bouffée d’air frais, et ça me donne envie de me dandiner alors que je ne danse jamais). Bref, la mélancolie transparaît. Y compris physiquement, on (je) te sent à fleur de peau. Est-ce le cas ?

Prieur de la Marne :  Oui je suis à fleur de peau (de cochon cf, Katerine). C’est toute la colère que j’ai au fond de ma petite personne qui me nourrit. Je m’efforce de faire des faiblesses de mon adversaire (le clown triste qui sommeille en moi) des atouts pour l’animateur de bal que je suis le samedi soir. Et puis c’est un jeu que j’affectionne particulièrement que de faire passer l’auditeur du rire aux larmes dans la même minute. Mais ça n’est qu’un jeu pour l’instant. Mon prochain projet scénique sera quelque chose d’à la fois très cérébral et festif. J’aime croire qu’amusement et questionnement peuvent coexister dans la musique…

Ginette : C’est déroutant le nombre de fois où tu parles de toi en parlant de « petite personne » et l’égo-trip du Prieur… Es-tu un romantique ? (au sens Hugo, Musset)

Prieur de la Marne : De par mon expérience professionnelle j’ai côtoyé pendant de longues années de nombreux artistes, tous plus mégalo les uns que les autres, et dans tous les styles exception faite du metal. J’en compte encore beaucoup parmi mes amis proches mais j’ai pris le soin de faire le tri entre ceux qui ont ces ego démesurés, parfaitement insupportables et qui leur font dire et faire des horreurs. L’ego-trip de Prieur de la Marne n’est qu’un vecteur pour faire exister le personnage… Prieur de la Marne est mégalo, pas moi. Je demeure une petite personne, habitée par une autre qui rêve d’un destin de chevalier héroïque. (rires)

Oui je pense être un romantique au sens littéraire… Mais je me questionne sur la place du Romantique aujourd’hui. Pour moi ce n’est pas seulement chanter « l’amour et la violence » (c’est une des plus belles chansons qui aient jamais été écrites en France à ce jour ceci dit). Être romantique dans mon cas C’est aussi laisser flotter de la tendresse dans un monde chaque jour plus injuste et cruel. Pour ça les réseaux sociaux sont bien pratiques. Être romantique c’est vouloir poudrer le ciel d’attentions pour l’être aimé. Lui montrer qu’elle compte et qu’elle est belle même quand elle n’est pas maquillée, même quand elle est triste et fatiguée, même quand elle pleure toutes ces larmes de désespoir. Lui dire que même de l’autre côté du globe elle est dans mes pensées, que celles-ci soient morbides ou enjouées.

Ginette : Alors, dans une interview de Oizo, je me souviens avoir lu qu’il mixait pour voir des culs (de filles) bouger ! « Prieur » c’est pas juste un ambianceur ou un MC, c’est aussi un serial fucker ? Parce que bon, il paraît qu’au final on est tous les mêmes…

Prieur de la Marne : Eh bien au risque de briser un mythe, Prieur de la Marne n’est pas un serial fuckeur… Il ne mixe que pour voir des hanches chavirer, des sourires illuminer des visages toutes générations confondues et laisser flotter un parfum d’insouciance au-dessus de son auditoire. Il aime la fête, les vapeurs de l’alcool et les drogues certes mais son cœur ne sait battre en général que pour une personne à la fois. Et c’est à moi de poser une question à Ginette : est-il quelque chose de plus pathétique qu’un DJ qui pointe du doigt la petite starfuckeuse, likeuse compulsive et followeuse à outrance pour la niquer en deux temps trois mouvements dans les chiottes sales d’un club sale ?

Ginette : Ca dépend, est-ce que la starfuckeuse a des yeux orange ? Parce que bon, c’est bien beau tout ce que l’on raconte mais tu m’as mis cette chanson dans la tête et c’est atroce…

Prieur de la Marne : Tout d’abord cette chanson n’a rien d’horrible. Elle traite de l’obsession d’un homme ordinaire pour une femme extraordinaire. C’est pour ça que je me suis reconnu immédiatement dans « le troublant témoignage de Paul Martin ». Ensuite je trouve vulgaire et sale ces termes de starfuckeuse… Tu les vois arriver à des kilomètres prêtes à sacrifier leur dignité sur l’autel d’un selfie. D’ailleurs « selfie » est en soi la queue de la comète de tout ce que la toile a généré comme sottises éhontées ces dernières années : le culte de sa propre image faite par soi-même, devant son propre miroir… Et selfish veut d’abord dire égoïste… Ce terme de follower est aussi une illustration de ce que l’époque a créé de plus absurde. Les followers sont par définition des moutons, qui suivent un berger… Aussi con soit-il!

Ginette : Ce que tu dis sur le selfie et ce qui va autour me parle carrément. Déjà, je trouve le terme EGOPORTRAIT utilisé par les copains québécois PARFAIT. Ca ne peut pas être plus parlant. D’ailleurs, j’ai lu quelque part que l’abus de selfies pouvait être apparenté à un trouble mental. Et c’est d’ailleurs à se demander si tous ces gens savent que Narcisse a bu la tasse…

Dans tes compos, il y l’homme à l’oreillette… On connait tous je crois cet épisode où il se fait arrêter parce que trop de C en sa possession. Dans l’univers dans lequel tu évolues, la C et l’alcool sont omniprésents. La drogue elle aide Guilhem à supporter Prieur ou bien est-ce l’inverse ?

Prieur de la Marne : Non pas spécialement. J’évolue dans une ville de province somme toute assez triste et désuète avec des horaires de bureaux très conventionnels. L’alcool accompagne surtout mes soirées de gala et les moments de plaisir avec mes amis chers. Je ne bois jamais seul par exemple. C’est un usage purement récréatif. Le Champagne a été inventé pour ça… Mais en ce moment ce que j’aime c’est le Cognac Schweppes. La C, c’est différent. C’est devenu un fléau assez désespérant dans le milieu de la musique et de la nuit. Une drogue chaque année plus coupée et dégueulasse qui amène des comportements et des propos douteux. À tort on a souvent le sentiment que tout devient possible en termes de séduction avec un gramme en poche… Mais ce n’est jamais le cas. C’est de cette bizarrerie dont je parle dans « l’homme à l’oreillette », de ce produit qui rend fou.

Ginette : Projetons-nous ! Sur quoi bosses-tu en ce moment ?

Prieur de la Marne : En ce moment je travaille sur un projet de Mix sur le thème de mon cinéma. Ca sortira a l’occasion des Césars et ce sera plein de petites feintes, de moment tendres et d’autres assez absurdes. Je travaille aussi sur plusieurs remixes et je commence à bosser sur un projet live qui associera son et image dans lequel j’essayerai de raconter une romance a la fois torturée et belle. Une histoire qui traitera du manque de l’être aimé, de la joie des retrouvailles. Une sorte de comédie romantique qui donne envie de danser

copyright Petite Boheme

Prieur de la Marne par Petite Bohème

 

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Un gros merci à Petite Bohème qui illustre certaines de nos interviews.

Retrouve-la  —-> ICI 

Elvinci & Co, le NUBA et moi

 

 

Il y a quelques temps, Ginette a envoyé la stagiaire à la rencontre d’un trio parisien qui fait de l’électro mais pas que… La rencontre à eu lieu dans un endroit branchouille, très « parisien »: le NUBA. Le groupe y prend régulièrement ses quartiers.

Notre stagiaire, elle, ne connaissait ni les lieux, ni l’ambiance et ne savait même pas si on prononçait « Nu » ou « Nou ». Elle s’y est rendue l’air de rien après une journée de boulot, habillée en survêt avec un vieux bonnet à pompon pour cacher ses cheveux gras et mal peignés. Quand elle arrive au lieu de RDV, elle se rend compte qu’elle est… à la cité de la mode. Elle se dirige vers le vigile qui lui fait comprendre que non, le survêt et le bonnet c’est pas l’idée du siècle. Heureusement elle sort sa carte de visite, elle dit qu’elle vient là pour bosser et la nana qui avait l’air plouc 5 minutes avant a réussi à se faire passer pour une hipster(chipster) assumée que le vigile a appelé « Madame Ginette« . 

