Prix « Sale Temps Pour Les Ours » du court littéraire #1

Prix littéraire #STPLO: talents en vue !

visuel-prix-stplo-fb

Publicités

Occupy Elysee ! #Porntoshop

Mis en avant

PORNTOSHOP: Un nom aussi mystérieux qu’évocateur.

La stagiaire nous avait dit que le premier numéro avait été lancé lors de l’anti-marché de Noël à la Recyclerie en janvier dernier. Le thème était la #COP21.

Pour la sortie du numéro 2, #Présidentes, on a tenu à rencontrer la mystérieuse créatrice et éditrice de la revue. On a discuté, débattu, quelque part dans le 19ème autour d’un verre de porno, de féminisme, de politique et de ce qui lie tous ces éléments.

Le principe: faire entrer le corps de la Femme à l’Elysée. Pouvoir et féminin ne sont pas antinomiques.

La surprise: aucun sans faute pour ces messieurs…

Que dire? #OccupyElysee !

Rencontre

Ginette : Salut ! On se rencontre enfin ! Il y a 4 mois environ tu as sorti un premier numéro de Porntoshop autour de la COP21. Il y a trois semaines tu as lancé le 2ème numéro de la revue. Il s’appelle « Présidentes » et pour résumer tu utilises des citations hyper machistes de présidents de la Vème République que tu mets en images en posant leurs têtes sur des corps de femmes afin de faire entrer la Femme à l’Elysée.

Porntoshop : Pour la COP21 j’étais dans l’actu mais en réalité j’avais besoin d’une échéance pour me lancer. Je me suis dit qu’on en parlerait beaucoup, que ce serait dans els débats du moment donc j’ai sauté dessus. Il y avait aussi le côté hyper décalé de coller des têtes d’hommes politiques sur des corps d’actrices porno le tout en parlant de la COP21. C’est même un peu tordu mais j’étais motivée alors j’y suis allée.

Ginette : Pour un objet livre et pas un blog, un Tumblr ?

 Porntoshop : A la base c’était le cas mais on m’a suggéré d’en faire un magazine papier ce qui était une bonne idée. Je bosse sur Internet, je connais très bien Internet donc j’aurais pu continuer ainsi mais l’avantage du livre, c’est l’objet en lui-même justement. Tu as un objet fini entre tes mains. C’est très satisfaisant, c’est agréable. Tu as l’impression de donner naissance à quelque chose à chaque fois. Tu peux faire une soirée de lancement, voir les personnes qui vont l’acheter, l’avoir. Avec un site cette dimension là n’existe peu peu ou pas.

Ginette : PRÉSIDENTES ?  Comment ? Pourquoi ?

Porntoshop : Je crois que le déclic a été de voir les masques de Hollande et Sarkosy dans les magasines de farces et attrapes !

Ginette : Tu sais qu’il y en a avec DSK dans des sex-shops à Pigalle ?

Porntoshop : Effectivement, mais comme il n’a pas été président… Mais dans des sex-shops directement ?

Ginette : A y être ! Dans le numéro 1, il ne s’agit pas de masques.

Porntoshop : En effet, c’était du photomontage mais ces fameux masques justement m’ont fait changer le concept : créer mes propres photos avec mes propres mises en scène donc faire poser des filles que je connais avec des masques de présidents de la Vème République. Je voulais que les filles posent vraiment, que les photos soient érotiques, un peu dénudées, très féminines dans le cliché du féminin et y associer des têtes de présidents. L’idée c’est de faire correspondre au pouvoir très masculin des corps très féminins qui sont deux choses jamais associées. Généralement, quand une femme « prend le pouvoir » au sein d’une entreprise ou de en politique, elle a tendance à de séparer de ses attributs féminins, à se viriliser, à se masculiniser afin de se crédibiliser. C’est dommage. La Femme doit pouvoir être féminine si elle en a envie, ou virile, ou masculine, mais ça doit émaner d’une envie. Porter du vernis à ongles ne fait pas de quelqu’un une personne qui ne serait ni intelligente ni apte à diriger des équipes, des entreprises ou tout simplement avoir de bonnes idées. Je veux créer ce décalage homme/femme/pouvoir/féminité mais en y agrégeant des citations de ces messieurs sur le pouvoir au féminin. Je ne pensais pas que je tomberai sur une mine d’or des citations misogynes.

Ginette : Premier constat : aucun président n’est exemplaire sur ce sujet…

Porntoshop : Non… Par contre y’a une évolution avec les deux derniers présidents, Sarkozy et Hollande. Le ton est différent. On sent une évolution, déjà dans les faits ils ont fait rentrer plus de femmes dans leurs gouvernements. Y’a peut-être plus de « subtilités ». La citation de Nicolas Sarkosy sur la parité bruyante (ndlr : « C’est bien la parité en politique, mais c’est bruyant ! »). Ce n’est pas « subtil » mais on n’est pas dans le gros bourrin macho dragueur comme le sont VGE et Chirac ! Hollande c’est encore un cas à part. Il dit « Etre un socialiste, c’est être un féministe. Nous en avions débattu car, pour certains, la proposition n’allait pas de soi. Mais elle l’avait emporté car comment prétendre vouloir l’égalité sans, au préalable, affirmer celle entre les femmes et les hommes ? Je suis donc féministe ! Et toujours socialiste. » mais en même temps quand on voit dans quelles mesures il est aujourd’hui socialiste, on peut douter de son féminisme aussi… Je maintiens que ça reste différent des phrases de Giscard ou Chirac ! Cette phrase est contemporaine de la création de ce fameux ministère des Familles, de l’Enfance et des Droits des Femmes ! Il associe le droit des Femmes à la famille et à la petite enfance, bienvenue 40 ans en arrière ! Après, c’était « pain béni » pour moi, j’ai eu le temps de l’intégrer à mon magazine. Il aurait presque pu faire un sans faute. Presque !

hollande5

Ginette : Sur le nombre de femmes dans les derniers gouvernements, il est en augmentation certes (quid de la parité ?) mais pas aux ministères régaliens… Ministère de l’Intérieur ? On n’a connu qu’une seule femme Premier Ministre, Edith Cresson, et ce fut fulgurant…

Porntoshop : Hollande le dit très maladroitement en 2012, en disant « Ce sera un bon principe que d’avoir autant d’hommes que de femmes dans un gouvernement, cela ne veut pas dire que les responsabilités seraient les mêmes. ». C’est une grosse bourde… Que ce soit un lapsus ou non, ça parle !

Ginette : Le clip est très beau, très classieux je trouve.

Porntoshop : Je sais qu’on pourrait me reprocher de parler féminisme en faisant poser des femmes en tenues sexys, dans une sorte de posture clichée du féminin, mais déjà moi mon point de départ c’est l’image : je veux un visuel accrocheur. Je les trouve belles. J’ai grandi en regardant beaucoup de magazines comme Vogue par exemple. Je voulais que ce soit beau ! Quitter le porno du premier numéro c’était quand même un soulagement. Le premier c’était du porno, et du porno même en noir et blanc c’est violent, hyper agressif, ça me gênait un peu dans le premier numéro. Je voulais quelque chose de plus doux. Cela dit, il y a des réactions quand même dures sur les réseaux sociaux : « c’est pas bandant », « c’est un somnifère du sexe ». Réactions que je ne partage pas du tout en voyant ces images.

Ginette : Les gens parlent du côté Aphex Twin ?

Porntoshop : (Rires) Effectivement c’est un peu tordu… C’est en noir et blanc, elles bougent lentement, c’est sensuel !

Ginette : Je ne suis absolument pas outrée par le côté féministe/meufs en culottes ! Le féminisme est protéiforme. Les discours féministes ne sont pas tous compatibles. Il y a des féministes anti-porno, et il y a des féministes qui revendiquent le porno ! Idem avec les travailleurs du sexe !

Porntoshop : Pour moi, le message important c’est qu’une femme ne doit pas abandonner sa féminité ou ce qu’elle suppose l’être autrement que par choix ! Le caractère féminin est associé à de la faiblesse, à quelque chose de négatif ! Moi j’ai voulu dire : « vous, présidents, vos têtes ont atterri sur des corps de femmes et vous n’en devenez pas moins forts ! ». Ces femmes sont puissantes ! Tu veux être soutien-gorge et ne pas être faible ou victime. Ce n’est pas anecdotique ! Quand t’es une femme au quotidien, tu as l’impression de porter une faiblesse en soit juste parce que tu es en jupe, que tes ongles sont vernis, que tu es coquette alors que non ! Je revendique totalement ce pouvoir là ! Quelque chose de très révélateur : je fais beaucoup de montages, j’aime coller des têtes sur des corps… Bref !  Et quand je colle la tête d’un copain sur le corps d’une femme il y a vexation alors que ça n’arrive jamais dans le cas inverse, comme si quelque chose d’infamant venait de se produire.

Ginette : Tu passes pour la briseuse de virilité ?

Porntoshop : Oui alors que je ne brise rien du tout ! J’attribue simplement d’autres caractères ! Jamais, je me répète, je n’ai eu de réactions négatives de la part de femmes. On peut trouver ça anecdotique, moi pas. Les réactions sont folles. Je veux redonner du pouvoir au corps de la Femme !

Ginette : Je parle souvent d’Ovidie. Je trouve qu’il y a dans son discours quelque chose de terriblement fort en disant stop à l’infantilisation ! Elle parle du porno mais pas que, des travailleurs du sexe en général. Ce qu’elle dit c’est que si tu ne subis pas, quel est le problème ? Pour moi il n’y a pas antinomie dans « porno féminisme ».