Elvinci & Co est composé de trois membres fort sympathiques:  Élie, Léo et Vincent.

Détails de la rencontre ci-dessous.

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 Élie, Léo, Vincent

Ginette : Alors, j’ai pas fait de latin mais j’me doute que « Vinci » c’est pour Vincent… Mais le reste ?

Elvinci & Co : On a eu du mal à trouver un nom, mais El : Elie /Vinci : Vincent /and Co : Léo.

Ginette :  Vous vous connaissez de puis longtemps ?

Elvinci & Co : Élie et Vincent depuis l’école primaire, Vincent et Léo depuis le lycée. On faisait de la musique, un de la batterie, l’autre de la guitare depuis tout petit. Et entre nous les choses se sont faites naturellement, on faisait de la musique ensemble comme un loisir.

Ginette :  À la base qui joue de quoi ?

Elvinci & Co : Léo est à la batterie, moi (Vincent) je fais de la guitare, Élie chante mais il joue aussi de la guitare.

LIVE NUBA ELVINCI

Ginette :  Depuis quand c’est devenu sérieux ? J’ai entendu dire que vous n’aviez pas de mal à trouver des dates.

Elvinci & Co : Ça doit faire trois ans qu’on joue plus sérieusement, qu’on fait des scènes. On a commencé avec des tremplins. On est ensuite partie en saison au ski puis sur la Côte d’Azur pour faire de la musique justement. On a réussi à vivre de ça pendant ce temps-là, et en rentrant à Paris on est parvenus à trouver des dates. On travaille à côté mais on a beaucoup de dates, on a de la chance, les directeurs artistiques nous font confiance. Ici à Nuba on nous aime bien par exemple. Concrètement on doit faire une trentaine de dates par an.

Ginette :  Mais quand on part comme ça, on se prépare comment ?

Elvinci & Co : On a fait ça à l’arrache. On a tous trouvé un boulot mais on s’est tous fait virer à un moment ou à un autre. On a testé notre musique et ça a pris. Du coup on a décidé de faire la saison entière.

Ginette :  Le public qui part en vacances au ski ou sur la Côte, c’est pas un public acquis…

Elvinci & Co : C’est le moins qu’on puisse dire oui! On a joué partout, ça nous a fait la main. On a joué dans des restaurants et dans ces moments on joue soft. Des soirs comme aujourd’hui, on peut y aller à fond. Ça nous apprend à nous adapter au public. Après, on préfère jouer dans des lieux faits pour la fête. Dans les restos on a moins d’énergie, on s’ennuie plus vite. L’énergie n’est pas la même.

Ginette :  J’ai l’impression que ça va assez vite pour vous.

Elvinci & Co : Oui et non. Nous on trouve ça assez long mais mieux vaut être lent et y aller sûrement. Enfin, sûr, on ne peut jamais l’être. Après, on va avouer qu’Internet nous aide beaucoup à nous faire connaître.

Ginette :  Vous avez sorti un EP ?

Elvinci & Co : Pas encore. On n’a pas enregistré d’EP. Déjà ça impliquerait qu’on doive investir et comme on fait tout tout seuls…

Ginette :  Seuls ? Pas de booker ? Pas de label ? Pas de manager ?

Elvinci & Co : Rien de rien. On est artisans sur ce coup-là. C’est nous qui trouvons nos dates. Idem pour nos morceaux : tout est fait chez nous avec notre matériel et sur des domaines aussi larges que le graphisme ou les paroles des chansons. On demande de l’aide à nos proches.

Ginette :  Vous devez malgré tout intéresser les labels non ? J’dis ça parce que justement, des groupes ont des bookers qui ont du mal à trouver des lieux, et vous vous allez vous-mêmes au charbon et paf : 30 dates par an.

Elvinci & Co : Les premiers concerts à un endroit sont toujours les plus importants. On a de la chance, les directeurs artistiques nous font confiance ET nous rappellent. Mais on a un pro avec nous, c’est Élie, il s’y colle et fait ça très bien.

Ginette Mais vous vous sentez prêts pour un EP avec un label ?

Elvinci & Co : Oui on attend que ça, mais c’est compliqué. On a tous un job à côté, faudrait caler du temps en même temps, mais oui un label pour avoir un vrai EP mixé par un pro, bien sûr qu’on aimerait.

Ginette :  Parlez-moi de votre musique.

Elvinci & Co : C’est chill, c’est posé, after work. Sur scène c’est plus funk, plus électro, plus punchy. Pour l’instant on s’adapte aux lieux mais l’idée serait de faire un vrai live qu’on proposerait aux salles. L’électro c’est pas la base, la base c’est l’acoustique. C’est ça qui nous motive le plus. Faire de l’électro c’est plutôt parce que le lieu y est propice mais ne le négligeons pas, pour se faire connaître aussi.

Ginette :  Vous écrivez en anglais ET en français ?

Elvinci & Co : Oui, ça dépend du feeling du moment, de l’inspiration. On part de nos guitares, d’un piano, la musique vient et les paroles, la langue ça vient naturellement, c’est jamais réfléchi. C’est vrai que de faire participer nos amis, nos proches c’est important et ça fait plaisir à tout le monde de participer.

 

Ginette :  Qui écrit ? Qui compose ?

Elvinci & Co : Parfois nous, parfois la maman d’Élie, des amis.

Ginette :  Vous aimez quoi comme musique ? Oui, je sais, la question est bateau mais on est dans une boîte où y’a de la musique en train de passer pendant qu’on discute, alors cette question me vient naturellement.

Élie : C’est plutôt blues, Motown, électro-funk. Dans les récents y’a Quartet mais après j’écoute et j’ai beaucoup écouté les Temptations par exemple.

Léo : Moi j’ai plutôt baigné dans le rock. Après soul, Motown aussi.

Vincent : Ah période vraiment cool. Dès que l’un d’entre nous aime ou découvre un son, une mélodie, il le fait écouter aux autres.

Ginette :  Vos thèmes de prédilection ?

Elvinci & Co : La vie, le temps, l’amour, les femmes, l’amour, les femmes, les femmes, beaucoup les femmes (rires).

Ginette :  Si demain vous avez l’occasion d’aller voir quelqu’un que vous aimez ce sera qui ?

Elvinci & Co : JAMIROQUAI (en chœur).

Léo : Moi Justice.

Ginette :   Si tu me lances sur JUSTICE on n’est pas couché. Je suis une grande fan. Je les suis depuis leur premier titre. Je les poursuis en tournée. Non, ne me lance pas ! Quand ils ont enregistré leur live aux arènes de Nîmes, j’étais au dessus de Kim Chapiron. Ah non faut pas me lancer sur Justice.

Elvinci & Co : Sinon, dans les écoutes récentes : FKJ [French Kiwi Juice ndlr] de chez Roche Musique. C’est funk-électro, ou électro-funk comme tu veux, c’est à écouter, c’est vraiment bien. Après, on peut parler French Touch. Élie a entendu le live de Gesaffelstein, c’était visiblement du bon gros son.

Ginette :  Ah ben comme pour Justice, si tu me lances sur Gesa et les Français de l’électro, je vais vous gonfler. Gesaffelstein c’est Bromance, Bromance c’est le label de Brodinski, c’est du son qui tape, qui me plaît ! Bon, moins que SebastiAn mais ça te file ta claque…

Elvinci & Co : Ah tu kiffes SebastiAn ?

Ginette :  J’ai créé Ginette pour le rencontrer. Le jour où j’ai découvert SebastiAn, j’ai ressenti la même chose que le jour où j’ai lu Last Exit to Brooklyn de Selby Jr. Je me suis liquéfiée. SebastiAn c’est le mec le plus brillant de sa génération. C’est quand même le mec qui dans le peu d’interviews qu’il a accordé a pu parler de Costes, Sade ou Bloy. Je suis admirative de ce type. Mais bon, on n’est pas là pour parler de mes passions à moi !

Elvinci & Co : Après, on insiste mais écoute FKJ, vraiment ! Quartet aussi. C’est pas comme Ed Banger qui a une culture plus hip hop, là c’est vraiment de la funk.

Ginette :  Un sujet qui vous tient à cœur ?