Porntoshop : Je me doute que des gens vont avoir dans la tête en voyant le clip « ah femmes objets » etc. mais ça ne me gêne pas si après ils viennent lire le magazine, ils viennent lire les citations et finissent par comprendre que je dénonce quelque chose ! Ces images ne sont pas innocentes et il faut les prendre avec les citations qui les accompagnent ! Après, si les gens s’arrêtent à ça : tant pis ou tant mieux, ça m’est égal. Je veux aussi accrocher le regard, je ne veux pas m’en cacher. Si des gens veulent aller plus loin tant mieux ! Sinon…

Ginette : Oui, après tout si les gens ne savent pas lire une image. Parce que concrètement, c’est de ne niveau-là ! Je repense à la polémique il y a quelques années à propos de l’affiche de l’album de Damien Saez, J’accuse ! T’as une superbe photo de Mondino qui montre une meuf dans un caddie : CENSURE dans le métro, ça hurle au loup et j’en passe. Ces gens-là n’ont même pas pris en note le titre explicite : J’ACCUSE ! Un « J’accuse » au dessus d’une nana dans un caddie, et non, on ne comprend pas, on crie à la misogynie… Y’a un moment où quand on a à faire à des ânes…

Porntoshop : J’ai lu Beauté Fatale de Mona Chollet il y a plus d’un an et elle évoque toutes les pressions subies par le corps féminins. Je ne comprends pas qu’on puisse être choqué par cette femme dans le caddie alors que pour moi, et j’en ai pris conscience il n’y a pas si longtemps que ça finalement qu’on nous badigeonne la tête avec des corps de femmes irréelles, parfaites soit disant. La violence elle est là parce que là, nulle part est écrit « J’accuse » ! C’est considéré comme normal. Tu t’étonnes après que toutes les filles soient hyper complexées ! Autour de moi c’est comme ça aussi. Mes amies qui ont posées dans le clip et pour les photos étaient complexées pour certaines, pas à l’aise pour d’autres. C’était loin d’être évident finalement. J’ai moi-même posé et j’ai compris que ce n’était pas facile. Quand tu te rends compte que tu as intégré des codes malgré toi, c’est très dur de se trouver à la hauteur. Je sais que je veux faire poser des hommes dans les prochains numéros : des hommes avec des masques de femmes et je veux voir comment eux réagissent à ça ; au fait d’être exposés dans ce contexte-là, dans un magazine féministe. Toutes les filles qui posent dans ce magazine se disent féministes et le sont ; néanmoins, s’exposer n’a pas été facile. Tu as beau te dire « mon corps je l’aime je le revendique et j’en suis fière ».

Ginette : C’est « marrant » ce que tu dis parce que quand je vois le clip, j’vois juste des nanas canons, c’est pas un freaky show. J’ai montré ce clip à des copines, et elles, elles étaient dans « elles sont trop parfaites, encore de la blanche bien foutue etc. ».

Porntoshop : Et elles sont toutes complexées. C’est très intéressant en fait de voir comme on perçoit les choses.

Ginette : Mon père dit que le seul ennemi de la Femme c’est la Femme…

Porntoshop : C’est nous qui portons les regards les plus intolérants envers nous-mêmes, et par extension avec les autres… Il suffit de penser à notre propre regard sur une fille qu’on croisera et qui sera un peu trop racoleuse ! Rien que dire ça déjà ça en dit long… C’est quelque chose sur lequel il faut travailler en permanence, dans notre quotidien.

Ginette : Tout ça me fait penser à l’affaire Lena Dunham (série GIRLS). Il y a quelques temps, elle a poussé un cri de colère contre un magazine espagnol qu’elle accusait de l’avoir photoshopée. Le net s’empare de l’histoire bien entendu. Le zine espagnol lui explique qu’il n’y a pas eu retouche, elle dit que c’est impossible. Finalement, on lui montre les photos et en effet : on ne l’a pas trafiquée. Lena Dunham c’est la nana qui par excellence revendique son corps imparfait. Elle dit, et je le lui souhaite, avoir intégré ça et le vivre normalement. Or, cette nana, qui est donc supposée ne pas avoir de regard biaisé sur elle-même, ne se reconnaît pas sur une photo. Et très honnêtement, j’ai trouvé ça tellement violent pour elle. Quid de la dysmorphophobie ?

Porntoshop : Mona Chollet en parle dans Beauté Fatale de ce sujet. Elle évoque un top model que son mec filme. La nana qui fait rêver par définition, en réalité vit un véritable calvaire. Le féminin c’est ça : te montrer l’inaccessible. Si ton premier problème était de perdre trois kilos, une fois ces kilos envolés tu verras qu’il y a autre chose. Tu ne seras jamais à la hauteur, tu te sentiras à côté de la plaque.

Ginette : C’est de l’ultra-violence…

Porntoshop : Je suis loin d’avoir fini de travailler là-dessus. Voir comment tes potes réagissent quand tu les prends en photo, voir comment elles s’aiment ou pas… Et je suis la première concernée.

Ginette : Moi je ne me reconnais même pas sur les photos, je vis ça difficilement une photo. Quand on en prend de moi et qu’on me tague sur les réseaux sociaux, c’est une petite mort. Je ne parviens pas à me dire que celle que je vois, qui est moi, c’est réellement moi. Je m’imagine tellement différente que je ne peux que comprendre tout ça. Et là on parle de la société en général. En politique c’est carrément une autre dimension.

Porntoshop : Pour les femmes en politique, le corps est souvent un objet problématique. Une femme qui met une robe ça pose problème par exemple (ex : Duflot). Rama Yade raconte qu’un jour à l’Assemblée Nationale un député lui a dit « Personne ne te le dira mais ta jupe est trop courte. ». Quand t’es une femme et que tu assumes d’avoir aussi un corps, c’est compliqué donc en politique ça reste problématique aussi, par extension. Assumer d’être une femme avec un corps de femme, c’est utilisé comme instrument servant à décrédibiliser. Tu ne peux pas avoir une robe et être sérieuse. Ne parlons pas des jupes courtes. C’est pour ça que dans #PRESIDENTES Nicolas Sarkosy tire sur sa jupe, un peu gêné. Cela dit, il y a une évolution: regarde comment on parle de Hollande! Flamby… Il y a quelque chose qui dit que finalement, il « dévirilise » le pouvoir avec un surnom pareil…

Pour trouver PORNTOSHOP: https://www.facebook.com/porntoshop/timeline

 

uneprnt2

 

 

Il était une fois… #PrieurDeLaMarne

Mis en avant

PRIEUR DE LA MARNE… La première fois qu’on a aperçu son nom à la rédac c’était sur le fil instagram du duo électro rémois THE SHOES qui avait signé Time to Dance et qui depuis est devenu une référence ! Reims a vu émerger une impressionnante scène musicale ces dernières années, Yuksek / Brodinski / The Shoes et j’en oublie sûrement… A la ville, « Prieur de la Marne » est Guilhem Simbille, un des programmateur du festival ELEKTRICITY de Reims justement, et on croit savoir qu’il bosse à la Cartonnerie.

prieur logo.jpg

On a pris rendez-vous pour une interview, c’était samedi dernier, et comme il pleuvait ce jour-à, on a envoyé la stagiaire. Elle a rejoint Prieur de la Marne devant un café, près du cimetière du Père Lachaise à Paris et fait notable, l’interview a eu lieu alors qu’il bossait sur une compo spéciale « Valentine Day »!

Rencontre

Prieur Cimetie╠Çre ┬® Sylvere H

Ginette : On est où en ce samedi pluvieux ?

Prieur de la Marne : Entrons au Zhorba. J’avais besoin d’un café et je me suis abrité en sortant du Père Lachaise.

Ginette : Et bien entrons au Zhorba. Tu faisais quoi au Père Lachaise ? Un samedi après-midi où il pleut, tu vas « saluer » qui au Père Lachaise ? Jim Morrison ? Allan Kardec ?

Prieur de la Marne :  Je suis un grand marcheur. Et aussi souvent que possible j’aime bien déambuler dans des cimetières. Pas spécialement pour saluer quelqu’un en particulier mais plutôt pour y chercher du calme. La je suis allé voir Marie Trintignant.

Ginette :  Je faisais ça quand j’étais petite, mon père fabriquait des tombes en marbre, et j’aimais déambuler dans les cimetières où il bossait. D’ailleurs, je piquais des fleurs à ceux qui en avaient trop pour les donner à ceux qui n’en avaient pas. Marie Trintignant elle t’évoque quoi ?

Prieur de la Marne : Marie Trintignant c’est cette petite sauvage dans « Série Noire » d’Alain Corneau aux côtés de Patrick Dewaere… C’est aussi la fille de mon acteur préféré. Et puis c’est cette tragédie de Vilnius. Je n’ai pas super envie de m’étaler Bertrand Cantat. Il était une icône de mon adolescence… Je le considère aujourd’hui comme un animal…

Ginette : Est-ce que cela signifie qu’on n’entendra ni Noir Désir ni Détroit dans tes reworks?

Prieur de la Marne : [il lève les yeux au ciel  ndlr]

Ginette : Tu parlais de Jean-Louis Trintignant, donc je rebondis sur lui, et sur le cinéma. Il est très présent dans ton travail le 7ème art.