Elvinci & Co : Envie de dire que Paris c’est peut-être pas le meilleur endroit pour la musique. Si on compare à Berlin ou Londres, c’est la galère pour les labels, la galère pour avoir des dates, la galère pour se faire payer, la galère pour tout… Je suis parfois choqué par ce que proposent les organisateurs de soirées aux artistes. La rémunération c’est parfois une belle entourloupe… Déjà c’est à nous à venir avec notre public, mais quand on voit qu’on nous propose des 10% sur les boissons, pas d’accord sur ce genre de méthode. Les artistes devraient avoir des cachets. Point. Berlin et Londres ne proposent pas ça. On a beaucoup hésité à faire des saisons à l’étranger comme à New-York. Il faut trouver un autre moyen de fonctionner que celui de Paris. Ça paraît fou de se dire qu’à Paris t’as des labels qui ne trouvent pas de dates pour leurs artistes, alors que nous, à trois, on trouve 30 dates par an. On aimerait avoir un label, mais on est quand même prudents. On ne comprend pas comment il est possible de ne pas pouvoir caser des artistes.

Ginette :  Autoproduction alors ?

Elvinci & Co : Mouais… On n’est pas faits pour. Tu sais avec Internet, il suffit d’une musique pour décoller, un bon son qui pète, de bons relais et c’est parti.

Ginette  Malgré ça, vous avez deux clips dans votre bagage. Qui les a réalisés ?

 

Elvinci & Co : Toujours pareil : potes, cousin graphiste qui a bossé en stop motion. Il lui a fallu un an à retoucher chaque photo une à une.

Ginette :  Autre chose à ajouter ? Au hasard… Élie ?

Élie : Oui, je ne comprends rien aux femmes…

Ginette Attends gars, tu chantes super bien, t’es dans des lieux branchouilles à souhait, l’ambiance, la musique, l’alcool… Si tu lèves pas t’es un tocard !!

Élie : Ah si je lève. J’ai juste pas trouvé la femme de ma vie.

Ginette :  Si c’est que ça…

Elvinci & Co : Merci Ginette !

Ginette  Merci les gars.

 

 

NHKFF, Electro(nica), BO et bouffe chinoise

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À la rédac de Ginette Le Mag, on a bossé aussi pendant les vacances de Noël. Certains parleront d’exploitation, et ils auront raison… Cela dit, ça a permis à la stagiaire de faire une chouette rencontre avec un jeune compositeur.

Notre stagiaire rentrait de Bretagne où elle s’était mis la tête à l’envers… Son réveillon du jour de l’An n’avait pas eu comme seule conséquence d’engorger son foie. Sa cervelle aussi avait morflé. En effet, elle avait vécu une expérience quasi chamanique. Grâce ou à cause d’une substance à ce jour toujours inconnue –on suppose que des mélanges chelous ont été réalisés ce jour-là -, elle se souvient uniquement d’un épisode où elle joue seins nus dans son vomi et tente de redonner vie au saumon mal digéré. N’y parvenant pas, elle chiale, reporte son retour à Paname d’une journée et se rend à son RDV pour interviewer NHKFF au Café Mondes et Médias sur la place de la République.

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Ginette : Et si on commençait par ton nom de scène ? NHKFF ?

NHKFF : D’où vient le nom ? En fait je ne trouvais pas de nom. Un soir avec un pote on est allé manger au resto, on s’est dit que ce n’était plus possible. On était dans un resto chinois de Paris, on a regardé les initiales «New Hong Kong Fast Food » et comme en plus j’suis fan de bouffe chinoise, ben voilà.

Ginette : Tu es DJ producteur, peux-tu préciser ?

NHKFF : Et bien je veux dire producteur dans le sens où je compose de la musique en fait.

Ginette : Tu as commencé quand ?

NHKFF : La musique en général : depuis que je suis tout petit, j’ai une grosse formation en piano classique. La musique électronique j’en écoute depuis un moment mais j’ai commencé à composer sur l’ordinateur il y a trois ans environ. J’ai été formé au CNR de Boulogne, et j’ai arrêté juste avant de passer mon prix.

Ginette : Tu fais donc de l’électro depuis trois ans ? Tu as mixé tout de suite dans les soirées ? Ca se passe comment ?

NHKFF : Je suis beaucoup sorti après mon lycée, j’ai pas mal fréquenté les clubs. J’avais envie de jouer devant des gens, ça m’attirait et comme j’avais pas mal de potes qui organisaient des soirées. J’ai commencé à jouer en soirée en 2012. J’ai fait quelques petites dates grâce aux potes, puis avec le temps j’ai commencé à travailler ma musique plus sérieusement. Maintenant je fais un peu plus de dates, je commence à me faire payer, mais au début c’était plus du délire entre potes. J’ai toujours adoré passer du son en soirée, et ça m’a mené vers ça. Mais avant tout je suis musicien. C’est pour ça que je précise DJ Producteur, parce que pour moi DJ ça a une consonance péjorative. Trop souvent dans l’esprit des gens un DJ c’est le gars qui passe des disques et qui est là pour s’adapter à l’esprit des gens alors que moi, mon idée, c’est que les gens viennent écouter ce que je fais moi. Je suis compositeur avant d’être DJ.

Ginette : Oui comme plein de DJ. Je pense à SebastiAn par exemple. C’est un musicien. Il a accompagné son frère Noël Akchoté (artiste de free jazz) sur scène, ou bien Jean-Louis Costes (artiste underground). Je comprends bien ce que tu veux dire. « DJ » c’est réducteur par rapport à ce que tu proposes et ambitionnes. Tu es musicien, compositeur, être DJ c’est utiliser un support parce que l’électro est dans ça.

NHKFF : C’est ça, mais des très bons DJ il y en a. Moi, par exemple, je ne suis pas un très bon DJ. Je suis un compositeur qui fait des DJ SET. Ce qui m’intéresse, c’est ce que je prépare actuellement. Je travaille sur un live. L’idée ce sera de jouer uniquement mes propres morceaux, ce ne sera plus du DJ-isme.

Ginette : Je vois très bien de quoi tu parles. Tu connais Jackson and his Computer Band?

NHKFF :  Oui bien sûr! Lui il va carrément plus loin. Il a es concepts assez incroyables au niveau de ses lives. Je ne suis pas forcément attiré par sa musique mais je suis admiratif de ce qu’il propose durant ses lives. C’est assez incroyable. Il s’y connaît très bien en musique, et je parle aussi du côté scientifique, technique.

Ginette : Donc pour faire simple, bien que ce ne soit pas cette musique là que tu proposes, l’idée du show, des lives, elle est du même ordre ?

NHKFF : C’est ça !

Ginette : Et le fait que ce soit de l’électro, au final, c’est presque pas ça qui importe. Tu pourrais t’exprimer dans d’autres styles de musique, ce qui t’intéresse c’est de créer si je comprends bien…

NHKFF :  Oui c’est ça, mais qu’on soit clairs, je ne suis pas unique. Beaucoup de DJ sont avant tout des compositeurs. Je précise parce que dans l’électro, il est facile d’appeler des gens DJ alors qu’ils sont tout simplement des compositeurs.

Ginette : T’as un label ?

NHKFF : Alors, je n’ai pas de label « permanent » mais je vais signer des tracks chez un label ukrainien qui s’appelle ADRO. Je suis en discussion avec d’autres labels donc je ne vais pas pouvoir mentionner leurs noms. Jusqu’à maintenant, je n’ai rien sorti avec un label. C’est de l’autoproduction. C’est pas forcément un choix, j’attendais plutôt de pouvoir approcher des labels qui me plaisaient vraiment.

Ginette : J’imagine que les 300 000 vues de Until We Bleed ça doit aider ?

NHKFF :  Alors en fait il y en a beaucoup plus, 300 00 c’est sur Soundcloud mais tu peux ajouter Youtube et le reste…  C’est ça qui m’a propulsé. C’est un pote à moi qui un jour m’a suggéré de remixer un son un peu connu pour créer une sorte de vitrine afin que les compteurs éclatent. On peut dire que ça a marché puisque ça a clairement changé ma vie. Ce son c’est celui de Likke Li que j’adorais et je me suis lancé. J’ai collaboré avec un autre compositeur qui s’appelle Joey Lacroix, un ancien camarade de classe.