Prieur de la Marne :  Enfant j’étais souvent congédié dans ma chambre. J’étais turbulent et pour tuer le temps je dessinais des heures durant en écoutant les disques de ma mère. Je pense que c’est la que j’ai commencé à associer malgré moi des images à des mélodies. Et puis le cinéma est entre dans ma vie. Mon père m’a emmené voir Oradour-sur-Glane et la semaine suivante il m’a montré « le vieux fusil » de Robert Enrico… Le choc des images de Romy Schneider brûlée vive, de Noiret pleurant toutes les larmes de son corps et cette bande son de François de Roubaix… C’est un trauma mais c’est aussi un repère dans mon travail d’artiste aujourd’hui.

Ginette : Ça explique donc pourquoi tu as fait tout un travail autour de Romy Schneider. C’est de l’hommage ? Une purgation des passions ?

Prieur de la Marne :  Mon père était amoureux d’elle. C’est ce qu’il disait à table devant ma mère… Moi je me suis intéressé à la vie de l’actrice assez récemment. Je pense que c’était certainement pour régler un truc inconsciemment mais surtout parce que j’ai pour elle une grande admiration… Pour son parcours, ses choix (y compris celui de sa disparition) et pour sa beauté intemporelle… Mais je pense en avoir fini avec elle. Je cherche désormais une muse qui fait partie de ma réalité (rires)

Ginette :  Comment est né « Prieur de la Marne »?  Je ne sais pas ce qu’il en est réellement, pour moi ce n’est pas qu’un nom d’artiste, c’est plus une sorte de projet/concept!

Prieur de la Marne : Les contingences de ma petite vie m’ont conduit à traverser des Périodes de douleur et d’ennui profond. Lors de mon dernier épisode dépressif j’ai tué le temps en m’intéressant à Romain Gary… Le plus grand créateur de personnages à mon sens et un artiste total qui souffrait en écrivant.

En relisant « la vie devant soi » et en creusant l’épisode Émile Ajar j’ai eu l’idée de créer le personnage Prieur de la Marne… Comme une projection d’un homme que je ne suis pas dans la vraie vie mais qui est tout de même une sorte d’alter égo… Le diablotin posé sur mon épaule qui surgit en même temps que l’inspiration.

Ginette : Ce que tu dis m’inspire un vers de Verlaine, dans Mon rêve familier:

 » Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même Ni tout à fait une autre »

Bien entendu la thématique n’est pas la même, mais c’est ça qui me vient en tête instinctivement. Cet alter ego, c’est une version décomplexée ? Améliorée ? Sublimée ? Ou possède-t-il également des défauts que tu n’aurais pas ?

Prieur de la Marne : Les défauts et les qualités sont volontairement très exagérés… C’est évidemment une projection sublimée et décomplexée. Le chevalier sans peur et sans reproches que j’aimerais être au quotidien.

Ginette : « Prieur de le Marne » est-il narcissique ? Il se met en scène dans les reworks, il rend hommage à ses potes aussi mais les reworks ressemblent parfois à une sorte d’ego-trip .

Prieur de la Marne : Oui, Prieur de la Marne est un vaste ego-trip. Il s’autorise effectivement des mises en scènes souvent too much mais c’est la différence qu’il a décidé de cultiver. Rien ne lui paraît plus triste que le consensus mou et la tiédeur. Alors pour tromper son ennui et amuser ses potes il se met en scène avec en point de mire le fantasme de mourir un jour sur scène… Que ce soit à la mi-temps du superbowl ou en faisant le DJ pour un bal populaire ou un mariage.

Ginette :« Viens mais ne viens pas quand je serais seule / Quand le rideau un jour tombera /Je veux qu’il tombe derrière moi. « 

J’ai lu quelque part que « Prieur de la Marne » est un dandy. Alors, c’est quoi un dandy en 2016 ? C’est ce dandy qui décide de quitter sa table de mix pour aller taquiner le dancefloor?

Prieur Ceinture

Prieur de la Marne : Un dandy je ne sais pas ce que c’est… Dans l’inconscient collectif de 2016 et sur ces blogs de style tous plus creux les uns que les autres j’imagine que c’est quelqu’un qui préfère les bottines aux Air Max… D’où ces allusions au dandysme… Le Prieur de la Marne qui décide d’abandonner ses platines pour aller danser c’est celui qui est ha-beat-é, qui a le diable au corps et qui ne résiste pas à esquisser deux pas de danses quand il envoie « l’amour à la plage » de Niagara ou « lovefool » des Cardigans.

Ginette : Je suis d’accord, en fait « dandy » c’est tellement sur-utilisé et galvaudé que je m’interroge toujours… Comment Guilhem voit-il Prieur? Est-ce qu’il l’envie?

Prieur de la Marne :  Je le vois parfois comme un guignol inutile, drôle mais inutile. Donc ces temps-ci j’essaye de mettre du sens dans le travail de Prieur de la Marne. Lui donner un côté utile. Je travaille notamment sur des objets de merchandising entièrement faits main dont les recettes serviront des projets très nobles. Je pense au Colibri mais pas seulement… Je travaille aussi sur un projet qui s’intitulera « exodes » et qui illustrera, à ma manière, toutes ces tragédies quotidiennes que vivent ce qu’on appelle en ce moment les migrants…

Ginette : Dans tes reworks, il y a des discours politiques, des déclamations de poèmes, des messages. Je n’imagine pas que c’est fait innocemment, c’est tellement travaillé, pointu!

Prieur de la Marne :  Ce n’est jamais innocent. La collection sortie chez Alpage s’intitule « Messages Personnels ». Dans chacun de ces objets sonores, il y a un message que j’adresse à une personne qui parfois se reconnaît parfois non. C’est effectivement un travail de précision. L’idée est toujours de raconter une histoire. L’auditeur est libre d’en faire sa propre lecture.

Ginette : Bien sûr ! Sinon c’est plus de l’art et juste du placement de « produit ». Le travail sur François Mitterrand m’a bouleversée. Dans quel contexte ce travail est-il né ?

Prieur de la Marne :  On m’avait proposé de faire un Mix pour l’anniversaire des attentats de Charlie. Je ne voulais pas le faire. En revanche illustrer les deux mandats Mitterrand à l’occasion des 20 ans de sa mort me paraissait intéressant. Raconter la complexité du personnage, son cynisme, sa cruauté et sa mégalo… Le montrer comme le dernier Roi de France, par son côté bâtisseur (il a quand même construit la pyramide du Louvre par amour pour Anne Pingeot). Remettre en perspective les réformes qu’il a initiées et toutes les désillusions de la gauche qu’il a également provoquées, le tango malsain qu’il a dansé avec Le Pen… C’était un travail pour moi. Je ne l’aurais fait pour aucun autre homme politique…

Ginette : Pourquoi pour aucun autre homme politique?

Prieur de la Marne : Exception faite de Christiane Taubira pour son courage et sa droiture, je peux dire sans rougir que je déteste cordialement la classe politique actuelle. En revanche j’ai un attachement sincère et un immense respect pour les élus locaux (je ne parle pas de la ville que j’habite) mais de tous ces humbles militants qui se battent tous les jours dans nos quartiers et nos villages, qui sont à l’écoute.

Ginette : « Prieur (Crieur) de la Marne » c’est le nom d’une figure marquante de la Révolution. Ta révolution à toi, c’est quoi ? C’est ce que tu évoques quand tu parles de projets utiles et engagés ?

Prieur de la Marne : Ma révolution personnelle, c’est déjà de sauver ma peau et ne pas sombrer dans le désespoir. En ce sens Prieur de la Marne m’aide beaucoup. L’autre révolution est en marche. Mais c’est une évolution, un changement sociétal profond qui est en route. Je fais le distinguo entre révolution et évolution parce qu’une révolution, en astronomie n’est jamais qu’un tour sur soi-même… Ce qui revient à dire un retour à la case départ…

Ginette : Justement, je voulais qu’on aborde la thématique de la mélancolie et du désespoir. Encore une fois, je te parle d’impressions que j’ai, je ne te connais pas.

A chacune ou presque de tes compositions, je suis à la fois: émue (il y a des souvenirs de ma petite enfance qui refont surface, selon les chansons, parfois bons parfois pas) ; troublée ; mélancolique ET enjouée (y’a un côté loufoque, surréaliste, un effet que me fait uniquement Philippe Katerine en général et ça, ça crée un appel d’air, y’a une bouffée d’air frais, et ça me donne envie de me dandiner alors que je ne danse jamais). Bref, la mélancolie transparaît. Y compris physiquement, on (je) te sent à fleur de peau. Est-ce le cas ?