Ginette : On peut parler du clip du remix ?

NHKFF :  Oui. C’est un ex camarade de mon école de cinéma, Alcibiade Cohen et Aurélien Wiik qui lui est un acteur parisien. Ils ont tourné ça en Californie, à Los Angeles, et moi j’ai récupéré les images et avec les potes on a monté le clip [NHKFF a fait une école d’audiovisuel, l’ESRA de Paris]. On voulait marquer le coup avec un clip, même si ce n’est pas ça qui a fait décoller le remix. C’était important. En fait en parallèle de la musique je fais de l’image : j’ai un profil de technicien (technique vidéo et technique son). J’ai bossé dans une boîte de postproduction télé (notamment montage). Grâce à cette école j’ai pu participer à des projets de courts-métrages comme compositeur de la bande-son et monteur son/mixeur.

Ginette : C’est parfait qu’on parle de ça parce que j’ai lu quelque part que tu disais que tu étais influencé par le cinéma. Alors, le mec étudie la musique et le ciné, évidemment que tu veux faire des BO (bandes originales de films). N’est-ce pas ?

NHKFF : C’est clair. C’est vers ça que je veux aller. J’ai commencé à petite échelle avec des courts-métrages mais bien sûr je veux composer des musiques de films et des lives.

Ginette : Parle-moi des BO qui te plaisent.

NHKFF : La BO qui m’a le plus marqué je pense que c’est la BO de Solaris composée par Cliff Martinez, ancien batteur des Red Hot Chili Peppers. J’suis hyper fan de ce type. C’est un compositeur de musique de film reconnu qui utilise vachement l’alliance entre musique électronique et acoustique. Ca me plaît. Ses mélodies me font vibrer. Le choix de ses sons me plaisent et me parlent. La BO d’American Beauty m’a beaucoup marqué, elle a été composée par Thomas Newman. Dernièrement, grosse BO qui m’a beaucoup marqué : celle de la série Utopia de Cristobal Tapia de Veer. Si tu n’as pas vu la série je te la conseille, elle est géniale et la BO y est pour beaucoup.

Ginette : Tu parles de Cliff Martinez alors je rebondis sur Drive pour lui rendre justice. Pour ce film dont j’suis fan, on ne parle que de Nightcall de Kavinsky – et crois moi j’suis aussi fan de Kavinsky – pourtant on trouve des titres de College, Chromatics, Desire, Riz Ortolani mais surtout Cliff Martinez.

NHKFF :  Ah mais ça c’est un gros scandale. Dans l’esprit collectif la BO c’est College et Kavinsky alors que c’est quasiment que Martinez. En plus la musique de Kavinsky m’insupporte réellement.

Ginette : Pas moi, j’adore ce morceau, j’adore Kavinsky, mais je trouve injuste qu’on oublie Martinez en effet.

NHKFF :  Après, la BO est géniale. Mais pour moi ça reste un scandale qu’on soit si réducteur en oubliant le principal compositeur. Martinez a fait les musiques de tous les films de Soderbergh dont Traffic. Tu connaissais donc Cliff Martinez ?

Ginette : Mais oui monsieur ! Et je suis fan, et je suis heureuse qu’on ait réparé à nous deux cette injustice en rappelant au monde sa place sur cette BO de Drive qui est déjà culte. Et je suis contente qu’on puisse parler de College parce que le gars a réalisé plusieurs albums, sa musique est d’excellente qualité, et on en parle peu.

NHKFF :  C’est vrai oui, j’écoutais beaucoup plus jeune. J’ai aimé ce qu’il a fait avec le collectif Valérie.

Ginette : La BO idéale ce serait quoi ?

NHKFF :  Ce serait pour moi pareil que ma vision de la musique en général. Pour moi c’est ce qui va t’arracher des larmes, te prendre aux tripes. Cliff Martinez ça marche bien sur moi en tout cas. Et je vais en reparler, surtout celle de Solaris. Même si le film est un peu chiant, il mérite qu’on le voie pour cette BO. Moi d’ailleurs j’écoute la BO sans voir le film. J’aime aussi la musique gaie qui file le smile, mais la musique qui va me marquer ce sera celle qui me donne envie de chialer. J’aime aussi les BO un peu plus mainstream comme celle de Gladiator par exemple. Même si au final ce n’est pas vraiment Hans Zimmer qui compose ses BO : il a une sorte d’armée de compositeurs qui bossent pour lui, je valide quand même !

Ginette : Et Clint Mansell ?

NHKFF : Bien sûr ! Il a fait la BO de Requiem for a Dream.

Ginette : Tu peux même dire qu’il a fait toutes les BO des films de Darren Aronofsky !

NHKFF :  Je suis archi fan de ce genre de BO aussi. Ca reste moins original que ce que fait Cliff Martinez, c’est plus… « facile » mais il n’en reste pas moins que ça m’influence vraiment dans ce que je compose. On peut y retrouver des sonorités, ces thèmes un peu mélancoliques…

Ginette : J’ai lu dans une chronique sur le net qu’on qualifiait ta musique de Deep House. Est-ce que tu es d’accord ? Je te pose la question parce que 1/ j’suis pas d’accord… mais 2/ si ça en est ça me réconcilie avec ce genre de musique, ce n’est pas celle que je préfère dans l’éléctro, ça a tendance à me gonfler rapido.

NHKFF :  Ah bon on parle de deep house ? Alors déjà, j’aime pas vraiment qu’on colle des étiquettes sur tout. C’est relou. Moi j’ai pas envie de faire de la « techno », de la « deep house ». J’ai envie de plein de choses. Ce n’est pas parce qu’on fait plein de choses qu’on est mauvais ? C’est une idée reçue à la con. Après, les puristes, les mecs qui dont faire 15 titres dans un même style ça existe mais moi ça ne m’intéresse pas. J’ai une culture classique, aujourd’hui je fais de la musique électronique : je peux faire du son qui peut passer en club comme de la musique plus expérimentale. Je refuse de m’enfermer dans un genre donné. L’appellation ELECTRONICA m’irait mieux en fait et ça me va comme ça.

Ginette : C’est très cohérent et très générationnel ce que tu dis. Je m’explique. Y’a 20 ans on n’avait pas accès à toute cette banque de musique, à moins d’être blindé de thunes. Aujourd’hui, la façon d’approcher la musique a beaucoup évolué. On rencontre des gens de 20 ans qui ont une culture musicale qu’on aurait mis 15 ans à se forger avant l’arrivée du web – soulignons là un des côté ultra positif – alors que tu sois influencé par de multiples courants ou cultures n’est pas étonnant. L’étiquette ne sert à rien.

NHKFF :  L’avènement du numérique est un grand débat. Il y a de très mauvais côtés comme le vol de la musique, mais d’un autre côté c’est une chance énorme de pouvoir partager ce qu’on crée. J’en suis l’exemple parfait. Sans Internet, je serais toujours dans ma petite chambre et je n’aurais peut-être pas pu faire ce que je fais là. Ou alors j’aurais plus galéré, mis plus de temps alors que là, il m’a fallu un petit son au bon moment et BIM ! Je regardais les statistiques Soundcloud, et c’est réellement le monde entier. Y’a 15 ou 20 ans ça aurait été impossible. Ce côté du numérique est génial. Après y’a le côté qui a pourri le business de la musique… Au final je pense que le positif prend le dessus. Avant ce qu’on entendait c’était essentiellement els gens repérés par les majors, les grosses maisons de disques, bien sûr il y a toujours eu des contre-exemples, mais on écoutait ce qu’on nous disait d’écouter. Aujourd’hui, on a le choix.

Ginette : De toute façon, il est évident que ça amène à repenser non seulement l’économie musicale et notre façon de consommer, mais également les processus de création. J’ai eu la chance de discuter de ça dans l’interview que j’ai faite du groupe If The Kids. Brice, le leader du groupe, un ancien Silmarils m’a parlé de comment ça fonctionnait y’a 20 ans et aujourd’hui et effectivement, la différence est flagrante. D’ailleurs, vis-tu de la musique aujourd’hui ?

NHKFF : Ça commence ! Alors passez assez pour m’offrir un appart à Paris mais je commence à avoir des dates et oui j’espère pouvoir en vivre. Contrairement à il y a quelques mois, aujourd’hui j’arrive à envisager pouvoir en vivre.

Ginette : Je te le souhaite en tout cas !

NHKFF : Merci Ginette !

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LES ACTUS DE NHKFF ——->

NHKFF se produira :

Le 20 mars 2015 au Café de la Presse avec MJNOR

Le 10 avril 2015 au Nuba

Et en attendant voici l’EP

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If the Kids VS Ginette #2 English version

En passant

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Not so long ago we received a mail from a so-called « Note A Bene » Label, pointing us towards a trendy electro band. « Not too bad » was our thought after listening to it, and after a few internet researches we find out this « If the Kids » band has two ex-members of the rock band Silmarils.

If you’re about the same age as the « Ginette « we sent to the interview – yeah this dates so much back we had to send a thirty years-old-…remember Noir Désir ? Silmarils is more or less the same age.

Ginette met « If the Kids » during rehearsal at Mains D’oeuvres in Saint-Ouen, where the band is staying. A mug of beer and 4 songs written just for her later – so she thinks and so we let her believe- Ginette was ready to expertly lead this fucking interview.

Ginette: So…If the kids: Where? When? How?

Brice: I had a few electro tunes I wanted to stage and needed a female voice (singer?) ? I had tried out a ton of different singers before I thought about my friend Marine I had met in the live theatre of Paris. I also called my buddies Vince & Aymeric and tadaaa. It was kind of a hasty start back in 2009. We then put my electro tracks into music we could stage up.

Ginette: I heard the name of your band is a tribute to Sham 69

Brice : Hehe it’s a great name isn’t it ? The Bérurier Noir sang their cover at the Olympia with this gal sitting on their shoulders. Great cover.

Ginette: So Aymeric is your old pal from Silmarils, isn’t he?

Brice: yup, he is.

Ginette: while we’re talking about that, has there been any change or evolution since Silmarils ?

Brice: you mean musically speaking ? Well we’ve gotten older! I’ve always moved electro music and have always been a DJ even if I have also played rock. You just have to be subtle, this is what I try to do with my colleagues from If the Kids, but yea…I guess there is a big leap between then and now.

Mademoiselle Marine: Also depending on the people you put together different things can happen. I’m not David so it HAS to be different. And Silmarils was a boy’s band. (male’s band ?)

Brice : David apart, you also bring something else. And Marine has no moustache….yep a boy’s band… now you’re talking about this, Marine inspires me a lot when I compose. I really think about her. She’s kind of a Muse I guess.

Ginette : You’ve met Marine through acting lessons, right ?

Brice : yes exactly, we were in the same comedians troupe. I played music and she acted.

Mademoiselle Marine:  It was improv. We used to do sing improvs. He got to hear my voice on different levels because that’s the idea…mixing different styles.

Brice : I liked what she had to offer and her presence as well. I liked that she was such a hard worker too. We needed it. Having never sung in a band before she adapted pretty well.  It’s really comfy.

Mademoiselle Marine : Well I AM an artist, am I not ?

Ginette:  Definitely! You embody what you sing! It’s interesting and it works. There’s not only sweat coming out of you when you sing. For me it definitely makes a difference comparing to those lady singers that only serve as cosmetics to the song.

How would you define your band’s style? If you do feel the need to define it that is…

Mademoiselle Marine: It’s a mix but with a strong electro background. Rock, Pop,  Hip Hop…With an electro dominance.

Brice: Yup our core stuff is electro.

Ginette: Brice, you are the composer…do you compose all of the band’s music ?

Brice. Yep. And writer’s name is Gene Barbe, he’s an Englishman. When we started we had JB who is still around? He always said we had to work with the Brittish. Everything in France was so complicated for me. That wasn’t a bad idea but you’d have to be a great writer. So we chose Gene who is poetic and with whom Marine gets along. He also thinks about her when he writes. He is kind of the fifth member of the band.

Mademoiselle Marine: he is a tormented man who pours poetry and commitment into his writing. It helps me to interpret some stuff.

Ginette: You need profound texts?

Mademoiselle Marine: definitely ! It’s a funny fact our music sounds a little pop and soft that makes a contrast with the profound meaning of the lyrics. It’s important to me, it really drives me. On stage, the words just drive me and they matter to me as much as the music.

Brice: Marine is not a simple girl. It would have been complicated to have junk texts for her.

Ginette: You mean she isn’t only a pretext. Singing « doudadidaddada » isn’t enough for her?

Brice: no she isn’t. It’s good there are texts that are up to her talent. It’s good she’s into them.

Mademoiselle Marine: that’s it…I recognize myself in them. It’s important. And I know Gene, he’s not off tracks when he writes for me, he gets me and that’s reassuring.

Brice: Yes he writes thinking about you, he knows what you want and who you are. And she’s right it brings seriousness to the softness of the rest.

Ginette: What are your lyrics about?

Mademoiselle Marine: About a woman who runs away in order to live her love. She’s under the pressure of her family because her lover is from a different religion. Or «to buy is to obey », it’s really telling and I think it’s a contemporary topic…there are other ways to consume. There’s also a story of a woman who died in her flat and got eaten by her dog.

Brice: there’s also one about the Loneliness we feel behind our screens «  i need some company ». It’s a most beautiful text, and very true.

Ginette: yes, you can have 1000 facebook friends and still be alone in your room.

Mademoiselle Marine, you started as an actress, how did you come to Music? Was it because Brice asked you to?

Mademoiselle Marine: I practiced music while improv classes. The stage directors were already pushing me to sing more. I had also been writing French songs. I had composed a little, but not so much. Actually, I feel more comfortable with people doing it than doing it by myself. But the stage… is obviously my place.

Ginette: Is it easy for you to go up on stage?

Mademoiselle Marine: No, it’s horrible. But when I’m there it’s ok. Right before…it’s a nightmare. I feel sick and scared. But when I’m on stage….it’s awesome. I’ve been practicing my confidence in music classes. Being an actress helps too. I know I can occupy the space on stage. But as far as the voice goes I’m not so confident about myself. It’s getting better and better.

Brice: she’s being humble. I have nothing to say about her voice. She really surprises me on stage, especially when conditions are not optimal. She’s really good. I’m happy, we’re always making progress.

Mademoiselle Marine: the goal is to have fun, and that people have a good time We only do music. You have to be generous and to take advantage of those moments. That’s how I live. Don’t take yourself too seriously and always try t go as far as possible so you won’t disappoint anyone, no yourself.

Ginette: ok. And what kind of music do you listen to?

Brice: I like rock music. The White Stripes, Artic Monkeys. All the Ed Banger communityBreakbot and also Daft Punk, and the French electro Scene.

Mademoiselle Marine: as a teenager, I used to listen to experimental rock music, but also to PJ Harvey. I like Hip Hop and Trip hop too, like Portishead, PuppetMastaz.

Ginette : So when i’ve heard about the group I’ve also heard about Lacoste and Kiabi ?

Brice: Yes that’s normal, they’re big advertisers….they came to get our music, and that promoted us very very well. Basicly it means our music has the potential to be to people’s liking.

Mademoiselle Marine : Let’s be honest, it’s a great showcase. Now people invite us to places we wouldn’t have been otherwise. It broadcasts our music to a public that probably wouldn’t have come to us.

Brice: as soon as you are on those medias, you instantly become a hero, it’s unbelievable. We’re lucky with Lacoste and Kiabi. They have massive advertisement campaigns that cost loads of money. It’s an open door to new opportunities as well. Thanks to Kiabi we receive messages from Spain and Italy because the adverts is European.

Mademoiselle Marine: It’s reassuring too. It means we’re professionals, it’s comforting. For me it means we’re going the right way.

Ginette: If I asked, it’s because I’m interested about how people can live on their music. I’ve heard you tried to work as an independent but that it was complicated?

Brice: very much so, do you want to talk about it?

Ginette: Sure, those are important topics that not everyone is prone to cover. It’s also interesting to have an overview of how the economics of music work nowadays.

Brice: In the beginning you kind of have to be independent. But you quickly burn all your money. It’s sad but the cost for developing a band is huge. So you can start an independent. And thanks to commercials we had small incomes for videos, we could rent places…but the limits come soon enough. Without money, if you don’t step it up in major or record labels that have money, you risk your band’s development.