Prieur de la Marne :  Oui je suis à fleur de peau (de cochon cf, Katerine). C’est toute la colère que j’ai au fond de ma petite personne qui me nourrit. Je m’efforce de faire des faiblesses de mon adversaire (le clown triste qui sommeille en moi) des atouts pour l’animateur de bal que je suis le samedi soir. Et puis c’est un jeu que j’affectionne particulièrement que de faire passer l’auditeur du rire aux larmes dans la même minute. Mais ça n’est qu’un jeu pour l’instant. Mon prochain projet scénique sera quelque chose d’à la fois très cérébral et festif. J’aime croire qu’amusement et questionnement peuvent coexister dans la musique…

Ginette : C’est déroutant le nombre de fois où tu parles de toi en parlant de « petite personne » et l’égo-trip du Prieur… Es-tu un romantique ? (au sens Hugo, Musset)

Prieur de la Marne : De par mon expérience professionnelle j’ai côtoyé pendant de longues années de nombreux artistes, tous plus mégalo les uns que les autres, et dans tous les styles exception faite du metal. J’en compte encore beaucoup parmi mes amis proches mais j’ai pris le soin de faire le tri entre ceux qui ont ces ego démesurés, parfaitement insupportables et qui leur font dire et faire des horreurs. L’ego-trip de Prieur de la Marne n’est qu’un vecteur pour faire exister le personnage… Prieur de la Marne est mégalo, pas moi. Je demeure une petite personne, habitée par une autre qui rêve d’un destin de chevalier héroïque. (rires)

Oui je pense être un romantique au sens littéraire… Mais je me questionne sur la place du Romantique aujourd’hui. Pour moi ce n’est pas seulement chanter « l’amour et la violence » (c’est une des plus belles chansons qui aient jamais été écrites en France à ce jour ceci dit). Être romantique dans mon cas C’est aussi laisser flotter de la tendresse dans un monde chaque jour plus injuste et cruel. Pour ça les réseaux sociaux sont bien pratiques. Être romantique c’est vouloir poudrer le ciel d’attentions pour l’être aimé. Lui montrer qu’elle compte et qu’elle est belle même quand elle n’est pas maquillée, même quand elle est triste et fatiguée, même quand elle pleure toutes ces larmes de désespoir. Lui dire que même de l’autre côté du globe elle est dans mes pensées, que celles-ci soient morbides ou enjouées.

Ginette : Alors, dans une interview de Oizo, je me souviens avoir lu qu’il mixait pour voir des culs (de filles) bouger ! « Prieur » c’est pas juste un ambianceur ou un MC, c’est aussi un serial fucker ? Parce que bon, il paraît qu’au final on est tous les mêmes…

Prieur de la Marne : Eh bien au risque de briser un mythe, Prieur de la Marne n’est pas un serial fuckeur… Il ne mixe que pour voir des hanches chavirer, des sourires illuminer des visages toutes générations confondues et laisser flotter un parfum d’insouciance au-dessus de son auditoire. Il aime la fête, les vapeurs de l’alcool et les drogues certes mais son cœur ne sait battre en général que pour une personne à la fois. Et c’est à moi de poser une question à Ginette : est-il quelque chose de plus pathétique qu’un DJ qui pointe du doigt la petite starfuckeuse, likeuse compulsive et followeuse à outrance pour la niquer en deux temps trois mouvements dans les chiottes sales d’un club sale ?

Ginette : Ca dépend, est-ce que la starfuckeuse a des yeux orange ? Parce que bon, c’est bien beau tout ce que l’on raconte mais tu m’as mis cette chanson dans la tête et c’est atroce…

Prieur de la Marne : Tout d’abord cette chanson n’a rien d’horrible. Elle traite de l’obsession d’un homme ordinaire pour une femme extraordinaire. C’est pour ça que je me suis reconnu immédiatement dans « le troublant témoignage de Paul Martin ». Ensuite je trouve vulgaire et sale ces termes de starfuckeuse… Tu les vois arriver à des kilomètres prêtes à sacrifier leur dignité sur l’autel d’un selfie. D’ailleurs « selfie » est en soi la queue de la comète de tout ce que la toile a généré comme sottises éhontées ces dernières années : le culte de sa propre image faite par soi-même, devant son propre miroir… Et selfish veut d’abord dire égoïste… Ce terme de follower est aussi une illustration de ce que l’époque a créé de plus absurde. Les followers sont par définition des moutons, qui suivent un berger… Aussi con soit-il!

Ginette : Ce que tu dis sur le selfie et ce qui va autour me parle carrément. Déjà, je trouve le terme EGOPORTRAIT utilisé par les copains québécois PARFAIT. Ca ne peut pas être plus parlant. D’ailleurs, j’ai lu quelque part que l’abus de selfies pouvait être apparenté à un trouble mental. Et c’est d’ailleurs à se demander si tous ces gens savent que Narcisse a bu la tasse…

Dans tes compos, il y l’homme à l’oreillette… On connait tous je crois cet épisode où il se fait arrêter parce que trop de C en sa possession. Dans l’univers dans lequel tu évolues, la C et l’alcool sont omniprésents. La drogue elle aide Guilhem à supporter Prieur ou bien est-ce l’inverse ?

Prieur de la Marne : Non pas spécialement. J’évolue dans une ville de province somme toute assez triste et désuète avec des horaires de bureaux très conventionnels. L’alcool accompagne surtout mes soirées de gala et les moments de plaisir avec mes amis chers. Je ne bois jamais seul par exemple. C’est un usage purement récréatif. Le Champagne a été inventé pour ça… Mais en ce moment ce que j’aime c’est le Cognac Schweppes. La C, c’est différent. C’est devenu un fléau assez désespérant dans le milieu de la musique et de la nuit. Une drogue chaque année plus coupée et dégueulasse qui amène des comportements et des propos douteux. À tort on a souvent le sentiment que tout devient possible en termes de séduction avec un gramme en poche… Mais ce n’est jamais le cas. C’est de cette bizarrerie dont je parle dans « l’homme à l’oreillette », de ce produit qui rend fou.

Ginette : Projetons-nous ! Sur quoi bosses-tu en ce moment ?

Prieur de la Marne : En ce moment je travaille sur un projet de Mix sur le thème de mon cinéma. Ca sortira a l’occasion des Césars et ce sera plein de petites feintes, de moment tendres et d’autres assez absurdes. Je travaille aussi sur plusieurs remixes et je commence à bosser sur un projet live qui associera son et image dans lequel j’essayerai de raconter une romance a la fois torturée et belle. Une histoire qui traitera du manque de l’être aimé, de la joie des retrouvailles. Une sorte de comédie romantique qui donne envie de danser

copyright Petite Boheme

Prieur de la Marne par Petite Bohème

 

***********************************

Un gros merci à Petite Bohème qui illustre certaines de nos interviews.

Retrouve-la  —-> ICI 

Raconte-moi Beyrouth #AsmaAbdelkarim

Mis en avant

9782915002676

 

C’était un lundi soir, un lundi soir au Pitch Me, lors de la session #WIP61 que j’ai découvert Asma Abdelkarim. Elle était venue lire des passages de son premier ouvrage: Raconte-Moi Beyrouth. Ce soir-là il faisait une chaleur à mourir, le bourreau d’auteur s’appelait Johann Zarca (a.k.a Le Mec de l’Underground), lui-même écrivain. 

asma et Johan wip61

 

Asma est traductrice, journaliste, spécialiste des médias alternatifs de la région du Moyen-Orient. Elle termine une thèse à Paris. 

Asma a grandi en Tunisie, c’est une femme libre, exigeante, et entière. Elle se raconte, sans filtre, sans langue de bois dans ce témoignage qu’est Raconte-Moi Beyrouth

Rencontre

Ginette : Il s’agit là d’un témoignage, de ton témoignage sur un pan de ta vie. Pourquoi ce choix de forme narrative ? Pourquoi un témoignage plus qu’un roman ? Apprentissage et/ou émancipation ?

Asma Abdelkarim : Les deux. Apprentissage et émancipation. L’enseignement d’un parcours initiatique hors du commun. Je ne dis pas forcément que c’est un exemple à suivre, mais c’est certainement un récit qui peut inspirer certains. Je voulais donc le partager. C’est une démarche altruiste. Pourquoi pas un roman ? Parce qu’un témoignage est plus sincère. Ça sort du cœur et ça va droit au cœur. Et je pense qu’il a atteint l’effet escompté au vu des retours positifs de lecteurs.

Ginette : Ton titre  Raconte-moi Beyrouth – La vigne et le lierre. Vigne vierge et lierre se confondent, y’a-t-il un lien ? Explique-nous le choix du titre.

Asma Abdelkarim : Mmmm il faut lire le livre pour le comprendre ! (rires) Il y a deux sens à cela. Je vais en expliquer un et laisser découvrir le second. Il s’agit de ma relation avec Beyrouth et le Liban en général. En débarquant à Beyrouth j’étais une vigne vierge et le Liban m’a ouvert les bras et m’a serrée fort comme le lierre, sans jamais me lâcher. C’est un lien indéfectible qui s’est créé entre nous.

12650609_10156481737330506_315936759_n

Ginette : Tu es l’unique fille d’une fratrie de trois enfants. Ta mère, dont tu es très proche, est enseignante et le savoir, la culture, sont très importants au sein de ta famille. On peut dire que tu fais partie d’une classe sociale « aisée » ou « favorisée », tu sembles vivre dans une sorte de bulle, à l’abri. Le jour où tu pars à l’université, c’est un vrai choc des « cultures » ! Peux-tu en parler ?

Asma Abdelkarim : Je vivais dans un cocon à la maison. Notre mode de vie, j’insiste tout particulièrement sur l’hygiène qui était très différente chez moi, était très « européanisé » : on n’a pas de voisins ou de la famille qui débarquent sans prévenir au préalable, sans frapper à la porte, on ne sort pas de la maison avec un pyjama ou des pantoufles et encore moins avec des robes de chambre, on ne boit pas dans les verres des autres ce qui était la norme en Tunisie… Tout cela ce sont des petits détails, mais qui font toute la différence. A la fac, pour résumer, mon souci était de n’avoir pas pu effectuer mon voyage en Italie l’été de mon bac. Le souci de ma camarade de classe était de voir son fiancé en cachette en disant à ses parents qu’elle a raté le bus pour voler quelques minutes et le voir. C’était son fiancé qui a déjà demandé sa main à ses parents et qui va l’épouser. A l’école primaire où j’étais y avait des couples qui s’embrassaient alors qu’on avait 9/10 ans. J’en parle même pas du lycée. Voilà il est là le choc culturel.