Ginette: so what’s your record label?

Brice: Note A Bene, it’ a small independent label. We get some money…they invest.

Ginette: I don’t know how they invest, but they’re really good in communication. I have been contacted by three different persons to meet you. They’re hard workers.

Brice: you see, that’s what I mean when I say you quickly need a record label. They’re good; they really want to make it. You have to give it all you have in this business.

Ginette: I don’t want people to think I’m a commercials fan but there’s always some talk about the musical industry’s need to adapt, and find new business models…. What I mean is…if people buy so little of your music, do you only live on commercials and festivals?

To make it simple, in the French electro scene VS Commercials there are: SebastiAn, Kavinsky, Gesaffelstein.

Brice: yes Gaby ! Record Labels are fighting to get their artists into commercials. 15 years ago we all didn’t care. We used to play the original soundtracks for commercials. Nowadays it’s such a free way of promoting yourself that record labels fight to get their artists in commercials. And advertisers want developed bands. They don’t want unknown kids or original soundtracks anymore. Yes, the commercials exist and they help. But it doesn’t sell your music. In order to sell your records you’d have to get on the 4 major radio stations. That’s how you sell.

And you only go on festivals if your record has worked out. If you have a record but no promotion of it won’t work out. Business hasn’t changed that much. They make you believe that you have to be on stage. But you don’t get on stage unless you’ve sold some music first. So yes, we do need to build new models, but people keep thinking the same old way.

Ginette: we were talking about your past as a rocker. Do you feel a huge difference from those times?

Brice: of course! It’s complicated: 20 years ago we’d throw money out of the windows. Our clips would cost a million Now with 30 000 Euros you’re happy.

Mademoiselle Marine: and you had a huge tour bus tour!

Ginette: and Today it’ more Easy Jet?

Brice: clearly/ Record sales would get you going. There were fewer artists on the market. It all exploded with MySpace. That’s when we really got aware of the insane amount of bands playing in their basement. And that’s also when you realize you’re a lucky bastard if you get to sign with a label. The market got saturated. There’s less money. If you look at it closely there hasn’t been any rock band coming out in the last 4 years, since the BB Brunes. Why? It costs too much to develop for an uncertain return on investment.

Ginette: that’s so sad…

Brice: rock music is too expensive. Recording drums is very expensive. Maybe it’s bullshit but let’s say that for 4 songs a day you need an unbelievable studio that will cost you 8000 Euros a day for 3 days. Then you need to deal with the guitars…rock bands are too expensive to develop/ Since BB Brunes there hasn’t been any. You’ll probably talk about Skip the Use or Shaka Ponk but they have been developing for a long time. They already have 2 or 3 albums and have just become known. They have come a long way, it’s frustrating.

Ginette: Reality is far from the romantic conception of the guy alone in his room shooting a clip with his mobile phone.

Brice: that’s bullshit. There are exceptions, but it’s clearly not a general truth.

Mademoiselle Marine: Yea but today you can get funded by your listeners. We haven’t tried yet.

Brice: you mean crowd funding like kisskissbankbank? You can try but you won’t get nearly enough money. You can get 50 000 box and then ? You need to go on. Sometimes people makes you believe you will be successful through YouTube…there’s always a record label behind those schemes.

Mademoiselle Marine: Yeah but crowd funding helps you discover artists you wouldn’t have known of otherwise.

Brice: sure, an artist that has 20 000 views on a platform…you have to give him your consideration or take him into account.

Ginette: I’ve read you’re also known in UK and Latin America?

Mademoiselle Marine: thanks to the commercials.

Brice: the first one was Lacoste for a perfume with Alexa Chung. We made the buzz in UK and went on every big TV channel. The Guardian talked about us. I’m not saying we’re famous there, but as we’re unknown here in France, there’s no comparison.

Mademoiselle Marine: Kiabi helped us to get known in France

Brice: Kiabi is a French/ European campaign and we’ve signed a two years contract with that song. It’s not crazy but it’s good.

Ginette: thanks for this lively moment and I’m looking forward to your album and to seeing you perform live.

—————————-> YOU CAN BUY THE E.P HERE !!!

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If the kids VS Ginette #1

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Il y a quelques temps, à la rédac de Ginette on reçoit un mail d’un label ayant pour nom Note A Bene qui nous propose de découvrir un groupe électro dans la tendance. On écoute, on se dit « Ah oui pas mal du tout, son sympa! » puis quelques recherches rapides nous indiquent que le groupe en question, If the kids est composé de deux ex-membres du mythique groupe de rock Silmarils. Alors, c’est mythique pour toi si tu as l’âge de la Ginette qu’on a envoyé, parce que bon, ça commence à dater, on a dû envoyer une trentenaire à l’entretien (comme quoi, ça peut servir! oui les trentenaires sont toujours employables)… Tu te souviens de Noir Désir? Ben Silmarils c’est grosso merdo la même époque

La rencontre s’est faite à Mains d’œuvres à Saint-Ouen où le groupe était en résidence. Notre Ginette a été reçu pendant les répètes. Bon, on n’a pas envoyé la plus naze, elle a réussi à se faire offrir une bière avant de profiter d’un showcase privé: 4 chansons rien que pour elle, et toutes écrites pour elle si on l’écoute… Alors, dans de pareilles conditions, il est évident que notre Ginette a mené de main de maître une fucking bonne interview.

Restitution.

Ginette : Alors, If the kids: Où? Quand? Comment?

Brice : J’avais des morceaux électro que j’avais envie de mettre sur scène, j’avais besoin d’une chanteuse. J’avais fait chanter un tas de chanteuses et un chanteur, et je me suis dit ben tiens, et si j’appelais ma copine Marine que j’avais rencontrée dans le théâtre et j’ai appelé mes potes Vince et Aymeric et voilà… J’ai monté ça un peu à l’arrache en 2009. On a mis mes morceaux électro en musique pour pouvoir les jouer saur scène.

Ginette : Apparemment le nom du groupe est un hommage à Sham 69.

Brice : Il est bon hein le titre ? Les Bérurier Noir ont fait une reprise à l’Olympia avec la meuf sur les épaules. Très bonne reprise.

Ginette : C’est bien Aymeric ton ancien compère Silmarils ?

Brice : Oui c’est ça.

Ginette : Puisque on parle de ça il y a un changement, une évolution musicale avec Silmarils.

Brice : Musicalement ? Ben on vieillit ! J’ai toujours kiffé l’électro. J’ai toujours été DJ bien que j’ai fait du rock. J’ai toujours adoré faire bouger les masses. Après, faut essayer de la jouer avec subtilité : c’est ce que j’essaie de faire avec mes collègues de If the kids, mes comparses du moment, mais oui y’a un grand écart.

Mademoiselle Marine : Après en fonction des personnes qui sont réunies, il y a forcément des choses différentes qui se passent. Je ne suis pas David, donc c’est obligatoirement différent. Non mais en plus c’était un groupe de garçons.

Brice : Sans parler d’être David, tu apportes simplement quelque chose de différent. Puis Marine n’a pas de moustaches… Oui un groupe de garçons… Mais puisqu’on en parle, Marine m’inspire beaucoup quand je compose. Je pense à elle réellement quand je crée. C’est une sorte de Muse.

Ginette : Tu connais Marine grâce au théâtre c’est ça ?

Brice : Oui, exactement. On était dans une troupe de théâtre. Moi je faisais de la musique, elle jouait.

Mademoiselle Marine : Du théâtre d’improvisation. On faisait des impros chantées. Il a entendu ma voix sur plusieurs registres différents parce qu’en impro justement l’idée c’est de varier les styles.

Brice : J’aimais ce qu’elle proposait mais j’aimais aussi sa présence. Et ce qui j’aimais chez Marine c’est que c’était une bosseuse, et on avait besoin de ça. Il fallait bosser la langue. Elle n’avait jamais chanté dans un groupe. Elle s’est hyper bien adaptée. C’est assez agréable, confortable même.

Mademoiselle Marine : Il faut dire que je suis quand même comédienne à la base.