J’ajouterai qu’au lycée, les filles passent toutes pour des Saintes nitouches. Elles flirtent, elles sucent, elles se font sodomiser (pour garder leur virginité) mais tu les entends parler comme des vierges effarouchées : « Mes parents sont strictes, je ne peux pas aller à tel endroit, ou je ne peux pas rentrer à telle heure. » Ça parait très contradictoire avec leurs mœurs. J’observais et cela me débectait car pour ma part, j’avais une éducation basée sur la responsabilisation et la confiance qui ne me permettait pas d’être excessivement dévergondée à 15 ans. Je me posais des limites, pas elles. Mais leur discours allait à l’encontre de leur comportement. Cette ambivalence et cette hypocrisie me révoltaient. Aujourd’hui, je comprends leur comportement, elle ne faisait que reproduire les principes d’une société pervertie et glauque qui ne s’assume pas.

Ginette : Ton papa est libanais, ta maman tunisienne. Ton père en Tunisie a toujours été « l’autre », « l’étranger ». Toi, tu pourrais être « juste tunisienne » mais le Liban t’appelle… Peut-on en parler ? Comment vis-tu ça ? Que ressens-tu ?

Asma Abdelkarim : Il y a 2 facteurs. Je voulais quitter la Tunisie un pays avec lequel je n’ai aucune affinité.  Et le Liban m’appelait pour les raisons que je détaille dans le bouquin. L’étrangeté en Tunisie couplée à l’appel du Liban m’ont fait prendre ma décision. Je me sentais mal en Tunisie.

Ginette : Dans ton parcours, tu étudies les langues, l’italien, l’anglais. Tu as toujours parlé français à la maison. Te sens-tu « étrangère » en Tunisie ?

Asma Abdelkarim : Oh que si ! Mais ce n’est pas seulement une question de langues. Je parle l’arabe classique et le dialecte libanais et j’en suis fière. Le problème est à chercher ailleurs. L’attitude agressive et misogyne ambiante me rebute. Le manque de politesse normalisé me débecte : on te colle au cul, quand ô miracle il y a une queue au supermarché, et si tu demandes gentiment à préserver ton espace vital on te regarde étonné. C’est là que tu te rends compte que c’est toi l’intruse et que l’impolitesse est de mise. Les mots « bonjour », « pardon », « merci » sont inexistants. Les commerçants, serveurs, fonctionnaires sont toujours de mauvaise humeur. L’ambiance générale est d’une lourdeur consternante. Je suis partie très jeune. Je n’ai plus rien en commun avec ce pays et à vrai dire, j’en ai jamais eu.

Ginette : Tu pars au Liban, terre d’une partie de tes ancêtres. Tu sembles t’y sentir chez toi, comme si le Liban était une évidence. Là-bas, t’y sens-tu étrangère ? Pourquoi ?

Asma Abdelkarim : Je me sens bien tout de suite au Liban car on ne me poursuit pas dans la rue pour me traiter de pute quand je ne réponds pas. On ne m’agresse pas gratuitement. On ne m’insulte pas parce que je mange pendant le ramadan. Oui, je me sens mieux et apaisée au Liban. Jamais je ne m’y suis sentie étrangère. Parce que les gens sont propres en général. Ne boivent pas dans le même verre. Parce que je raffolais comme tous les jeunes des enseignes internationales de fastfood et autres qui sont à l’heure où je te parle encore inexistante en Tunisie. Voilà la différence entre les deux pays et voilà pourquoi je me sens bien et en sécurité au Liban. Je me retrouve dans les mœurs des gens. Et je vis ma vie pleinement. En fait, au Liban, je vis tout court.

Ginette : En vivant en France, tu es encore l’étrangère ! Certains parleraient de karma.

Asma Abdelkarim : Je ne me sens pas du tout étrangère en France, loin s’en faut. Je ne m’y suis jamais sentie étrangère depuis mes premières visites alors que j’avais 7 ans. J’ai grandi dans un environnement très francophone et très francophile donc le lien avec la France existait depuis ma tendre enfance voilà pourquoi je suis très touchée par ce que subit la France aujourd’hui. 

Ginette : Dans quel contexte historico/politique arrives-tu au Liban ? Tu quittes une dictature pour un pays pas très en forme… Cependant, j’ai eu l’impression que le choc était moins grand quand tu es arrivée à Beyrouth que lorsque tu prenais le bus pour aller à la fac. Oui ? Le vrai fossé au final est un fossé non pas de classe mais d’accès à la culture ou non (ce qui hélas parfois se confond) ?

Asma Abdelkarim : Je suis arrivée au Liban juste après la libération de la bande frontalière du sud. C’était une période relativement calme. C’était un moment de béatitude cette arrivée au Liban, cela me faisait voir tout sous un angle positif.

Ginette : A Beyrouth, tu côtoies l’élite.  Comment cette jeune femme que tu es vit-elle ça ? S’en rend-t-elle compte ?

Asma Abdelkarim : Ça allait de soi… Je savais que j’avais beaucoup de chance d’être à la meilleure et la plus ancienne université francophone du Moyen-Orient. J’en étais consciente et j’ai essayé d’en profiter au maximum.

Ginette : Tu parles du sunnisme et du chiisme, tu dis qu’avant le Liban pour toi il y avait l’Islam, qu’une fois là-bas la distinction se fait et de manière évidente. Si l’on connait les différences théologiques (enfin grosso modo), comment cela se différencie-t-il concrètement ?

Asma Abdelkarim : C’est vrai. Plus jeune, il n’y avait pas ces clivages auxquels on fait face aujourd’hui, du coup le sujet n’a jamais été abordé. Pour ma part, je l’ai appris un peu avant d’atterrir au Liban suite à une rencontre que j’ai faite et qui a bouleversée ma vie. Pour ce qui est des différences concrètes, elles vont du mode vestimentaire jusqu’à la perception même de la vie et de la pratique de la religion. J’explique cela d’une manière très simplifiée dans le livre où un chapitre entier est consacré à la vie de la communauté chiite.

Ginette : Sur le thème de la religion dans notre contemporanéité, Delphine Horvilleur, femme rabin officiant dans le 15ème arrondissement de Paris explique « qu’il est nécessaire de questionner les textes fondamentaux sans relâche, à la lumière des valeurs de la société d’aujourd’hui. Les rites et les textes doivent être revisités par chaque génération, sinon ils sont morts. » (ndlr : propos tenus dans une interview de Elle). Dans une émission sur l’Iran, Azadeh Kian (politologue et sociologue, spécialiste de l’Iran) dit du chiisme qu’il est plus pragmatique et qu’il sait s’adapter aux sociétés modernes. Tu vois le chiisme comme cela ?

Asma Abdelkarim : Oui. C’est une branche de l’islam qui a prouvé sa capacité à s’adapter à la vie moderne. J’expose le mode de vie chiite longuement dans le livre. Cette flexibilité agréable à vivre et à côtoyer, qui accepte l’autre sans le juger et qui facilite la vie de ses adeptes, m’avait fascinée et me fascine toujours. Bien évidemment, le chiisme dont je parle est celui du Liban, hormis une partie qui prête allégeance à l’Ayatollah Ali Khamenei et qui adopte un mode de vie qui implique une pratique rigoureuse de l’islam mais qui reste tout de même plus « détendu » que ses homologues sunnites, la majeure partie des chiites vous séduisent avec leur douceur de vivre.

Ginette : Il y a un passage dans le livre où tu parles d’une soirée au Liban où tu dois porter une tenue traditionnelle, et tu décris à quel point les femmes orientales sont coquettes, attentives aux moindres détails, aux barrettes, aux coutures : leur beauté et leur sensualité passent par là. C’est loin de l’image qu’a le Français/Européen/occidental lambda pour qui la femme arabe sensuelle n’existe plus après Shéhérazade ! Toi-même tu parles de tes histoires d’amour. Tu ne sembles rien subir, tu es citoyenne du monde. Tu sembles casser les clichés, t’en rends-tu compte ?

Asma Abdelkarim : Oui. J’ai mis un voile et non pas une tenue traditionnelle. Je souligne ce fait parce que le voile dans nos contrées méditerranéennes n’a rien de traditionnel. C’est un intrus.

Au Liban les femmes sont très coquettes, libérées et respectées. Je me rends compte de cette idée reçue sur les femmes arabes depuis mon arrivée en France. J’étais sidérée de voir le nombre de voilées et de barbus à Paris. Pour la plupart, ce sont des gens de milieux modestes qui n’ont pas évolué avec leur temps et qui s’accrochent comme ils peuvent aux signes religieux archaïques et révolus, et surtout contestés, tout en se basant sur un discours victimaire. C’est triste mais cela a marché pour eux, pourquoi ils changeraient ? Pis encore, ont-ils les capacités intellectuelles et le recul nécessaire pour évoluer et s’adapter à leur société d’accueil ? C’est une question épineuse, mais ce qui est certain c’est que l’attitude de ces hommes et femmes d’origine arabe ou musulmane biaise notre évolution, nous les femmes arabes libres, et ça ne fait que des bulletins de vote en plus pour les élus condescendants en France. C’est un cercle vicieux.

Ginette : Aujourd’hui, on est dans une période « post » printemps arabe. On dit de la Tunisie que c’est la seule à avoir réussi son printemps. Qu’en dis-tu ?

Asma Abdelkarim : C’est loin d’être le cas. Il y a eu plusieurs attentats contre des Européens et contre les forces de l’ordre locales. Un couvre-feu a été décrété récemment suite à des manifestations violentes. Comment parler de printemps pour un pays à l’économie agonisante, aux mentalités qui se renferment de plus en plus et où le pouvoir est entre les mains d’islamistes ?

Ginette : Parviens-tu à imaginer comment serait la jeune Asma si elle avait 8 ans aujourd’hui ? Si elle en avait 18 ? Serait-elle plus ou moins libre ? Aurait-elle pu partir vivre au Liban, s’y voir s’épanouir ?

12674212_10156481737335506_2092968960_n

Asma Abdelkarim : Le Liban reste toujours ce petit miracle, ce havre de paix dans un Moyen-Orient fou, nonobstant des voisins pas des plus commodes. Je pense qu’il m’ouvrira toujours les bras, à n’importe quel âge. Je l’aime et il me le rend bien.

Ginette : Vis-tu dans la France que tu avais imaginé ? Pourquoi ?

Asma Abdelkarim : Pas vraiment. Oula ! Vaste sujet. Je dirai que J’imaginais une France utopique et que la réelle me plait bien même si j’émets quelques réserves.

Ginette : Comment expliques-tu le fait que le fait religieux ait pris tant d’importance ici ? Que penses-tu de cela ?

Asma Abdelkarim : Bah justement, c’est cela qui m’importune. On a trop laissé faire par naïveté, par condescendance, ou pour des calculs électoraux vils. Maintenant, la France récolte hélas les fruits de son laxisme.

Ginette : Je pense qu’il y a autant de formes de féminismes que de sortes de fromages en France, et je voudrais évoquer deux postures bien différentes. Elisabeth Badinter, qui au nom du féminisme appelle les femmes à ne plus se voiler, appelle la République à ne pas accepter (ce qui la fait passer pour une néo-réac). Il y a également la position d’Ovidie qui se revendique de la mouvance « porno féministe » et qui est très engagée dans la défense des travailleurs du sexe notamment. Elle dit qu’en fait demander de lever son voile à une femme au nom du féminisme c’est de l’infantilisation, que si la femme dispose de son corps librement, il faut qu’elle puisse être considérée intellectuellement et socialement de la même manière qu’elle porte un voile ou une combinaison en latex. Quelle réaction ?

Asma Abdelkarim : Je me positionne entre Badinter et Ovidie. Je suis clairement contre le port du voile en France. Nous sommes dans un pays laïc de culture judéo-chrétienne. C’est un fait. Le voile n’a pas sa place ici et le débat sur le port du voile n’a tout simplement pas lieu d’être dans l’espace public français. Si on parle des femmes en général, ce qui inclut tous les pays du monde, je suis du même avis qu’Ovidie, il faut les laisser en décider par elles-mêmes car souvent c’est un choix délibéré des femmes ou une tradition. Moi-même, si je pars dans un pays où le voile est la norme, je le porterai par respect. Je voudrais donc que les gens qui sont là respectent la France.

Ginette : Chez Dolce & Gabbana est sortie une collection voiles et hidjabs : ouverture ? Opportunisme ? Coup de comm ? Pourquoi pas ?

Asma Abdelkarim : H&M aussi a fait défiler un mannequin voilé, avec un petit piercing au nez. Laisse-moi rire ! Les femmes voilées sont censées être discrètes. C’est l’essence même du concept de voile. Alors le over make-up et les piercings avec le regard aguicheur ce n’est pas très islamique. C’est très intelligent de la part de ces enseignes. Ils misent sur les clientes fortunées du Golfe, mais encore une fois, ils contribuent à faire régner une idée reçue sur les femmes arabes, normalisent le port du voile en Europe, avec les conséquences liées à la radicalisation qu’on ne connait que trop bien en France. C’est irresponsable et bas.

Ginette : J’ai trouvé un poème de Jussieu, « Le lierre et la vigne », le connais-tu ?

Sur le mur d’un vieil ermitage,
Un lierre avec orgueil étalait son feuillage.
Une vigne, tout près de lui,
Grimpait modestement le long du même appui.
De son inutile verdure
Fier et vain comme un sot, le lierre, sans égard,
Repoussait sa voisine et couvrait la masure.
La pauvre vigne, sans murmure,
Se retirait toujours, cherchant place à l’écart.
Mais chacun eut son tour, et justice fut faite.
Un jardinier s’avance, armé de sa serpette ;
Il vient pour réparer le manoir délaissé.
Sans peine on devine le reste.
L’orgueilleux inutile, arraché, dispersé,
Laisse le mur débarrassé
A la vigne utile et modeste.

Asma Abdelkarim : Non je ne le connaissais pas. Le jardinier est peut-être la guerre mais même la guerre et la séparation n’ont pas eu raison de notre lien. C’est vraiment indéfectible !

Ginette : La réception de ton bouquin ? Quels retours ? Ta famille l’a lu ? Qu’en pense-t-elle ?

Asma Abdelkarim : J’ai eu de très bons retours et j’en suis ravie. Beaucoup de Français d’origine libanaise se sont retrouvés dans mon profil. Je ne les connaissais pas, ils ont cherché mes coordonnées pour m’écrire et me dire à quel point cela les avait touchés. C’est émouvant de recevoir et lire de longs mails d’inconnus qui vous connaissent, se livrent, vous félicitent, puis ils ne sont plus des inconnus. C’est très touchant. Ma famille est très fière de moi, j’ai leur total soutien.

Ginette : Ton livre est traduit en roumain, chapeau ! D’autres traductions prévues ? En italien ? En anglais ? En arabe ?

Capture d’écran (264)

Asma Abdelkarim : Merci. J’ai beaucoup d’affection pour la langue de Dante, j’espère qu’une occasion se présentera surtout que j’ai des copines italiennes qui sont monolingues et qui attendent de me lire. Pour ce qui est de l’anglais et de l’arabe c’est en cours d’étude.

Ginette : Tu vis en France, tu prépares une thèse. Quel est ton sujet ?

Asma Abdelkarim : Je travaille sur les changements du paysage médiatique dans certains pays arabes après le fameux printemps car même si ses tenants et ses aboutissants se discutent on ne peut pas nier que c’était un séisme qui a entrainé des transformations d’envergure sur tous les plans.

Ginette : tes projets ? Tes actualités ? Tes envies ?

Asma Abdelkarim : Je me consacre à ma thèse pour l’instant et à mes articles. Je reste tout de même à l’écoute de nouvelles opportunités qui peuvent se présenter .

 

 

 

Et le fanzine fut… #LeMecDeLUnderground

Mis en avant

mag edito colo

Chez Ginette, on suit Le Mec de L’Underground depuis si longtemps qu’on n’ose plus se demander si tu sais de qui ou quoi on parle quand on l’évoque alors dans le doute on va te faire un petit topo mais tu peux aussi mater notre interview filmée de Johann Zarca, l’auteur vandale qui a donné naissance à cette bande de cas à la fois désespérés et désespérants.

Le Mec de l’Underground c’est à la fois le nom de de plume et le nom du blog de Johann Zarca qui à côté de ça a écrit trois romans: Le Boss de Boulogne et Phi Prob chez Don Quichotte, et Braquo dans l’Underground, bouquin vendu à la sauvette, en mode vandale durant l’été 2014.

Les protagonistes s’appellent Tonton Pérave, Lakdhar, Constantin (le martyr) ou encore La Frelonne (sa frangine dégénérée à qui il aimerait bien mettre des doigts) et on peut suivre sur le blog leurs aventures aussi dingos que loufoques.

A côté de ça, Le Mec de l’Underground chronique aussi chez StreetPress,et  Marty s’occupe d’illustrer ses propos. Marty et Le Mec de l’Underground sont sur un projet B.D mais en attendant, c’est un fanzine version papier que le binôme vient de nous lâcher. D’ailleurs, tu peux trouver son message appelant à l’édition vandale sur sa page facebook.

Capture d’écran (262)

Ginette: 1/ Pourquoi un Fanzine papier ? 2/ Où en sont les projets B.D ? 3/ T’as quoi d’autre sur le feu?

Le Mec de l’Underground: 1/ Un Fanzine pour rester dans le vandale, parce que l’idée est de détourner des imprimantes. Je suis resté dans l’esprit Do It Yourself, parce que je suis un peu nostalgique de cette époque. 2/ La BD, on continue. 3/ Sinon, peut-être sortir en mode vandale (comme Braquo, sous forme de livre) une compile de mes meilleurs posts, plus une ou deux nouvelles inédites.

Chez Ginette, on ne peut que t’encourager à pratiquer littérature et édition vandales !

Pour ça, contacte Le Mec de L’Underground.

 

Couv' mag finale

Entrer une légende

 

 

POUR INFO:

Marty fera bientôt l’objet d’un portrait, en attendant, suis-le !

mag boxe colo.jpg

 

 

Projet « ADELLA »

Mis en avant

Récemment on nous a contacté à la rédac pour nous présenter Adella. Adella a la musique dans la peau. De formation classique, elle commence la musique à l’école maternelle, le violon! Elle en joue toujours d’ailleurs, elle fait partie d’un orchestre. A côté de ça, elle a un parcours un peu punk, un peu rock, un peu pop, un peu électro. 

Adella est ce qu’on aime ici chez Ginette, pas enfermée dans un parcours, dans une stéréotypie.

On a envoyé la stagiaire pour un entretien, boulevard Montmartre, à la terrasse d’un café, avant qu’Adella ne rejoigne sa régie au théâtre. 