Ginette : Oh mais ça se voit, tu incarnes ce que tu chantes. C’est intéressant, et ça marche. Tu chantes mais tu ne dégages pas que de la sueur. Tu proposes quelque chose d’intéressant. Pour moi ça fait une différence certaine avec les chanteuses qui servent d’habillage à la musique. 

Comment vous définissez le style du groupe ? Si y’a besoin de définir d’ailleurs.

Mademoiselle Marine : C’est un mélange à dominante électro. Rock, pop, hip hop à dominante électro. Pour moi l’intérêt c’est que c’est varié.

Brice : Oui le tronc principal c’est l’électro.

Ginette : Brice, tu es compositeur. Tu composes toutes les musiques du groupe ?

Brice : Ouais. Et l’auteur des titres s’appelle Gene Barbe. C’est un Anglais. Quand on a commencé, au tout début, on était avec un mec qui s’appelait JB et qui fait toujours partie de notre entourage, et lui dès le départ il voulait qu’on signe avec l’Angleterre. Il trouvait que les démarches en France étaient trop chiantes, trop compliquées, donc l’objectif c’était l’Angleterre. Sauf que, c’est bien de vouloir viser l’Angleterre mais si tu n’écris pas très bien tes paroles contrairement à une idée répandue, tu ne passes pas la Manche. Dans notre entourage on avait Gene, un mec un peu poète, un artiste avec qui Marine s’entend très bien sur ses histoires ça a matché. Il pense à elle quand il écrit, Marine se retrouve dans ses textes. Gene Barbe est un peu le 5ème membre du groupe.

Mademoiselle Marine : C’est un écorché qui apporte de la poésie mais aussi de l’engagement dans les textes, ce qui m’aide à interpréter quelque chose.

Ginette : Tu as besoin de textes profonds ?

Mademoiselle Marine : Tout à fait. C’est intéressant en fait. Notre musique est un peu pop, un peu légère et apporter des textes profonds, parfois un peu graves ou engagés apportent un contraste, contrebalance. C’est important pour moi parce que ça me pousse, parce que ça me nourrit. Sur scène, les paroles me portent beaucoup et m’importent tout autant que la musique.

Brice : Marine n’est pas une fille « simple ». Si on avait eu des textes de baltringues ça aurait été compliqué pour elle.

Ginette : Tu veux dire que ce n’est pas une chanteuse « prétexte » ?  Elle ne se contente pas de « Doudadidadada » ?

Brice : Noooon ! Je trouve qu’il y est bien qu’il y ait des textes à la hauteur de ce qu’elle veut : c’est cool. Je trouve ça très bien qu’elle puisse s’y retrouver.

Mademoiselle Marine : C’est tout à fait ça, je m’y retrouve, c’est vraiment important pour moi. Et comme je connais Gene, il n’est pas à côté de la plaque quand il écrit pour moi, même si bien sûr il imagine des choses et qu’il retranscrit parfois sa réalité. Je ne lui échappe pas et ça c’est rassurant.

Brice : Oui il écrit en pensant à toi, sait ce que tu veux, qui tu es. Et elle a raison sur l’ensemble : ça amène du sérieux à la légèreté du reste.

Ginette : Grosso modo, les textes parlent de quoi ?

Mademoiselle Marine: D’une femme qui fuit pour vivre son histoire d’amour parce qu’elle subit de la pression de la part de sa famille à cause du fait que son compagnon soit de religion différente ; acheter c’est obéir par exemple : ça dit bien ce que ça dit et je pense que c’est vraiment une question contemporaine, qu’on peut consommer autrement. Un fait divers aussi d’une femme qui meurt dans son appart et de fait manger par son chien.

Brice : De la solitude face à son écran aussi. « I need some company ». Une vérité du moment. C’est un très beau texte.

Ginette : Oui, tu peux avoir 1 000 amis sur Facebook et rester seul comme un con dans ta piaule…

Mademoiselle Marine, on disait tout à l’heure que tu as fait du théâtre. La musique, tu y viens comment ? Parce que Brice te  propose ?

Mademoiselle Marine : Je faisais de la musique à travers l’improvisation. Des metteurs en scène m’incitaient à chanter plus. De mon côté, j’écrivais des chansons en français, j’ai un peu composé aussi mais je n’ai jamais poussé très fort vers ça. J’ai plutôt besoin de gens autour de moi que moi de le faire. Par contre la scène, c’est juste une évidence pour moi.

Ginette : Oui, après c’est le support qui change ? Mais du coup c’est facile pour toi d’y  monter ?

Mademoiselle Marine : Non c’est horrible pour moi. Quand j’y suis c’est bon. Mais avant c’est juste une horreur. Je suis malade, morte de trouille mais ça devient un plaisir monstrueux quand je suis sur scène. J’ai quand même fait des stages de chant qui m’ont permis d’asseoir une assurance. Le fait d’être comédienne aide aussi. Je sais que j’ai une présence, je sais que je peux remplir l’espace. Ce sont des choses sur lesquelles je m’appuie. En termes de voix je ne suis pas encore très sûre de moi, ça va de mieux en mieux depuis le temps.

Brice : Elle est humble. Moi j’ai pas grand-chose à lui redire sur la voix. Elle parvient souvent à me bluffer sur scène, surtout quand on n’a pas des conditions optimales elle parvient à surmonter ça et elle est bonne. Je suis content. On progresse constamment.

Mademoiselle Marine : Le but, c’est de se faire plaisir et de faire plaisir aux gens. Au final on ne fait que de la musique. On se doit d’être généreux et de profiter de ces instants. C’est comme ça que je vis les choses. Il ne faut pas se prendre au sérieux. Il faut toujours essayer d’aller le plus loin possible pour ne pas décevoir, ne pas se décevoir soi-même.

Ginette : Bon, et on écoute quoi comme musique ?

Brice : J’aime le bon son, le rock. J’aime les White Stripes, j’aime Arctic Monkeys. Au delà de ça, j’aime toute la communauté Ed Banger, Breakbot,mais j’aime vraiment tout Ed Banger. J’aime les Daft Punk… J’aime l’électro française

Mademoiselle Marine : Quand j’étais ado j’écoutais du rock expérimental mais aussi PJ Harvey. Sinon du hip hop, du trip hop comme Portishead, PuppetMastaz.

Ginette : Quand on m’a présenté le groupe, on a mis en avant Lacoste et Kiabi.

Brice : Oui. Mais c’est normal, ce sont d’énormes annonceurs. C’est ce qui fait en fait notre promo, bien plus que tout ce qu’on a fait jusque là. Ce sont d’énormes annonceurs et ce sont eux qui sont venus chercher notre musique, ça dit implicitement que notre musique peut plaire. C’est certainement pour ça qu’on te met ça en avant.

Mademoiselle Marine : C’est une sacrée vitrine, avouons-le ! C’est une vitrine qui fait qu’on est entendu dans des endroits où l’on ne l’aurait pas été autrement. Enfin, j’imagine. Ça touche un public qui ne serait peut-être pas venu vers nous.

Brice : Dès que tu touches à ces médias là, tu deviens un héros tout de suite, c’est assez incroyable. Et on a de la chance parce que pour le coup, Lacoste et Kiabi sont de très grosses marques avec des plans média énormes. Leurs campagnes de pub coûtent des fortunes. Et ça ouvre forcément ailleurs. En ce moment, par exemple, chez Kiabi on reçoit des messages d’Espagne et d’Italie parce que la pub passe en Europe.

Mademoiselle Marine : Être choisi par des annonceurs comme ça, ça rassure aussi sur ce qu’on fait, ça rassure sur le fait qu’on est pro, ça permet d’avancer. Ça apporte du crédit, c’est rassurant. Pour moi ça veut dire qu’on va dans la bonne direction.

Ginette : Si je te parle de ça, c’est parce que je m’intéresse à comment on vit de la musique aujourd’hui. Dans les articles que j’ai lus, à un moment je vois que tu expliques que tu as essayé de bosser en indé et tu soulignes que c’est compliqué.

Brice : C’est vraiment très compliqué. Est-ce que tu veux qu’on en parle ?

Ginette : Avec plaisir, c’est pas des sujets qu’on aborde ou qu’on souhaite aborder alors que c’est important à mon sens et surtout, intéressant de pouvoir tenter d’avoir un aperçu de comment les choses fonctionnent dans l’économie de la musique aujourd’hui.