 

RENCONTRE

Adella Press 2015

Ginette : Salut Adella ! Et bien justement, commençons par ton nom ! Sur les réseaux sociaux on te trouve sous le nom « Adella Rock Star » et sur les trois titres que j’ai trouvé, ça ne m’a pas semblé très évident. Est-ce que c’est « rock » ce que tu proposes ?

Adella : Le souci avec les réseaux sociaux c’est qu’avec mon nom seul, je suis introuvable. Il fallait faire efficace. « Adella » n’est pas un projet rock. D’ailleurs, ça fait parfois marrer les gens, on m’a déjà dit « ça fait un peu tu te la pètes ‘Rock Star’ » mais non, c’est que tout était pris, et qu’il fallait quelque chose qui se retienne facilement aussi. Après, ce n’est pas éloigné de moi, on m’a souvent appelé ainsi parce que dans la vie je suis comme ça, « rock n’roll ». Le projet n’est pas vraiment rock, un peu peut-être dans les textes mais pas plus.

Ginette : Après je te dis ça, mais sur les trois morceaux, C’était l’Heure est super punchy.

Adella : C’est le premier titre en effet. C’était électrique. Plus j’ai avancé dans le projet, plus j’ai trouvé que la guitare électrique avait un côté un peu passé. J’avais envie d’une couleur sonore moderne et très identitaire. Je me suis plus orientée vers un côté POP, un peu d’électro aussi mais également du classique car à la base je suis violoniste. Je suis allée vers quelque chose donc de pop, classique, avec des cordes, des arrangements et plus du tout de guitare.

Ginette : Violon/Pop/Electro, à la Vanessa Mae ?

ADELLA ©P. Girod QU6B9179NB

Adella : Je n’en suis pas là. Le violon, j’aime ses sonorités telles qu’elles sont. J’aurais pu le tenter. On m’a prêté un violon électrique avec des pédales, pour moi ce n’est pas utile. Je préfère mettre un effet sur ma guitare folk ou électrique plutôt que sur le violon car, justement, pour moi le violon est là pour apporter cet effet classique.

Ginette : Puisque l’on parle violon, à quel âge as-tu commencé la musique.

Adella : Le violon, vers 4 ans.

Ginette : Ah oui !?

Adella : Oui oui. En revanche, le côté solitaire, je n’aimais pas trop. J’ai très vite intégré un orchestre et en classique j’ai fait surtout de l’orchestre. Je suis toujours dans un orchestre au demeurant. Il s’appelle L’Académie de Musique de Paris et j’y joue toujours.

Ginette : Je crois savoir que tu es passée par le Punk également.

Adella : A l’adolescence. Même au sortir de l’adolescence, j’étais en BTS. J’en ai eu marre du classique, je me suis mise à la basse. Avec des potes on a monté un groupe garage, on répétait dans une cave, pendant environ deux ans. On jouait un peu dans les cafés, pour les potes. C’était vraiment pour s’amuser, ce n’était pas dans le but de se professionnaliser.

Ginette : Le projet « Adella » date de quand ?

Adella : Deux ans. Avant « Adella » je faisais parti d’un duo « Peace of Junk ». On a bossé trois ans sur ce duo, on a sorti un album en digital que j’ai produit et réalisé à la maison (ndlr : Adella est ingénieur du son), on a fait beaucoup de dates à Paris, un peu en Province également. Au bout d’un moment l’entente n’était plus là, les relations étaient compliquées. J’ai mis fin au duo. Pendant un an j’ai complètement arrêté de chanter. J’ai commencé à travailler dans les régies en théâtre et un jour j’ai sympathisé avec une comédienne qui s’appelle Katia Doris, je faisais ses régies. Et un jour je lui ai fait écouter mes chansons, une reprise des Doors également, ce que j’ai fait avec Peace Of Junk… Elle m’a dit que j’avais une voix magnifique et qu’il fallait que je m’y remette. Elle m’a présenté une auteure pour qu’elle m’écrive des textes. Elle m’a poussé. Au passage c’est elle qui a réalisé le clip « C’était l’Heure ». Le texte est de Cathy Steinberg, cette fameuse auteure qu’elle m’a présentée. C’est comme ça que le projet est né. C’est vraiment grâce à elle qui m’a poussé. J’ai fait ce titre, je l’ai envoyé à la radio Le Mouv, pendant trois mois ils l’ont passé. Forcément, quand ils m’ont dit oui tout de suite, je me suis dit qu’il fallait me lancer, qu’il y avait un « truc » à exploiter, que je devais continuer.

Ginette : Tu as réalisé un EP ?

Adella : J’ai 20 titres de réalisés.

Ginette : C’est plus un EP c’est un double album…

Adella : Oui ! Comme on produit nous-mêmes, on a décidé d’un EP concept : 1 titre/1 clip par mois et quand on en a 6, on regroupe sur un EP (ça tombera en mars). On va sortir « Vent d’Autan » le 11/12. J’aime bien l’idée, ça permet d’avoir de l’actualité, on crée un RDV. Sortir directement l’album sous prétexte qu’il est créé, c’est dommage.

Ginette : Tu veux de la vie autour. C’est tout à fait compréhensible. Tu es musicienne, tu composes, tu es ingénieure du son. J’imagine que tu fais tous tes arrangements. Côté visuel, les clips, t’es dessus aussi ?

Adella : C’est plus compliqué. Comme je te disais, « Dis, tu voudrais pas qu’on s’aime » c’est Katia Doris, puis une autre amie Claire-Marie Bronx J’en ai réalisé un moi-même avec un iphone. Et pour le reste on cherche des réalisateurs.

Ginette : Je fais passer le message ! Donc : 6 titres/6 clips !

Adella : Oui ! après on a une autre idée d’EP mais je ne peux pas en parler pour le moment. C’est un autre concept.

Ginette : Il émane de tes morceaux une certaine mélancolie.

Adella : Je dirai plutôt nostalgie. Je suis très rêveuse, très sensible aux histoires des personnes, que ce soit d’un point de vue intime ou amical et il est vrai que chaque chanson parle d’une histoire réellement vécue, je pense que ce que tu ressens vient de là. Je ne romance pas forcément mais j’essaie d’apporter une ouverture pour ne pas que ce soit une mélancolie qui s’enferme.

Ginette : Je parle de mélancolie mais il ne faut pas le comprendre dans le sens « ça sent la dépression, elle en fait des caisses ! ». Surtout pas ! C’est touchant. Ta voix englobe tout ça. Je me suis demandé à un moment si tu étais introvertie ou hyper pudique ou juste ta façon de chanter ?

Adella : C’est ma façon de chanter. Introvertie ? Non. Par contre je suis très pudique, et comme en plus je ne suis pas une chanteuse à voix, ça amplifie ce que tu perçois je pense.  

Ginette : Donc pudique ! Être pudique et chanter en français – sous-entendu sans possibilité de se cacher derrière la langue – c’est un challenge non ? Je ne dis pas qu’en anglais on se planque, mais en français y’a pas de filtre…

Adella : De ça je m’en suis rendu compte en live. Quand tu t’aperçois que tu es face à des gens et que tu racontes des choses très intimes, personnelles, tu te demandes « est-ce que j’assume réellement tout ça ? ». La réponse est OUI mais le live m’a fait me rendre compte que je parlais de choses vraiment très personnelles ; mais en effet je me suis fait la réflexion en live. Quand tu es en famille, à un dîner et qu’on te demande de chanter, et bien dans ta tête tu te dis « Merde, je vais éviter ce titre car tout le monde va savoir que je suis sortie avec ce mec ou je ne sais quoi ! ».

Ginette : Tu participes aussi à l’écriture des textes.

Adella : Et oui !

Ginette : Adella c’est un projet solo ?

Adella : Oui.

Ginette : Tu fais le grand écart entre l’orchestre où vous êtes 60/70 et le projet « Adella ».

Adella : Passer de l’un à l’autre me fait beaucoup de bien. Être seule à la base ce n’est pas évident. Je ne voulais absolument pas faire un projet seule, je trouvais ça fou, effrayant. Quand je vois les humoristes en One Man Show sur scène pendant deux heures, je me dis qu’ils sont fous ! Déjà il m’avait fallu du temps à monter le projet, à vouloir refaire de la musique et au début je ne voulais même pas faire de concert. J’ai dû voir une coach pendant quelques séances qui a pu me débloquer parce que je trouvais ça vraiment compliqué. J’étais tétanisée.

Ginette : Tu es ingénieure du son, tu bosses donc au service des projets des autres. Quand travailles pour toi, parviens-tu à prendre la distance nécessaire ?

Adella : C’est difficile. On a fait des tests en studio, finalement on a préféré els versions travaillées chez moi car on n’a pas su recréer une ambiance, une magie. Il faut vraiment se faire violence, c’est dur, mais il faut se forcer à pousser la production de son. En ce moment je fais le son d’un gars de The Voice – Elliott et sur ses sons à lui je suis à fond et je me dis : « pourquoi sur les miens je ne travaille pas comme ça ? ». C’est violent.

Ginette : Je trouve ça normal. Dans ton projet, tu y mets de ta personne, tes envies, ton intimité, tu t’offres, tu te mets à nu. Pour lui tu fais ton job, ça implique tes qualités professionnelles mais pas ta chair et ton sang. La distance est naturelle. Toi avec toi, c’est forcément plus compliqué.