Brice : Au départ, t’es un peu obligé de fonctionner en indé. Toutefois, on atteint rapidement les limites, et quand je te dis « limites » je te parle d’argent. Sans argent y’a un moment où tu ne peux plus avancer. C’est malheureux, mais les frais de développement d’un groupe comme le notre sont colossaux. Bien sûr que tu peux attaquer en indé. En plus avec la pub on avait un apport qui a fait qu’on a pu faire des clips, louer des locaux pour répéter mais comme je te dis, tu finis par voir les limites, et assez rapidement. Et quand tu n’as plus d’argent, si tu ne passes pas à l’étape supérieure donc en major ou tout simplement avec des maisons de disques qui ont de l’argent et bien tu ne peux plus faire évoluer ton groupe. Ça devient très vite trop compliqué.

J’en conclus que vous bossez avec un label, c’est quoi ?

Brice : Il s’appelle Note A Bene. C’est un petit label indépendant où on a un peu d’argent, ils investissent.

Ginette: Je ne sais pas comment ils investissent mais une chose est certaine, en matière de comm ils assurent. Pour rencontrer If the kids, j’ai été contacté par trois personnes différentes, ça taffe !

Brice : Tu vois, ça fait partie des choses que je veux te dire quand je te dis qu’on peut vite avoir besoin d’un label. C’est très bien ! C’est un label indé qui joue le jeu, qui veut réussir. Tu sais, quand tu dois développer, promouvoir, tu es dans une temporalité réduite, donc quand tu y vas, tu tentes tout.

Ginette : Alors, j’veux pas qu’on croit que le focalise sur la pub, mais bon, on nous parle constamment de la crise du disque, qu’il faut repenser les modèles économiques du secteur etc. Ce que je veux dire, c’est que les gens achètent si peu de musique qu’il ne vous reste réellement que la pub et les festivals pour vivre ? Je vais faire simple. Scène électro française VS pub tu as : SebastiAn, Kavinsky, Gesaffelstein.

Brice : Mais oui Gaby ! On est dans une situation où les majors se battent pour placer leurs artistes en pub. Y’a 15 ans, tout le monde s’en tapait. On faisait de la musique originale pour les pubs. Aujourd’hui, c’est tellement un vecteur promotionnel important et gratuit, que les maisons de disque se battent pour placer leurs artistes. D’ailleurs, de nos jours les annonceurs veulent des groupes développés. Ils ne veulent plus de musique originale ou de groupes inconnus. Je récapitule, y’a la pub : oui, on nous entend : oui. Ça c’est une réalité. Mais l’autre réalité, c’est que ça ne fait pas vendre des disques pour autant. Ce qui fait vendre des disques, c’est de passer sur les 4 FM importantes. Si tu parviens à passer sur ces FM là, tu vends des disques. Sinon, tu galères. Bien entendu, il y a et aura toujours des exceptions… Mais la règle générale est ainsi. Et quand tu me parles de festivals Gaby, tu n’y joues que si ton disque a marché. Si t’as un disque mais pas de promo, qu’il ne se vend pas, tu n’iras jamais sur ces festivals-là. Concrètement, le business n’a pas changé. On te fait croire que tu dois aller faire de la scène  donc tout le monde joue là-dessus. Les prix des concerts sont monstrueux. Les gars qui parviennent à tourner, faut surtout pas qu’ils s’arrêtent parce qu’en effet ça fait rentrer de l’argent. Mais j’insiste, tu ne fais pas de concert si tu ne vends pas en amont des disques. Oui c’est la crise et il faut repenser les modèles, mais on fonctionne quand même sur d’anciennes idées. Si tu passes en radio, tu vends.

Ginette : Tout à l’heure on parlait de ton passé de rocker chez Silmarils, tu sens une réelle différence avec cette époque-là ?

Brice : Bien sûr ! C’est pas compliqué : il y a 20 ans on jetait l’argent par les fenêtres ! On faisait des clips à un million lourd. Si aujourd’hui t’s 30 000 euros t’es content.

Mademoiselle Marine : Tu faisais des tournées en tour-bus énormes.

Ginette : Aujourd’hui c’est Easy Jet ?

Brice : Oui clairement ! L’argent des disques renflouait les caisses. Il y avait moins d’artistes sur le marché. Il y a eu une explosion du marché avec MySpace. Quand MySpace est arrivé, on s’est rendu compte du nombre de groupes qui jouaient dans leurs caves. Là tu te rends compte que ceux qui parviennent à signer ont une chance énorme. Le marché du disque est tout d’un coup devenu saturé. Ce qu’il faut se dire, c’est que les frais fixes pour développer un groupe n’ont pas changé, sauf que cet argent qu’on jetait par les fenêtres il y a 20 ans, et bien aujourd’hui on le cherche. C’est comme ça qu’on se retrouve avec des plans sociaux dans les maisons de disques. Et si tu es observatrice, tu vas te rendre compte qu’il n’y a aucun groupe de rock qui a émergé depuis 4 ans. Depuis BB Brunes, il y’a plus eu de rockeurs. Pourquoi ? Parce que ça coûte trop cher à développer pour un retour sur investissement incertain.

Ginette : C’est d’une tristesse…

Brice : Le rock c’est trop cher. Enregistrer une batterie c’est hyper cher. Le studio, alors j’sais pas, je vais te dire une bêtise, mais pour 4 titres/jour il te faut un studio incroyable qui va te coûter 800 euros/jour sur 3 jours. Sachant qu’après tu dois faire les guitares… Un groupe de rock c’est trop cher à développer. Depuis BB Brunes on ne produit pas. Après tu vas peut-être me citer Skip The Use et Shaka Ponk mais eux ça fait longtemps qu’ils sont en développement. Ils ont émergés ces dernières années mais ça bossait depuis un moment, ils en sont à leur 2ème peut-être 3ème album. La route a été super longue avant que Skip The Use explose. C’est révoltant.

Ginette : Là, on est loin de l’image romantique qu’on essaie de nous vendre du gars qui fait tout tout seul dans sa piaule et qui réalise un clip avec son téléphone portable…

Brice : Bullshit ! C’est de la connerie ça. Oui tu auras encore une fois une exception par ci par là, mais qu’on ne dise pas que c’est une généralité.

Mademoiselle Marine : Après, aujourd’hui on peut essayer de se faire financer par ses auditeurs, c’est vrai qu’on n’a pas essayé.

Brice : Tu parles des plateformes de crowdfunding comme kisskissbankbank ? Oui tu peux mais t’engranges pas autant que ça et il en faut… Tu peux très bien gagner 50 000 balles, mais après ? Après faut continuer…  Par contre, attention ! Parfois on te fait croire à un succès Youtube qui vient de nulle part, et bien sache qu’il y a souvent une maison de disques derrière. C’est très souvent du fake : ça n’existe pas.

Mademoiselle Marine : Oui mais ça permet de découvrir des artistes qu’on n’aurait pas découvert autrement.

Brice : Oui, bien sûr. Un artiste qui fait 20 000 vues sur une plateforme, il faut le considérer, le prendre en compte.

Ginette : J’ai lu que vous étiez pas mal connus en Angleterre, Amérique latine.

Mademoiselle Marine : C’est lié aux pubs.

Brice : La première c’était Lacoste, pub pour un parfum avec Alexa Chung dans le « rôle » phare. Y’a eu un gros plan média. On a fait le buzz en Angleterre, on est passé sur des grosses chaînes, on a eu des papiers dans le Guardian. Après je ne vais pas te dire qu’on est connu là-bas, mais puisqu’on est inconnu en France, on ne peut pas comparer.

Mademoiselle Marine : Là c’est Kiabi qui nous permet d’arriver en France.

Brice : Kiabi c’est une campagne France/Europe. On a signé pour deux ans avec ce titre. Ce qui est assez sympa avec ça c’est que le morceau sert aux campagnes, donc le titre peut être de nouveau promu dans six mois s’ils s’en servent. Après ça n’a pas des retombées folles, mais ça en a. 

 Ginette: Merci pour tout, c’était un chouette moment !! Vivement l’album et on a hâte de vous voir en live !!

 ————————> Tu peux acheter l’EP ici !! L’album est en préparation. 

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