Adella : Oui et être deux c’est différent, on s’apporte, on suit des directions où bien on en propose. L’échange existe. Seule, j’ai pas de retour. C’est pour ça que la question de chercher un réalisateur se pose sauf que j’ai testé, ça n’a jamais vraiment été. Parfois je me demande si ça tient uniquement d’un manque de confiance en soi, si j’en ai vraiment besoin. Je m’interroge beaucoup sur le thème. Après mon exigence est très forte. Si je pouvais, j’irais voir les Anglais, le réalisateur de Lana del Rey, tout ce petit monde, mais je rêve un peu. 

Ginette: Lana del Rey c’est ce que tu écoutes? Quoi d’autre?

Adella: Pas grand chose. J’ai beaucoup écouté de choses, maintenant plus trop. Lana del Rey j’adore! Par contre je vais à des concerts, je vais voir beaucoup d’artistes. Découvrir des artistes, des talents, ça je le fais.

Ginette: Tu me permettras de conclure sur ça: allez aux concerts !

Adella en tournée!

09/12 – L’International – Paris
10, 11, 12/12 – Jack Daniel’s Honey Tour – (Toulouse)
17, 18/12 – Jack Daniel’s Honey Tour – (Metz)
14/01/16 – Le Café de la Presse – Paris

ADELLA ©P.Girod QU6B9154

 

°° Le Monde de #Fafi °°

Mis en avant

Si cette semaine The Place To Be est à Toulouse au WOPS! Festival créé par la talentueuse Fafi, c’est en juin, alors qu’elle posait ses Fafinettes sur les murs du Quai 36 – Gare du Nord que la stagiaire est allée à sa rencontre.

fafinette

La graffiti-artist avait annoncé sa présence à l’événement sur les réseaux sociaux. La stagiaire avait alors pris l’initiative de se pointer au quai 36 assez tôt ce vendredi-là. Alors qu’elle ne pensait faire qu’un reportage photo, elle a engagé la conversation avec Fafi qui lui a filé rencart quelques heures plus tard. Ensemble, elles sont parties casser la croûte non pas au restaurant « Miss Banh-Mi » qu’elle a ouvert avec une de ses amies mais au McDo face à la gare parce que c’était moins loin, tout simplement.

On a discuté Quai 36, WOPS! Festival mais aussi marché de l’art !

RENCONTRE

Ginette : Ça me fait super plaisir que tu aies accepté une interview comme ça à l’improviste, après une journée à graffer Gare du Nord – Quai 36 -.

Fafi : Gros kiff Ginette, gros kiff !

Ginette : Peux-tu me dire ce que tu fais en ce moment Quai 36 ?

Fafi : C’est un projet d’embellissement de la gare initié par un collectif, une asso qui s’appelle QUAI 36. Ca fait un moment que l’équipe bosse dessus. Ils m’avaient contacté il y a un an et demi et ça y est on est passé à la pratique.

Ginette : Le laps de temps est énorme…

Fafi : Travailler avec des institutions prend toujours beaucoup de temps. Entre l’idée et la réalisation, il y a tout un process qui prend du temps. Quand on a conscience de ça, on ne s’étonne pas qu’il ait fallu 1 an et demi voire 2 ans pour que ça se réalise.

Ginette : Ils t’ont contacté comment ?

Fafi : Je connaissais Marianne, la DA (ndlr : directrice artistique), c’est ma cousine. Cela dit, sans ça j’aurai sûrement été contactée quand même.

Ginette : Tes Fafinettes sont à l’heure qu’il est toutes belles sur ce fameux Quai 36.

Fafi : Oui, ça c’est un premier boulot. Il y a aussi le projet d’un mur floral mais ce n’est pas encore accepté, donc à voir. Là aussi c’est souvent compliqué quand on travaille sur des lieux publics. Du tissu sera utilisé, c’est potentiellement inflammable donc on attend qu’on nous réponde. (ndlr : hélas, la création du mur n’a pas eu lieu comme espéré)

Ginette : Tu parles du même style d’installation qu’il y avait eu à l’expo ?

Fafi : Oui, comme à l’expo, comme à Hawaï aussi. Art Basel c’est mon nouveau délire, mon nouveau dada. C’est super cool mais très laborieux, il faut une équipe. Seule ce n’est pas possible, je n’ai pas de patience, ça me fait péter un plomb. Il faut qu’on soit plusieurs pour que ça aille vite mais aussi pour qu’il y ait une ambiance sympa. Si ça dure plus de deux jours tu perds les gens, c’est très répétitif comme exercice.

Ginette : Hawaï c’est une nouvelle destination.

Fafi : Ce serait pas mal n’est-ce pas ? Non c’était ponctuel. C’était pour POW ! WOW ! festival de street art organisé par Jasper Wong et son équipe. Ils vont ouvrir à Long Beach et à Taïwan. C’est une chouette équipe. On s’y retrouve entre graffeurs, ils font des ateliers musique pour les kids. Je ne connaissais pas Hawaï, j’y suis allée avec mon fils, il me regardait bosser.

Ginette : A Hawaï !

Fafi : Ça va, c’était pas trop dur.

Ginette : En même temps, le travail paye ! Ça fait un petit moment que tu fais ton bonhomme de chemin !

Fafi : Ouais, 20 ans !

Ginette : Ne dis pas ça je vais me sentir obligée de calculer mon âge… Si je soustrais 20 à… Ouais ça fait un moment que tu roules ta bosse !

Fafi : Je fais 40 ans cette année en même temps…

Ginette : Justement, il y a 20 ans le street art, c’était comment ?

Fafi : C’était pas à la mode comme aujourd’hui. Très peu en vivait. C’était encore un peu underground, moi j’aimais les trucs interdits. Un mélange d’art et d’interdit, pour moi c’était « the perfect match ».

Ginette : Rien que ces dernières semaines, les événements ou hommage street art tu en as eu à la Pinacothèque : y’a une expo sur le pressionnisme. A l’Institut du Monde Arabe il y a eu une expo qui s’appelait « Street Art : du Bronx aux rues arabes », à Montmartre un hommage à Dali, les cultures urbaines en général, le street art en particulier sont passés de l’état d’underground/ « sous-cultures » pour certains/ « contre-cultures » pour d’autres à de la « pop » culture, au sens « mainstream », non ?

Fafi : Oui, mais ce n’est ni étonnant ni anormal. A un moment donné tu as quelque chose de nouveau qui « provoque » la société, au fil du temps cette même société assimile cette culture. Regarde le tatouage. Il n’y a plus rien de provoquant ou de provocateur quand tu te tatoues aujourd’hui. C’est presque devenu original de ne pas en vouloir. Tout se digère. Les marques de luxe aussi ont fait appel aux graffeurs. C’est une mode.

Ginette : C’est donc une bonne nouvelle pour toi ?

Fafi : Pas forcément. Tu sens l’évolution quand tu entends des gamins dirent « je veux être street artiste pour gagner ma vie ! ». Quand j’ai commencé il y a 20 ans, ce n’était pas du tout l’idée, l’optique était différente : de l’art en bravant les interdits.

Ginette : De toute façon il y a 20 ans en vivre ce n’était pas possible.

Fafi : Clairement pas. Aujourd’hui oui. Là où ça devient ennuyeux, c’est quand en vivre devient une fin en soit. Communiquer, transmettre c’est important. N’espérer que de gros projets avec les marques non. Aujourd’hui, quand je m’associe à une marque c’est pour pouvoir continuer à faire de l’art qui ne me fait pas ou peu gagner ma vie, comme la bande-dessinée par exemple. Pour moi, travailler avec une marque ce n’est certainement pas une consécration, c’est vraiment parce que je veux voir vivre mes autres projets.

Ginette : Il y a une question qui se pose beaucoup dans le monde de l’art urbain. Cette question concerne les ventes aux enchères en particulier. Du Street Art en salle des ventes, cela a-t-il un sens ?

Fafi : Tout se vend. Tu auras toujours quelqu’un pour acheter.

Ginette : Il existe des cotations ?

Fafi : Bien sûr, depuis longtemps. JonOne par exemple et depuis longtemps. C’est pas le seul. Après, si on parle légitimité de vendre des œuvres street en salle des ventes sachant que ces œuvres n’ont appartenu à personne. Réellement ce sont de « fausses » œuvres. On demande à l’artiste des œuvres en faisant passer l’œuvre comme ayant appartenue à quelqu’un d’autre – c’est super relou comme affaire moi j’participe pas aux enchères, on m’a demandé, ça ne m’a pas intéressé -. Concrètement, je préfère vendre via ma galerie à un passionné ou quelqu’un qui a eu un coup de cœur qu’à quelqu’un qui n’a de but que la plus-value et qui va miser sur toi comme sur un poulain.

Ginette : On cause du festival ?

Fafi : 40 ans, marre de ne penser qu’à ma gueule et de ne faire des projets que pour moi, envie de faire quelque chose, de transmettre quelque chose, de laisser mon égoïsme de côté. Et l’idée de ce festival est apparue. J’ai participé à pas mal de festivals : Coachella, Art Basel etc. et je n’en ai pas trouvé qui mêlaient tout ce que j’aime : autant dans la musique, l’art, les rencontres avec les artistes, des chasses à l’œuvre dans la ville. J’ai donc créé le festival WOPS ! On est une petite équipe, on a attaqué les démarches il y a un an et demi, cherché des financements. On est ravi. C’est une très belle aventure humaine, vraiment c’est génial à faire, génial à vivre.

Ginette : Et puis Toulouse c’est la maison…

Fafi : C’est LA MAISON, chez mes parents, Michel et Anne-Marie!

Alors tu l’auras compris, si tu es à Toulouse, tu sais où aller !!

WOPS! Photo téléchargée sur la page facebook du WOPS! Walk On The Pink Side! Festival